Juncker demande à Theresa May de ne pas court-circuiter Michel Barnier

Juncker and Barnier [The European Parliament]

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a demandé à Theresa May de ne pas passer au-dessus du négociateur européen en ouvrant des discussions directes avec les dirigeants d’États membres, comme Merkel ou Macron.

Les médias britanniques ont cité des sources proches du 10 Downing Street affirmant que Theresa May comptait court-circuiter le négociateur européen en chef, Michel Barnier, « qui est plus un tyran de cour de récréation qu’un diplomate ».

S’exprimant devant le Parlement européen le 3 octobre lors d’un débat sur les négociations du Brexit, Jean-Claude Juncker a été clair sur le fait qu’à « ceux qui pensent que le Royaume-Uni devrait tout simplement passer outre Michel Barnier » il rappellerait que la Commission a été nommée par les 27 États membres et que le choix de ce négociateur avait été soutenu par tous les pays. « Il agit en leur nom sur la base d’un mandat de négociation clair. »

Il a ajouté que Michel Barnier ferait un rapport aux dirigeants européens lors du prochain Conseil européen les 19 et 20 octobre.

« Jusqu’à présent, je ne peux pas dire que nous sommes prêts à entrer dans la seconde phase des négociations », a-t-il souligné. Les dirigeants européens doivent décider lors du sommet d’octobre si les négociations du divorce ont suffisamment avancé pour pouvoir commencer les discussions sur l’avenir de la relation et sur un accord commercial, comme le réclame le Royaume-Uni.

Toutefois, le Parlement européen, qui aura son droit de vote sur tout accord de départ du Royaume-Uni de l’UE en mars 2019, a adopté une résolution appelant les dirigeants européens à repousser la décision.

« Nous devons d’abord nous accorder sur les termes du divorce et nous verrons ensuite si nous pouvons retrouver nos relations de ‘je t’aime moi non plus’ », a déclaré le président de la Commission devant le Parlement.

Le mois dernier, Theresa May a donné un discours à Florence et a fait des concessions, qui selon Michel Barnier, ont été traduites en position de négociation par son équipe, menée par le ministre du Brexit, David Davis.

May tente de sortir les négociations du Brexit de l'impasse

La Première ministre britannique va s’efforcer de relancer les négociations, actuellement au point mort, sur le divorce avec l’UE lors de son déplacement à Florence, le 22 septembre.

Selon Jean-Claude Juncker, le discours de la Première ministre était « conciliant », mais les discours « ne sont pas des positions de négociation », a-t-il ajouté.

« Nous n’avons pas fait suffisamment de progrès », a-t-il mis en garde, soulignant le peu d’avancées dans les trois domaines clés des négociations.

Sur la question des droits des citoyens, il estime que des progrès ont été réalisés, mais que le rôle indispensable de la Cour de justice de l’UE pour garantir ces droits doit encore être accordé.

En ce qui concerne les obligations financières du Royaume-Uni, Jean-Claude Juncker s’est dit satisfait du fait que Theresa May a reconnu ces obligations financières sur le principe lors de son discours à Florence.

« Le diable se trouvera, comme toujours, dans le détail. Mais les contribuables des 27 États membres ne devront pas payer pour la décision britannique [de quitter l’UE] », a prévenu Jean-Claude Juncker.

En ce qui concerne la frontière irlandaise, le président de la Commission a indiqué que toute solution devrait respecter à la fois le droit européen et l’accord du Vendredi saint.

La résolution des eurodéputés, soutenue par les principaux groupes politiques, critique la position de Londres, notamment sur la facture à verser à l’UE, et juge que « l’absence de propositions claires a sérieusement entravé les négociations ».

Les élus estiment que le quatrième cycle de négociations n’a pas permis de « progrès suffisants » dans trois domaines clés. En conséquence de quoi, si le cinquième cycle n’aboutit pas à des avancées majeures dans ces trois domaines, ils « appellent le Conseil […]  à retarder son évaluation des progrès réalisés lors de leur réunion d’octobre ».

May change d’avis sur le Brexit dur

Déterminée à relancer les négociations de sortie de l’UE, Theresa May a plaidé pour un Brexit « doux » avec une période de transition de deux ans et s’est engagée à honorer les engagements financiers britanniques vis-à-vis des Européens.

« Virer Boris Johnson »

Le débat sur le Brexit a permis aux eurodéputés d’attaquer Theresa May et son gouvernement, très divisé, en particulier David Davis et Boris Johnson, ministre aux Affaires étrangères. « Qui dois-je appeler à Londres ? Theresa May, David Davis ou Boris Johnson ? », s’est demandé Manfred Weber, qui dirige le PPE, de centre droit, le plus grand groupe du Parlement.

L’eurodéputé n’y a pas été par quatre chemins, pressant la Première ministre de « virer Boris Johnson », qui l’a contredite sur une série de sujets liés au Brexit et doit s’exprimer lors d’une conférence du parti conservateur à Manchester.

Nigel Farage, grand défenseur de l’euroscepticisme, qui siège toujours au Parlement européen, a pour sa part déclaré que Theresa May était un « gaspillage de place » et devrait démissionner.

Le cinquième cycle de négociations entre les deux partie début lundi à Bruxelles.

Londres espère entamer les discussions post-Brexit avec l’UE

Le quatrième cycle de négociation qui a débuté le 25 septembre sera celui de la dernière chance pour Londres de faire avancer les négociations vers la question de l’après-Brexit avant le Conseil d’octobre.