J-3 pour le référendum écossais

La reine Elisabeth II est sortie de son silence sur l'Ecosse

La Reine Elisabeth II est sortie de son silence en « espérant que les gens réfléchiront bien à l’avenir » avant de mettre leur bulletin dans l’urne. Les derniers sondages reflètent l’hésitation des votants avant le référendum, jeudi.

A quatre jours du référendum de jeudi sur l’indépendance de l’Ecosse, l’incertitude prévaut toujours après la publication de sondages contradictoires.

Si trois enquêtes d’opinion diffusées ce week-end ont donné le camp du « No » en tête des intentions de vote, une quatrième a estimé elle que les partisans de l’indépendance étaient majoritaires dans l’électorat.

La reine Elisabeth II est sortie de sa discrétion lors d’un commentaire sibyllin prononcé dimanche. « J’espère que les gens réfléchiront bien à l’avenir? » a-t-elle déclaré en sortant de la messe. Selon le Daily Telegraph, qui fait sa Une lundi sur cette phrase, la déclaration est clairement un soutien aux unionistes.

En cet ultime week-end de campagne avant un vote susceptible de mettre fin à une union vieille de 307 ans, les deux camps ont mobilisé plusieurs dizaines de milliers de partisans à Edimbourg, la capitale, et à Glasgow, la deuxième ville du pays.

Sur la BBC, le dirigeant du Parti national écossais (SNP) et Premier ministre d’Ecosse, Alex Salmond, s’est dit confiant dans la victoire du « oui » à l’indépendance. « Notre but, c’est d’avoir une large majorité », a-t-il souligné.

 

Opposé à l’indépendance, l’ancien ministre britannique des Finances Alistair Darling a mis en garde les Écossais contre un choix « irréversible ».

 

Dans une interview au Sunday Times, il estime que les conséquences d’une sécession de l’Écosse seraient aussi graves que celles de la crise financière de 2008.

La campagne, qui se joue essentiellement sur les questions de l’avenir économique d’une Écosse indépendante, a également pris un tour acerbe, l’ancien numéro 2 du SNP, Jim Sillars, avertissant les banques et les entreprises comme le groupe pétrolier BP qui ont exprimé leurs craintes qu’elles pourraient s’exposer à des mesures de rétorsion en cas de victoire du « Yes ».

 

Team Scotland

« Avec ce référendum, il est question de pouvoir. Par conséquent, lorsque nous aurons une majorité de ‘Oui’, nous nous en servirons pour réclamer des comptes à BP et aux banques », a-t-il dit dans les médias écossais.

« BP, dans une Écossaise indépendante, devra apprendre la signification du mot nationalisation, partielle ou totale »

Le camp nationaliste accuse le Premier ministre britannique David Cameron d’avoir orchestré ces derniers jours une campagne d’intimidation impliquant le patronat britannique sur le thème des incertitudes économiques et financières d’une Écosse indépendante.

Les grandes banques, les compagnies pétrolières et les chaînes de supermarché estiment que la sécession de l’Écosse créerait de l’incertitude.

La Commission européenne juge de son côté qu’une Ecosse indépendante sortirait automatiquement de l’UE, et devrait refaire le processus d’adhésion depuis le départ.

>>Lire Barroso met en doute le futur européen de l’Ecosse

 Les réserves de pétrole de la mer du Nord devraient notamment être partagées. On ignore aussi quelle monnaie serait utilisée par une Écosse indépendante.

Alex Salmond a calmé le jeu samedi soir.

« Il est malheureux qu’un certain nombre d’entreprises se soient laissées recrutées par David Cameron. Mais laissez-moi vous dire une chose: après la victoire du ‘oui’, il nous incombera de tendre la main à tout le monde et de bâtir cette atmosphère de la ‘Team Scotland’ (ndlr, l’équipe écossaise) », a-t-il dit.

Affiches, distributions de tracts, autocollants: dans toute l’Écosse, les quatre millions d’électeurs continuent de débattre et chaque camp tente de pousser les indécis à se déterminer sur la question qui figurera jeudi sur les bulletins de vote. « L’Écosse doit-elle devenir un pays indépendant ? »

 

Changement d’atmosphère

« Ce samedi, c’était probablement le jour de campagne le plus important que l’Écosse ait jamais connu », s’enthousiasme Calum Cashley, cadre du SNP qui a sillonné la circonscription d’Edimbourg-Est. « Nous avons tapissé de tracts toute la circonscription, des habitants mettent des affiches à leurs fenêtres, sur leurs voitures. C’est énorme. Cela fait du bien », dit-il.

Jusqu’au week-end dernier, et à l’exception d’un sondage paru en 2013, toutes les enquêtes d’opinion donnaient une large avance aux adversaires de l’indépendance.

Mais l’atmosphère a basculé depuis lors. Une enquête de l’institut YouGov pour le Sunday Times diffusée le 6 septembre a laissé entrevoir la possibilité d’une victoire des indépendantistes, poussant le gouvernement Cameron à promettre en catastrophe davantage d’autonomie. Sur les marchés financiers, la livre sterling et les actions de banques basées en Écosse ont été chahutées.

>>Lire Un sondage donne la victoire aux indépendantistes d’Ecosse

Les derniers sondages que publie la presse dominicale sont contradictoires.

Les instituts Panelbase, Opinium et Survation donnent deux à huit points d’avance aux partisans du maintien dans de l’Écosse dans le Royaume-Uni (respectivement à 51, 53 et 54%). Mais un sondage ICM indique de son côté que les indépendantistes l’emporteraient jeudi avec 54% des voix. (voir )

John Curtice, un spécialiste des sondages, souligne cependant que le sondage ICM pour le Sunday Telegraph a été réalisé par internet auprès d’un échantillon relativement étroit de 705 personnes. « Compte tenu de ces précisions méthodologiques, ses conclusions, si elles ne peuvent être rejetées en bloc, doivent être clairement analysées avec prudence », ajoute-t-il sur son blog.

L'Écosse et le Royaume-Uni ont signé un accord le 15 octobre 2012 pour tenir un référendum sur l'indépendance écossaise en automne 2014.

L'Écosse est une nation au sein du Royaume-Uni depuis l'Acte d'Union de 1707. Le Parlement écossais actuel a été fondé en 1999 dans le cadre du processus de déconcentration du Royaume-Uni. Des assemblées régionales ont alors été créées en Écosse, au pays de Galles et en Irlande du Nord en vue d’accorder aux régions une plus grande autonomie.

Le Parlement est compétent et peut légiférer dans certains domaines politiques, tels que l'éducation et la santé.

Le Parti national écossais (SNP), à la tête du gouvernement décentralisé, fait campagne pour l'indépendance. Le SNP veut faire en sorte que l'Écosse se fasse entendre en Europe et ailleurs. Objectif : représenter convenablement ses intérêts sociaux, politiques et économiques.

 

Les ministres écossais regrettent qu’ils soient souvent mis à l’écart par Londres sur les questions qui les touchent directement.

 

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