Coup de projecteur sur Westminster après l’accord de Boris Johnson sur le Brexit

EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

Boris Johnson a conclu un accord avec l’UE, mais il doit désormais convaincre le Parlement britannique de le ratifier. Ce qui s’annonce compliqué.

D’aucuns s’attendaient à ce que les hostilités se poursuivent tout au long du weekend, pourtant les leaders du bloc ont signé un accord sur le Brexit une heure seulement après le début du sommet européen.

Le Taoiseach irlandais, Leo Varadkar, s’est ensuite rangé derrière les présidents du Conseil européen et de la Commission européenne, Donald Tusk et Jean-Claude Juncker, afin de « vendre » l’accord auprès du reste des États membres.

L’accord du Premier ministre britannique se fonde sur un nouveau protocole concernant l’Irlande du Nord : la province restera soumise aux règles du marché unique des marchandises et ce sera aux autorités britanniques d’appliquer les dispositions du code des douanes de l’UE.

Ce dispositif sera en application jusqu’en 2025, date à laquelle l’assemblée de l’Irlande du Nord votera à majorité simple si elle souhaite ou non maintenir les règles européennes.

Jusque-là, tous s’est déroulé sans problème. Les regards se tournent désormais vers Westminster. Le débat entre M. Johnson et le parlement, qui aura lieu samedi (19 octobre) à 9 h 30 GMT, s’annonce délicat et se terminera par un vote sur l’accord plus tard dans la soirée.

« Mon accord vs pas d’accord », voici l’approche que Boris Johnson adoptera face aux députés. Certes, il a triomphé à Bruxelles, mais pourra-t-il effectuer un doublé en recevant l’aval de la Chambre des Communes ? Rien n’est moins sûr. En effet, selon les dernières estimations, il manquerait au gouvernement britannique une poignée de votes pour que l’accord soit accepté.

Le Parti unioniste démocrate nord-irlandais (DUP) a déclaré que ses dix députés s’opposeront tous à l’accord. Boris Johnson a encore besoin du soutien des 21 législateurs conservateurs exclus du parti en septembre pour s’être rangés derrière une loi empêchant un Brexit dur et il lui manque aussi environ 20 députés travaillistes. Toutefois, le chef du parti travailliste (Labour), Jeremy Corbyn, a laissé entendre que les députés qui soutiendraient Boris Johnson seraient expulsés du parti.

Les partisans d’un deuxième référendum ont signalé qu’ils n’essaieraient pas d’obtenir une majorité en faveur d’un nouveau scrutin lors du vote de samedi. Leur priorité sera plutôt de rejeter l’accord du Premier ministre.

Entre temps, le parti national écossais (Scottish National Party, SNP) a présenté un amendement réclamant une prolongation du délaide sortie jusqu’à fin janvier, dans le but de convoquer des élections législatives.

Pour l’instant, le report du Brexit n’est pas envisagé

« Nous avons un accord, autrement dit, nous n’avons pas besoin de prolongation », a déclaré le chef de l’exécutif européen, Jean-Claude Juncker, lors d’une conférence de presse commune avec le Premier ministre britannique, avant de réaffirmer plus tard qu’il n’y aurait pas de report.

Bien qu’utiles à M. Johnson, ces remarques ont irrité un certain nombre de représentants de l’UE qui en ont minimisé l’importance, indiquant qu’il n’appartenait pas à M. Juncker de décider d’une extension et laissant entendre que les États membres l’accorderaient si les législateurs britanniques rejetaient l’accord.

« S’il y a une demande de report, je contacterai les États membres pour recueillir leur réaction », a indiqué Donald Tusk.

Les diplomates européens savent très bien que les chances de voir un accord conclu à Westminster restent minces pour Boris Johnson.

Une ambiance tantôt morose, tantôt apaisée plane au-dessus de Bruxelles

« Je me sens triste, car dans mon cœur je resterai un “Remainer”. J’espère que le Royaume-Uni reviendra. La porte est ouverte », a déclaré Donald Tusk.

« Je regrette ce choix, mais je le respect », a ajouté Leo Varadkar.

Boris Johnson s’est, sans surprise, montré le plus enthousiaste, déclarant que « cette journée a été très productive pour le Royaume-Uni » et qu’il était « très confiant » concernant le soutien des députés au parlement britannique.

« Ce n’est pas la fin de l’histoire, au contraire, c’est le début », a-t-il dit, arguant qu’il fallait désormais réfléchir à un nouveau partenariat progressif avec l’UE.

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