L’UE espère que l’énergie issue des vagues et des marées pourra se développer assez rapidement

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La technologie marémotrice et houlomotrice en Europe pourrait bien ne pas répondre aux attentes de l'UE pour 2020. Il faudra en effet sans doute plus de dix ans pour qu'elle contribue de manière significative au bouquet énergétique, même si cette technologie se développe rapidement et attire de gros investisseurs.
 

Cette industrie naissante a attiré de nombreux investisseurs au cours de l'année dernière, garantissant des fonds de plusieurs centaines de millions d'euros de la part d'entreprises comme Siemens et Vattenfal.

Elle progresse rapidement, des prototypes aux essais à grande échelle en mer, et promet une plus grande fiabilité que beaucoup d'autres types d'énergies renouvelables dépendant de la météo.

Les chiffres sont toutefois bien en deçà des attentes de l'Union européenne, qui prévoyait 8,5 milliards d'euros d'investissements et une capacité de production de 3,6 gigawatts d'ici 2020.

Tout comme d'autres énergies renouvelables, cette technologie a besoin du soutien financier des gouvernements pour atteindre l'échelle commerciale et elle aura ensuite besoin de subventions pour devenir plus rentable.

Son arrivée tardive sur le marché après des énergies renouvelables bien établies comme le solaire ou l'éolien lui porte préjudice, alors que les gouvernements luttent contre la crise de la dette. En outre, les coûts de développement de cette technique sont encore bien plus élevés que ceux des autres énergies renouvelables, y compris de l'énergie éolienne.

« Parler de gigawatts d'ici 2020 est optimiste. Nous préférons pour l'instant parler de centaines de mégawatts », a déclaré Charlie Blair, responsable de l'accélération technologique pour le secteur maritime chez Carbon Trust.

Difficultés financières

Siemens, qui a renforcé son investissement dans le constructeur britannique Marine Current Turbines le mois dernier, prévoit une croissance annuelle à deux chiffres pour les énergies renouvelables maritimes d'ici 2020, en partant de pratiquement zéro aujourd'hui. L'entreprise pense que cette technologie finira par couvrir 3 à 4 % de la demande énergétique mondiale.

« Nous avons besoin que les grands acteurs industriels commencent à s'impliquer dans le développement de ce secteur. Les services publics s'intéressent à ce type de projets qui seront développés à la même échelle que l'énergie éolienne ou les centrales électriques conventionnelles », a expliqué Frank Wright, le responsable des énergies renouvelable du cabinet de conseil britannique Douglas Westwood.

La plupart des experts pensent que les premiers projets à l'échelle commerciale, d'au moins 1 MW, devraient voir le jour d'ici 2016 ou 2017. Ils estiment que l'énergie issue des océans pourrait être intégrée au bouquet énergétique européen entre 2025 et 2030.

Une grande installation marémotrice aurait une capacité de 1 MW, mais le prochain défi consistera à développer des turbines de 5 à 10 MW avant de passer à des centaines de mégawatts à partir de 2020.

« Il faut encore prouver qu'une turbine de 10 MW peut fonctionner à l'échelle commerciale et se rentabiliser via la vente d'électricité », a affirmé M. Blair.

Outre les difficultés techniques liées à l'installation de divers appareils et au développement des infrastructures de réseau et des systèmes de contrôle, les ingénieurs doivent également trouver le moyen de réduire le coût des turbines qui reste exhorbitant.

Les estimations actuelles du prix normalisé (le prix constant par unité d'énergie auquel un investissement atteint son seuil de rentabilité) est de 0,38 à 0,48 livre/kWh (0,45 à 0,57 euro) pour l'énergie houlomotrice et de 0,29 à 0,33 livre/ kWh (0,35 à 0,40 euro) pour l'énergie marémotrice, contre 0,09 à 0,10 livre/ kWh (0,11 à 0,20)  pour l'énergie nucléaire et l'éolien en mer, selon l'entreprise britannique Carbon Trust.

Les contraintes budgétaires menacent de freiner le développement commercial de cette technologie. Bien que des financements gouvernementaux soient disponibles pour la recherche, moins de fonds sont disponibles pour des projets de démonstration à grande échelle.

Le réseau énergétique européen pose problème

Une autre difficulté a vu le jour : le réseau énergétique de l'UE pourrait ne pas supporter cette capacité supplémentaire, dans la mesure où davantage de projets approchent des essais maritimes à grande échelle et fournissent de l'électricité au réseau.

La capacité des énergies marémotrice et houlomotrice raccordées au réseau britannique a augmenté de 90 % depuis mars 2011, même si elle reste modeste à 5,6 MW. RenewableUK pense qu'elle devrait passer à 11 MW cette année grâce au raccordement d'au moins sept nouvelles installations.

Certains services publics dépendent d'investissements significatifs dans l'accroissement de la capacité du réseau avant de pouvoir développer leur projet maritime. Vattenfall envisage d'acheter un dispositif de production d'énergie houlomotrice plus tard cette année en comptant sur l'installation d'un interconnecteur entre les îles Shetland et l'Écosse continentale.

« Les projets d'énergie houlomotrice doivent être connectés au réseau terrestre avant que l'énergie ne soit transportée », a expliqué Alina Bakhareva, responsable de la recherche sur les énergies renouvelables chez Frost and Sullivan.

« À moins d'obtenir des subventions d'État pour la construction de grands réseaux ou de réseaux à haute tension, les constructeurs marins ne peuvent pas assumer ces coûts supplémentaires. »

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