L’UE hisse les voiles alors que souffle le vent de la révolution arabe

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En amont d'un sommet européen extraordinaire sur la Libye et la région sud méditerranéenne prévu la semaine prochaine, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a qualifié les évènements actuels de « rendez-vous avec l'Histoire ». Quelques heures plus tard, le vice-premier ministre britannique, Nick Clegg, a parlé du « plus grand évènement géopolitique de la dernière décennie ».

M. Barroso a rencontré la presse suite à une réunion avec le Collège des commissaires qui s'est principalement concentrée sur les évènements dramatiques qui ont eu lieu en Libye et sur la « révolution du Jasmin » qui bouleverse le monde arabe.

Alors que les tensions entre Mouammar Kadhafi et les rebelles qui contrôlent une bonne partie de la Libye continuent de s'intensifier (voir « Background »), M. Barroso a qualifié les actions du régime libyen moribond de « complètement inacceptables ».

M. Kadhafi, a-t-il ajouté, fait à présent « partie du problème et non de la solution ».

Après avoir énuméré une série de mesures prises par différents commissaires afin de permettre de gérer la situation du point de vue humanitaire et d'éviter une vague migratoire, M. Barroso a abordé des objectifs plus stratégiques.

« Il est clair que nous ne devons pas nous contenter de gérer les retombées de ces crises, nous devons nous occuper des origines de ce processus. Nous avons besoin d'un nouveau paradigme politique en relation avec nos voisins du sud. Nous avons besoin d'un « Pacte pour la démocratie et la prospérité partagée », a déclaré M. Barroso.

Le président de la Commission a semblé tenter de se rattraper suite à la réponse tardive de l'UE. L'Union et ses Etats membres ont été pris par surprise en ce qui concerne les demandes démocratiques des peuples arabes. Contrairement aux révolutions de 1989 qui ont balayé l'Europe de l'est, le monde occidental n'a été qu'un spectateur passif cette fois alors que le vent du changement souffle de plus en plus fort sur le monde arabe.

« Je pense qu'ils se sont embarqués dans un voyage audacieux et empreint de transformations vers la liberté, la démocratie et une vie meilleure. Je pense qu'il est de notre devoir de dire aux populations arabes que nous sommes de leur côté ! De Bruxelles, je souhaite tout particulièrement dire aux jeunes Arabes qui se battent pour la liberté et la démocratie : nous sommes de votre côté », a répété M. Barroso.

Aux côtés de M. Barroso, le vice-premier ministre britannique, Nick Clegg, qui a ensuite rencontré la haute représentante de l'UE, Catherine Ashton, a lui aussi ajouté une note géopolitique à sa déclaration. Soulignant le soutien de son pays à l'adhésion de la Turquie, il a été beaucoup plus loin que M. Barroso en soulignant que la Turquie pourrait servir de modèle à suivre pour les pays arabes et servir de preuve au fait que l'Islam et la démocratie ne sont pas incompatibles.

« En tant que pays majoritairement musulman, membre de l'OTAN, pays fermement engagé sur la voie de l'adhésion à l'UE et Etat jouissant d'une démocratie multipartite éclatante, [la Turquie] montre le bon exemple aux autres sociétés. Les bonnes relations de la Turquie avec les pays de la région offrent des avantages en termes d'ouverture et de respect des droits de l'Homme, ce que nous soutenons tous », a déclaré M. Clegg.

Une pression occidentale limitée

Toutefois, ces déclarations pourraient être une tentative de masquer l'intention limitée de la communauté occidentale d'engager des opérations militaires en Libye si les évènements devaient arriver à un point qui l’exige.

Au cours des discussions au sein de l'OTAN, les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont émis la possibilité d'établir une zone d'exclusion aérienne pour empêcher Mouammar Kadhafi de lancer des attaques aériennes contre les manifestants ou de faire venir des mercenaires de l'étranger.

La France s'y est cependant opposée via son nouveau ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, insistant su le fait qu'une opération militaire, y compris une zone d'exclusion aérienne, requerrait l'approbation du Conseil de sécurité des Nations unies.

Il semble très peu probable que le Conseil de sécurité prenne une telle décision dans la mesure où la Russie et la Chine, des membres permanents, ont déjà exclu cette idée.

La Ligue arable a déclaré qu'elle envisagerait de soutenir l'idée d'une zone d'exclusion aérienne mais a exclu de soutenir une intervention militaire étrangère directe dans le pays.

La Turquie, un membre influent de l'OTAN, a quant à elle vivement rejeté la possibilité d'une action militaire.

 

Aujourd'hui (3 mars) l'armée de Mouammar Kadhafi en Libye doit faire face à une force rebelle de plus en plus organisée et confiante qui demande un soutien international et envisage de se déplacer à l'ouest vers Tripoli.

Sur le front militaire, les rebelles libyens ont repoussé une offensive terrestre et aérienne des forces de Kadhafi dans le terminal pétrolier de Brega alors que le dirigeant mettait en garde les forces étrangères contre un « autre Vietnam » si elles intervenaient dans le soulèvement populaire.

Ce soulèvement, le plus meurtrier à ce jour, contre les dirigeants de longue date du Moyen-Orient de l'Afrique du nord, a déclenché une crise humanitaire, surtout à la frontière tunisienne où des dizaines de milliers de travailleurs étrangers tentent de fuir les violences.

Les prix du pétrole ont atteint leur plus haut niveau depuis deux ans et demi suite aux craintes que la révolte ne se propage dans les autres producteurs de l'OPEP.

  • 11 mars : les 27 chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE se rencontreront à Bruxelles pour un sommet extraordinaire sur la Libye et l'Afrique du nord.

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