L’UE prévoit d’élargir Erasmus pour les entrepreneurs

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Un projet pilote qui paye les entrepreneurs pour apprendre de l'expérience d'hommes et de femmes d'affaires plus expérimentés dans d'autres pays européens sera étendu et établit de façon permanente, d'après des fonctionnaires de l'UE.

La Commission européenne va demander au Parlement d'assigner un budget substantiellement plus élevé au programme naissant "Erasmus pour les jeunes entrepreneurs" d'ici fin 2011, les fonctionnaires estimant qu'on aurait besoin d'étendre largement le programme afin qu'il dynamise l'entreprenariat transfrontalier.

Une rencontre à Bruxelles, accueillie par la Commission, a révélé une série de problèmes initiaux mais a renforcé l'engagement de l'exécutif de l'UE à faire pression pour des financements supplémentaires.

L'initiative pilote bénéficie actuellement d'un budget de 5 millions d'euros par an et a réalisé 80 échanges depuis son lancement en février 2009. Une revue indépendante a dit que le programme aidait à créer de nouvelles entreprises durables mais qu'il aurait besoin de ressources considérablement plus élevées pour avoir un impact à long terme.

Les représentants du projet, qui utilise le succès du programme Erasmus d'échange pour les étudiants, pensent qu'environ 10 000 futurs entrepreneurs pourraient au final participer au projet chaque année.

Toutefois, le programme pilote a déjà fait face à des difficultés considérables pour trouver des entrepreneurs établis qui donnent de leur temps et apportent leurs ressources pour guider les jeunes qui ont de nouvelles idées d'entreprises.

Le projet se repose aussi largement sur les organisations d'entreprises dans les Etats membres pour qu'elles aident les jeunes à trouver un entrepreneur d'accueil qui leur corresponde. Ces intermédiaires se plaignent également que le niveau de soutien proposé n'est pas durable.

Une enquête des participants a révélé une satisfaction générale parmi les nouveaux entrepreneurs bénéficiant du programme, bien qu'il soit encore trop tôt pour dire si l'héritage de leurs visites d'échange fera émerger de nouvelles entreprises transfrontalières.

Le programme d'échange confronté à des problèmes de marketing

Alors que le petit nombre d'hommes ou femmes d'affaires qui ont profité du programme ont en général poursuivi en démarrant leur propre entreprise, les critiquent prétendent qu"'Erasmus pour les jeunes entrepreneurs" a un problème de marketing.

Certains pays -notamment l'Espagne et l'Italie- ont réussi à attirer beaucoup plus de candidatures que d'autres, ce qui laisse entendre que la plupart des Etats membres ont échoué à faire passer le message parmi les jeunes qui ont de nouvelles idées d'entreprises.

Le programme est construit sur la marque Erasmus déjà établie, ce qui aide à indiquer immédiatement que son point principal est la mobilité – mais cette association d'idées a une face négative. Les groupes d'entreprises s'inquiètent que la communauté des entreprises ne pense que le programme est simplement une extension de l'initiative d'échange d'étudiants.

Plusieurs parties prenantes veulent en changer le nom, ou au moins retirer le mot "jeune" du titre, car il peut démoraliser les personnes qui ont déjà une réelle expérience professionnelle mais veulent entreprendre pour la première fois.

D'autres critiques du projet pilote ont été émises par les participants et les organisations intermédiaires, notamment le chevauchement avec d'autres programmes de conseil similaires, et la question difficile de savoir si les entreprises fondées par les participants n'auraient pas été lancées de toute manière.

Réactions

Joanna Drake, directrice pour la promotion de la compétitivité des PME à la DG entreprises et industrie de la Commission européenne, a dit qu'elle s'était engagée à donner une base permanente au programme "Erasmus pour les jeunes entrepreneurs".

Selon ses propos, le programme fait intégralement partie du Small Business Act (SBA) et correspond parfaitement à un certain nombre de programmes phares exposés dans la stratégie Europe 2020 – en particulier le programme " Youth on the Move" (jeunesse en mouvement), "Union de l'innovation", et le focus sur la création d'emplois durables.

En ce qui concerne " Youth on the Move", ce programme comble un fossé car il n'existe rien pour les jeunes au commencement de leurs carrières, a dit Mme Drake.

Elle a affirmé qu'il était très important de faire passer le mot en ce qui concerne le programme, mais a ajouté que des ressources supplémentaires pour le marketing n'étaient peut-être pas la seule réponse. Nous avons besoin que des entrepreneurs soient ambassadeurs de ce programme, et il est également important que les eurodéputés et les autorités régionales jouent un rôle clé dans la communication des success stories, a dit Mme Drake.

Arnaldo Abbruzzini, secrétaire général d'Eurochambres, a déclaré qu'Erasmus pour les jeunes entrepreneurs correspondait au besoin d'améliorer la mobilité en Europe. Toutefois, il a dit qu'il restait un certain nombre de défauts qui devaient être résolus.

M. Abbruzzini, qui dirige sa propre entreprise, a dit qu'il ne s'inscrirait pas en tant qu'entrepreneur d'accueil car il n'y a aucun avantage.

Nous avons besoin d'une campagne d'information de taille et également d'identifier les raisons pour lesquelles les entrepreneurs seraient d'accords pour s'engager. Le bénéfice retiré par les nouveaux entrepreneurs est clair, mais il est limité pour quelqu'un comme moi qui devrait donner du temps et de l'espace pour le programme, a-t-il ajouté.

Le chef d'Eurochambres a dit que le programme devait être géré sur une échelle beaucoup plus grande - 150 est un nombre presque ridicule. Il a également soutenu l'idée de changer le nom d'Erasmus pour les entrepreneurs dans le but d'encourager les hommes et femmes d'affaires expérimentés à s'impliquer en tant que guides.

Christian Weinberger, conseiller à la DG entreprises et industrie de la Commission européenne, a dit que le nombre de personnes qui souhaitaient aller dans un autre pays pour apprendre de l'expérience d'un entrepreneur établit dépassait le nombre d'hommes ou femmes d'affaires établis qui acceptent de participer.

Il a souligné que l'utilisation des réseaux sociaux avait fait partie des efforts pour sensibiliser les gens au programme, et que les remarques des participants avaient été très positives.

C'est le signe que ce programme peut avoir un effet direct sur la compétitivité de l'UE. Il aide à améliorer la qualité des start-ups et à donner envie à un plus grand nombre d'entrepreneurs de développer leur entreprise à l'international, a dit M. Weinberger.

Fátima Mínguez, directrice générale adjointe pour la politique sur les PME au ministère espagnol de l'industrie, du tourisme et du commerce, a dit que le concept derrière Erasmus pour les entrepreneurs était excellent mais que les résultats de la phase pilote étaient en réalité très modestes.

Il y a beaucoup de progrès à faire, a-t-elle dit, ajoutant qu'il était bien trop tôt pour prétendre que le programme ait un quelconque effet tangible.

Nous avons besoin de rendre le travail réalisé par les organisations intermédiaires plus professionnel, a-t-elle dit, ajoutant que les Etats membres prendraient possession de l'initiative si les problèmes initiaux étaient résolus.

Annie King, qui a participé au programme en tant qu'entrepreneur d'accueil, a dit que la stratégie Europe 2020 faisait référence à des entreprises durables et qu'il s'agissait d'un domaine dans lequel la Commission devrait insister davantage.

Elle a affirmé qu'on devrait laisser les nouveaux entrepreneurs trouver des hôtes adéquats eux-mêmes plutôt que de se reposer sur un système complexe d'organisations d'entreprises intermédiaires qui agissent comme des entremetteurs.

Luca Poli, un chirurgien italien qui a bénéficié du programme, a dit qu'il était impossible d'évaluer les chances d'apprendre de l'expérience d'un homme ou d'une femme d'affaires espagnol car les entrepreneurs locaux refusent souvent de donner des information commerciales sensibles.

Il a affirmé qu'il en savait très peu sur la gestion d'une entreprise avant de participer au programme et qu'il était désormais propriétaire d'une clinique de chirurgie plastique à Milan.

Katia Marchesin, qui a accueilli un entrepreneur, a dit que le programme donnait aux gens d'affaires une opportunité pour développer de nouveaux modèles d'entreprises et pouvait servir de pont virtuel vers d'autres marchés. C'est une chance donnée aux entreprises pour qu'elles se développent à l'international, a-t-elle déclaré.

Marko Curavi?, chef d'unité à la DG entreprises et industrie de la Commission, a dit que la phase pilote avait apporté une bonne base sur laquelle démarrer. Nous voulons rendre son impact plus fort et permanent, a-t-il ajouté.

Il y aura toujours du temps pour améliorer le programme avant qu'il devienne une base légale nouvelle et permanente, a-t-il affirmé, ajoutant que son nouveau statut engendrerait une augmentation du budget.

M. Curavi? a indiqué que 180 000 étudiants par an participaient au programme d'échange Erasmus pour les étudiants, il n'est donc pas déraisonnable de projeter d'enrôler des dizaines de milliers d'entrepreneurs.

Jack Malan du Centre for Strategy & Evaluation Services, qui a conduit la révision du programme pilote, a affirmé que les nouveaux entrepreneurs avaient tendance à se montrer plus positifs que les entrepreneurs d'accueil.

Il a dit qu'il était trop tôt pour mesurer précisément l'impact du projet mais que les premières indications laissaient entendre qu'il permettait une amélioration de la qualité des start-ups, bien qu'il ne semble pas accroître le nombre de nouvelles entreprises.

Si 10 000 nouveaux entrepreneurs participaient tous les ans –ce qui demanderait dix fois plus de ressources- cela pourrait considérablement améliorer la compétitivité et la croissance, a-t-il affirmé.

Toutefois, M. Malan a souligné le besoin de sensibiliser davantage afin de générer un plus grand nombre de candidatures pour le programme, et de combler les fossés géographiques qui ont émergé durant la phase pilote.

Contexte

En février 2009, la Commission européenne a lancé un programme pilote encourageant les jeunes hommes/femmes d'affaires à passer entre un et six mois à observer un entrepreneur établi (EURACTIV 20/2/09).

Cette initiative fait partie d'un effort visant à encourager l'entreprenariat et à aider ceux qui possèdent une entreprise à mieux utiliser le marché intérieur. L'idée est d'abord apparue dans le "Small Business Act" (initiative relative aux PME), publié en 2008 (EURACTIV 11/06/09).

A présent, environ 8 % des PME exportent leurs biens et leurs services dans l'UE, à la grande frustration des groupes d'entreprises qui font pression pour la mise en œuvre complète du Small Business Act.

Le programme a été prolongé pour une deuxième année en février 2010, et son budget a été augmenté de 3 millions à 5 millions d'euros (EURACTIV 25/02/10).

Prochaines étapes

  • Fin 2010 : Proposition de la Commission pour donner une base légale au programme Erasmus pour les entrepreneurs.
  • Fin 2011 : Adoption de la proposition par les eurodéputés et les Etats membres.

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