Le Brexit s’invite dans une campagne allemande léthargique

Affiche de la CDU pour la campagne allemande. CDU

La position très pro-européenne du SPD tranche avec celle de la CDU. La droite reste pro-européenne, mais a minima.

La campagne pour les élections législatives allemandes peine à réveiller le paysage politique outre-Rhin, alors qu’Angela Merkel est donnée largement gagnante face à l’ancien président du Parlement européen, Martin Schulz. Selon les derniers sondages, la CDU l’emporterait largement avec 40 % des suffrages, contre seulement 22 % des voix pour le SPD, et un peu moins de 10 % pour les Verts.

Le sujet du Brexit tente toutefois de réveiller les Allemands en vacances. Martin Schulz a ainsi critiqué la proposition de Londres pour une union douanière provisoire, publiée le 15 août.

« Si le gouvernement britannique suggère tous les jours une nouvelle proposition, cela n’a aucun sens », a assuré le représentant du parti de gauche SPD, reflétant des hésitations déjà manifestées par la Commission européenne, qui a rappelé que les discussions en matière d’union douanière seraient abordées une fois la question de la circulation des citoyens résolue. « Je crois qu’il faut laisser le temps aux deux personnes désignées pour négocier, David Davis et Michel Barnier, le temps de négocier », a-t-il insisté.

Bruxelles hostile à l'idée britannique d'une union douanière temporaire

Le Royaume-Uni propose une union douanière intermédiaire après le Brexit, le temps de négocier ses propres accords commerciaux, et entend faire accepter cette idée en jouant sur la carte de la frontière irlandaise.

Angela Merkel choisit de son côté d’insister sur les enjeux locaux du Brexit et d’éviter tout sujet anxiogène. Lors d’un meeting sur la côte Nord du pays, à Cuxhaven, elle a rappelé, le 15 août, que les intérêts des pêcheurs de haute mer seraient protégés dans le cadre des négociations du Brexit. En juillet, le ministre de l’environnement britannique, Michael Gove, avait indiqué que le Brexit serait l’occasion, pour son pays, de reprendre le contrôle des eaux britanniques où pêchent actuellement des flottes européennes.

Si les différences entre les deux principaux partis en lice sur la question du Brexit restent modestes Schulz et le SPD défendent en général une position nettement plus pro-européenne que la droite. Et donc une position a priori plus dure pour les négociations du Brexit.

Une gauche plus pro-européenne

Sur le futur de l’Union européenne, les programmes divergent. La CDU envisage, comme Macron en France, de développer un fonds monétaire européen, en élargissant les capacités du Fonds de résolution unique actuellement en place dans le cadre de l’Union bancaire.  Une vision relativement modeste du futur de l’Union européenne.

À gauche, le SPD propose une trajectoire nettement plus ambitieuse, avec la proposition d’un gouvernement économique pour la zone euro, et un véritable budget européen commun. Des projets qui supposent d’approfondir l’Union économique et monétaire et d’ajuster le pacte de stabilité actuel. Et qui sous-tendent une vision nettement plus intégrée et fédérale pour l’Europe.

Une position qui contraste avec le fait que la CDU mène une campagne relativement centrée sur l’Allemagne. Le drapeau allemand s’est invité dans certaines de ses affiches, pour la première fois depuis 20 ans. Et alors que les menaces géopolitiques et sécuritaires semblent extrêmes dans le monde, et que l’économie européenne reste fragile, la CDU propose une vision du monde apaisée.

Sur une des affiches de campagne, la CDU suggère même de bien se reposer cet été, avant de bien voter cet automne ; sur l’affiche, une jeune femme les yeux fermés dans l’herbe semble refléter l’atonie de la campagne. Sur une autre, la CDU souhaitait simplement bonnes vacances aux électeurs. Ou comment véhiculer le message « circulez il n’y a rien à voir Merkel va être réelue ».

Comme lors des dernières élections, l’extrême-gauche, les Verts, le SPD ainsi que le parti FPD défendent ensemble une vision plus intégrée de l’Union européenne, comme le souligne le think-tank ECFR. Ils devraient avoir ensemble légèrement plus de voix que le total de la CDU. Mais une coalition des partis de gauche est rejetée par une majorité au sein du SPD, ce qui rend l’hypothèse très peu probable. D’autant que les Verts s’associent facilement avec la droite en Allemagne. La première préoccupation des Allemands durant cette campagne est d’ailleurs l’enjeu climatique, un sujet pour lequel ils font confiance à Angela Merkel qui a marqué des points avec la transition énergétique en faveur des renouvelables.

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La coalition CDU-CSU emmenée par la chancelière Angela Merkel est créditée de 40% des intentions de vote dans le dernier sondage Forsa. Le scrutin se tiendra le 24 septembre prochain.  Un article de notre partenaire, La Tribune.

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