Le Brexit coûte plus cher que l’UE

Des manifestants réclament la fin de l'austérité devant la conférence du Parti conservateur britannique, septembre 2018. [Steve Eason/Flickr]

Le Brexit coûte plus cher à Londres que sa participation à l’UE. Soit 560 millions d’euros par semaine. Et le soutien des conservateurs à leur gouvernement faiblit.

La décision du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne coûte 500 millions de livres (560 millions d’euros) par semaine à l’État britannique, ce qui efface pour le moment d’éventuelles économies provenant d’un arrêt de ses contributions à Bruxelles, selon les conclusions d’une étude publiée le 30 septembre.

L’impact économique du vote sur le Brexit est l’objet d’un débat intense au Royaume-Uni, les partisans et les opposants au départ s’emparant de la moindre information allant dans leur sens pour renforcer leur position.

Selon le Centre for European Reform (CER), un groupe d’études spécialisé sur l’Union européenne, la taille de l’économie britannique est environ 2,5% inférieure à ce qu’elle aurait été si le oui au maintien dans l’UE l’avait emporté lors du référendum de juin 2016. Les conclusions du CER se fondent sur des données arrêtées à fin juin 2018.

Les finances publiques ont été affaiblies de 26 milliards de livres par an, soit l’équivalent de 500 millions de livres par semaine, et ce chiffre ne cesse de croître, indique le CER.

Cet organisme, qui se décrit comme « pro-européen », mais sans pour autant être « un partisan inconditionnel de l’UE », explique avoir créé un modèle permettant de voir comment l’économie britannique se serait comportée si le « oui » au maintien dans l’UE l’avait remporté au référendum en 2016.

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Le CER explique que son analyse s’appuie sur l’étude de 22 pays avancés dont les caractéristiques correspondent à celles de la Grande-Bretagne et qui n’ont pas voté pour quitter l’UE. Ces données ont ensuite été comparées à la performance économique réelle de la Grande-Bretagne depuis le référendum.

La croissance économique britannique au premier semestre de cette année a été la plus faible sur six mois depuis le second semestre de 2011. Les entreprises, se montrant apparemment prudentes avant le Brexit, réduisent leurs investissements.

À seulement six mois du départ du Royaume-Uni de l’UE, le 29 mars 2019, on ne sait toujours pas s’il y aura un plan d’accompagnement du Brexit et quelle en sera la teneur.

De nombreux chefs d’entreprises et investisseurs craignent que des considérations politiques ne viennent se mettre en travers d’un accord et que la cinquième puissance économique mondiale ne se retrouve avec un Brexit dur, sans accord d’accompagnement, ce qui, selon eux, leur serait défavorable.

Lors de la campagne pour le référendum de 2016, les partisans de la sortie de l’UE ont affirmé que la Grande-Bretagne serait gagnante avec un Brexit, car elle n’enverrait plus 350 millions de livres par semaine à l’UE.

Ils estiment aussi que la Grande-Bretagne bénéficiera à long terme d’avoir ses propres règles et qu’elle pourra ainsi conclure ses propres accords commerciaux avec des économies à croissance rapide telles que l’Inde et la Chine.

Soutien affaibli

Au congrès du Parti conservateur, rares sont les militants qui soutiennent les plans de la Première ministre en vue du Brexit. Mais à six mois de l’échéance, ils préfèrent éviter un changement d’exécutif et regrettent les querelles qui minent le parti.

Martin Williams et Brenda Charles, élus locaux à Weston-super-Mare (sud-ouest de l’Angleterre), font partie des quelques privilégiés du Parti conservateur à avoir pu rencontrer Theresa May dimanche.

La dirigeante leur a présenté dans le détail son plan de Chequers, qui prévoit une relation commerciale étroite avec l’UE après le Brexit, passant par le maintien d’une réglementation commune.

« Je ne suis pas un grand fan » de ce plan, « mais après l’avoir écoutée, je suis prêt à lui donner une chance », concède Martin Williams, 32 ans.

« Moi aussi », assure Brenda Charles. « J’ai foi en elle, elle était optimiste quant à la possibilité d’obtenir le meilleur accord possible. À sa place, d’autres auraient déjà abandonné. »

Tous deux regrettent toutefois les querelles qui minent leur parti et l’empêchent de s’attaquer à d’autres problèmes que le Brexit. « Il faut arrêter les enfantillages », réclame Martin Williams. « Nous voulons un plan pour l’avenir. Les jeunes ont besoin d’optimisme plutôt qu’on leur rebatte les oreilles avec le Brexit. »

Tout le monde n’est pas aussi compréhensif et le plan de Chequers s’attire surtout les critiques. « Je n’en veux pas. Ce plan nous maintiendrait dans le marché unique. Je veux une rupture nette », tranche Imelda Dixon, 71 ans, une déléguée venue de Derby (centre).

Bien qu’elle apprécie l’eurodéputé très à droite Jacob Rees-Mogg, Imelda ne veut pas d’un changement immédiat à la tête du parti. « Il vaut mieux attendre que le Brexit soit passé », estime-t-elle.

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Besoin de changement ?

En marge du congrès, un député conservateur et l’ancien chef du parti europhobe UKip, Nigel Farage, sont réunis devant plusieurs centaines de personnes, pour une conférence organisée par le groupe Leave means Leave, qui défend un divorce dur d’avec l’UE.

Dans la salle décorée d’affiches « Save Brexit » (« Sauver le Brexit »), des militants font entendre un avis beaucoup plus tranché: le gouvernement actuel doit partir, et le plus tôt sera le mieux.

« Nous avons besoin de changement, cela ne fait aucun doute », assure Stuart Lloyd, 50 ans, qui milite à la section locale de Sutton Coldfield, dans la banlieue de Birmingham. « Theresa May et un certain nombre de ses ministres refusent d’accepter le résultat du référendum, c’est de là que vient le problème. »

« C’est le vote le plus important de l’histoire britannique, et nous avons, pour le concrétiser, quelqu’un qui a voté contre » la sortie de l’UE, juge-t-il.

Pour la remplacer, le militant suggère l’ancien ministre des Affaires étrangères Boris Johnson. « Si ce n’est pas lui, il faudra que ce soit quelqu’un qui partage sa vision. »

Un eurosceptique à la tête de l’exécutif ? C’est la crainte de nombreux militants conservateurs, favorables à un second référendum, qui ont défilé dimanche à Birmingham, en tête d’un cortège trans-partisan, qui rassemblait également des membres du Parti travailliste ou des Libéraux-démocrates.

« Les conservateurs ont une longue tradition de proximité avec l’Europe », affirme Nicholas McLean, un ancien élu municipal du quartier londonien de Kensington et Chelsea.

« Je me sens trahi par Boris Johnson, par Jacob Rees-Mogg… », soupire-t-il. « Il y a une longue liste de personnes qui considèrent ce sujet (du Brexit) de manière bornée et pas du tout réaliste. »

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