L’Europe retient son souffle face au référendum écossais

Le «oui» a perdu son avance dans les sondages la veille du référendum (Credit: [EQRoy]/Shutterstock)

Les derniers sondages font état d’une victoire du non à 52 %. Mais le charismatique premier ministre écossais, Alex Salmond, croit dans cette « chance unique ».

A la veille d’un référendum historique sur l’indépendance de l’Écosse, des dizaines de milliers d’électeurs n’avaient toujours pas choisi leur camp mercredi, une indécision qui annonce un scrutin très ouvert même si les derniers sondages donnent le « non » en tête.

Partisans et adversaires de l’indépendance sont restés mobilisés jusqu’aux dernières heures de la campagne, à l’image du premier ministre écossais Alex Salmond, champion de la cause indépendantiste, qui a appelé ses compatriotes à ne pas laisser passer « une chance unique ».

« C’est une opportunité qui ne se présente qu’une fois dans une vie et nous devons la saisir à deux mains », a-t-il dit pendant un meeting à Perth, dans l’est de l’Écosse, moins de douze heures avant l’ouverture des bureaux de vote.

« L’avenir de l’Écosse doit être entre les mains de l’Écosse », a insisté Alex Salmond, qui a terminé son discours en reprenant le slogan de la première campagne du président américain Barack Obama : « Yes we can ».

Les deux derniers sondages publiés mercredi soir étaient cependant favorables aux unionistes partisans du maintien de l’Écosse au sein du Royaume-Uni, donnés vainqueurs avec 52 % à 53 % des voix.

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Mais si cette tendance s’est confirmée pendant les derniers jours de la campagne, entre 6 % et 9 % des électeurs se disaient encore indécis mercredi soir, selon ces enquêtes, ce qui laisse aux indépendantistes des raisons d’espérer.

Mardi, les trois grandes formations politiques britanniques — Parti conservateur, Parti travailliste et Parti libéral-démocrate — se sont engagées à garantir à l’Écosse, si elle reste dans le Royaume-Uni, un niveau élevé de dépenses publiques et à accorder aux Écossais le contrôle de leurs dépenses de santé.

« Un pays meilleur »

Alex Salmond a souhaité pour sa part que les Écossais « se réveillent vendredi au premier jour d’un pays meilleur ».

Dans une lettre ouverte aux électeurs, il invoque le souvenir de l’économiste du XVIIIe siècle Adam Smith et du grand poète écossais Robert Burns. « Ne laissez pas cette occasion glisser entre vos doigts. Ne les laissez pas dire qu’on n’y arrivera pas. Faisons-le ! »

Dans un entretien au Times, le premier ministre britannique David Cameron, qui s’est rendu deux fois en Écosse en une semaine, admet que le scrutin sera serré, comme il l’a toujours pensé.

Il reconnaît même qu’il lui arrive de se réveiller en sueur la nuit, effrayé à l’idée d’une victoire des indépendantistes. « Quel que soit le résultat, nous sommes une démocratie et il faut respecter le verdict des urnes », dit-il.

« Ce sera très serré », a déclaré au journal The Scotsman le politologue John Curtice, professeur à la Strathclyde University. « Pour le moment, il semblerait que le “oui” doive échouer de très peu », a-t-il ajouté.

Des centaines de partisans de l’indépendance se sont rassemblés mercredi à Glasgow, plus grande ville d’Écosse avec ses 486.000 électeurs, en scandant devant le Royal Concert Hall : « Oui, nous le pouvons et nous le ferons ! »

« Nous sommes sur le point de gagner parce que nous avons réconcilié des tas de gens avec la politique. Mais quoi qu’il arrive, de toute façon, plus rien ne sera comme avant », a déclaré Patrick Harvie, le numéro un des Verts écossais.

Résultats vendredi

Toujours à Glasgow, l’ancien premier ministre britannique Gordon Brown a pris la parole lors d’un rassemblement unioniste. « L’indépendance nous mène dans un piège », a-t-il lancé devant une foule qui brandissait des pancartes « Aimez l’Écosse, votez non ».

Dans une lettre ouverte, 14 anciens chefs de l’armée de terre, de la marine et de l’armée de l’air britanniques défendent aussi le « non» car, selon eux, l’indépendance de l’Écosse ne peut que saper les capacités de défense du Royaume-Uni.

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Pour voter jeudi, il faut résider en Écosse, avoir au moins 16 ans, être ressortissant britannique, du Commonwealth ou de l’Union européenne. Près de 4,3 millions de personnes sont concernées. Ainsi, un Écossais vivant en Angleterre ne peut participer au scrutin.

Les électeurs devront répondre « oui » ou « non » à la question : « L’Écosse doit-elle être un pays indépendant ? »

Un « oui » mettrait fin à 307 années d’union avec l’Angleterre.

Le résultat définitif du référendum devait être connu vendredi en milieu de journée.

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L'Écosse et le Royaume-Uni ont signé un accord le 15 octobre 2012 pour tenir un référendum sur l'indépendance écossaise en automne 2014.

L'Écosse est une nation au sein du Royaume-Uni depuis l'Acte d'Union de 1707. Le Parlement écossais actuel a été fondé en 1999 dans le cadre du processus de déconcentration du Royaume-Uni. Des assemblées régionales ont alors été créées en Écosse, au pays de Galles et en Irlande du Nord en vue d’accorder aux régions une plus grande autonomie.

Le Parlement est compétent et peut légiférer dans certains domaines politiques, tels que l'éducation et la santé.

19 septembre : résultat du référendum sur l'indépendance de l'Écosse

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