Le marché du travail britannique se maintient malgré le Brexit

La City ne sortira probablement pas indemne du Brexit. [Michael Garnett/Flickr]

Le marché du travail britannique résiste pour l’instant aux incertitudes liées au Brexit. Mais les salaires pourraient chuter après la sortie du pays de l’UE.

Le cataclysme attendu sur le marché du travail britannique après la décision de Londres de quitter l’UE n’a pas encore eu lieu.

Plus surprenant, le Royaume-Uni enregistre même des créations d’emplois au cours des derniers mois. Le nombre de personnes ayant un emploi a augmenté entre la période septembre-novembre 2016 et celle de décembre 2016- février 2017. De décembre 2016 à février 2017, 31,84 millions de Britanniques avaient un emploi, soit 39 000 de plus qu’à la période précédente et 312 000 de plus que pour la même période un an auparavant.

Le nombre de chômeurs confirme cette tendance, puisqu’ils étaient 1,56 million entre décembre et février, soir 45 000 de moins qu’entre septembre et novembre 2016 et 141 000 de moins que pour la même période en 2015.

John Springford, directeur de recherche au centre de réforme européenne (CER), explique que le ralentissement économique et les pertes d’emploi ont été moins dramatiques que prévu parce que les consommateurs ont continué à dépenser leurs économies.

En outre, le marché du travail britannique est historiquement « extrêmement flexible », ajoute-t-il, soulignant que, même pendant la crise financière de 2007-2008, le taux de chômage est resté sous la barre des 8 %.

Une position partagée par la Commission européenne. « Si le ralentissement de la croissance (du PIB) pourrait avoir un effet sur l’emploi à plus long terme, son impact devrait être relativement limité, grâce à la réponse flexible des salaires réels à une demande plus faible », a indiqué l’exécutif en février.

Quelque jours avant la publication des prévisions de la Commission, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, avait pour sa part assuré que « la croissance [était] restée résiliente depuis le référendum ». Cette robustesse a poussé la banque centrale à conclure que l’économie britannique serait capable de maintenir un taux de chômage en deçà des 5 % au moins jusqu’en 2019, date prévue pour la fin des négociations du Brexit.

« Le Brexit ne fait que commencer »

Mark Carney estime cependant que « le Brexit ne fait que commencer ». L’avenir de l’emploi au Royaume-Uni dépendra largement de l’accord d’association que Londres parviendra à arracher à Bruxelles. Les négociations devraient débuter à l’automne.

Les conditions de cette nouvelle relation commerciale ne détermineront pas seulement avec certitude si les entreprises devront engager et dépenser, mais clarifiera aussi la facilité avec laquelle les entreprises basées outre-Manche pourront continuer à mener des activités dans l’UE.

À l’heure actuelle, près de 12 % des biens et services produits dans le pays sont exportés vers d’autres États membres, des échanges qui représentent 3,3 millions d’emplois.

La City première victime?

La City de Londres sera sans doute la victime la plus touchée par le Brexit. Les acteurs du monde financier pourraient en effet ne plus pouvoir opérer librement des deux côtés de la Manche. Avec comme dommages collatéraux les cabinets juridiques et les entreprises de comptabilité.

En 2015, le secteur de la finance employait près de 1,1 million de personnes dans le pays. Le secteur des services, et particulièrement les services financiers et commerciaux, représente aujourd’hui 41 % des exportations britanniques. Une belle augmentation depuis 1997, quand ils en représentaient 28 %.

En outre, les autres grands exportateurs, comme les constructeurs et fournisseurs automobiles, « pourraient être forcés de réduire leurs effectifs s’il devient plus difficile d’exporter vers l’UE », estiment Iain Begg et Fabian Mushövel, de la London School of Economics.

Ensemble, le secteur aérospatial, l’informatique, l’électronique, l’industrie automobile et l’industrie pharmaceutique représentent une source importante de croissance et de création d’emploi pour le pays.

Un espoir ?

Les grands fabricants, comme Boeing et Google, ont cependant promis de créer de nouveaux emplois au Royaume-Uni après le Brexit. Autre lueur d’espoir à l’horizon, la concurrence accrue pourrait favoriser la création d’emplois dans certains secteurs. « Parce qu’un nouveau régime commercial augmentera les coûts liés à l’importation, ou parce que les entreprises évitent ainsi des réglementations restrictives », estiment les économistes.

À mesure que les dispositions de restriction de l’immigration se durcissent, il y aura également des postes à pourvoir pour des emplois peu qualifiés, plombier, ou gardienne d’enfants, par exemple. Pour maintenir le niveau d’exportations, les experts misent sur les industries numérique et créative.

Pour John Springford, du CER, le marché du travail restera stable, sauf si Londres et Bruxelles ne parviennent pas à un accord sur la redéfinition de leurs relations. Si à court terme il y aura des relocalisations, surtout dans le secteur financier, à long terme la concurrence accrue s’imposera, ce qui augmentera la production et pourrait limiter les salaires.

De plus, le taux d’économie ne cesse sa chute et a atteint un niveau historiquement bas, alors que l’inflation croît. John Springford prévient donc que la consommation privée pourrait ne plus sauver l’économie du pays.

Lutte pour de nouveaux emplois

En Europe, les institutions européennes et les gouvernements nationaux n’ont cessé de répéter que si le Brexit allait avoir des effets néfastes sur l’économie britannique, il aurait aussi des conséquences indésirables sur les marchés européens.

Mais derrière ces lamentations, les gouvernements nationaux se battent bec et ongles pour récupérer des milliers d’emplois des îles britanniques.

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La France, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Luxembourg se livrent concurrence pour attirer les banquiers et traders bien rémunérés.

Au total, 89 % des employés (26 629) des cinq plus grandes banques d’investissement (Goldman Sachs, Morgan Stanley, JP Morgan, Citigroup et Bank of America Merrill Lynch) sont installés au Royaume-Uni.

Environ 40 % des 250 entreprises les plus importantes ont leur siège à Londres, contre 8 % à Paris, la seconde capitale européenne sur la liste.

Pendant ce temps, les constructeurs automobiles pourraient déplacer leurs activités du Royaume-Uni vers des pays comme l’Espagne dans le cas de Nissan-Renault, ou vers l’Allemagne dans le cas de Ford.

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