Le Parlement impose ses lignes rouges dans les négociations du Brexit

Nigel Farage, « l’un des plus grands obstacles à un Brexit réussi », selon Steve Baker. [Parlement européen]

Accès au marché unique, frontière, droit des citoyens européens au Royaume-Uni et facture de sortie, les eurodéputés ont adopté leur feuille de route sur le Brexit, qui augure des négociations musclées avec le Royaume-Uni.

« L’heure du divorce est arrivée, il faut commencer à négocier » a résumé la présidente de la gauche radicale au Parlement européen, Gabriele Zimmer lors du débat sur le Brexit à Strasbourg, le 5 avril.

Après le déclenchement officiel du Brexit par le gouvernement britannique il y a quelques jours, les eurodéputés ont adopté en session plénière une résolution posant les bases de négociations avec le Royaume-Uni.

La résolution, adoptée à une large majorité (516 voix pour, 133 contre, 50 abstentions), « est la toute première prise de position politique d’une institution européenne après la remise de la lettre de Theresa May » a souligné le français Michel Barnier, le  négociateur en chef du Brexit pour la Commission.

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Position sans ambiguïté

Et la position du Parlement pose des lignes strictes sur plusieurs sujets fondamentaux, dont la négociation avec Londres, qui s’annonce épineuse. « Et nous sommes prêts à utiliser notre droit de veto si les conditions énoncées dans la résolution ne sont pas respectées pendant la négociation » a mis en garde le chef de file des socialistes, l’italien Gianni Pittella.

Le Parlement européen devra en effet adopter l’accord de divorce conclu avec le Royaume-Uni à l’issue des deux ans de négociation prévus par les traités. Et pourrait donc le rejeter.

« Le début c’est la résolution d’aujourd’hui, la fin c’est le vote sur l’accord négocié avec le Royaume-Uni dans deux ans ici au Parlement » a expliqué Michel Barnier.

Les exigences des eurodéputés et celle des Britanniques semblent pour l’heure considérablement éloignées. « Je ne suis pas en train de dire que nous ne sommes d’accord avec rien, mais pas d’accord avec certains points essentiels », a reconnu l’eurodéputée, Helga Stevens qui siège au côté des conservateurs britanniques. L’élue a dénoncé les « exigences excessives » de la résolution.

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Le nœud de Gibraltar

Le sujet du statut de Gibraltar, qui a fait grimper la tension entre l’Espagne et le Royaume-Uni, a été mentionné dans le débat comme un des points les plus sensibles. « Espagne,  vous ne serez pas seul lorsque vous négocierez avec Londres sur le statut de Gibraltar » a prévenu Manfred Weber. Le Rocher craint en effet le rétablissement des frontières avec l’Espagne, qui impacterait son économie de manière dramatique.

Plus largement, la question des frontières risque de créer des tensions, notamment en Irlande du Nord, ou le rétablissement des contrôles est vu comme un activateur possible de tensions entre les deux parties de l’Ile. « On ne peut pas accepter qu’au 21e siècle on créer de nouvelles frontières en Europe ! » a souligné Gabrielle Zimmer.

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Les accords commerciaux

Autre point de clivage, la politique commerciale. La résolution interdit clairement au Royaume-Uni d’entamer toute négociation commerciale avec des pays tiers. En effet, la négociation d’accord de libre-échange est une compétence exclusive de Bruxelles, qui refuse que Londres démarre des négociations parallèles avec les grands partenaires commerciaux de l’Europe avant que le divorce officiel ne soit prononcé.

Pourtant, le Royaume-Uni a d’ores et déjà fait savoir qu’il comptait passer outre et négocier rapidement ses propres accords de libre-échange, notamment avec les États-Unis. Une proposition que le nouveau président américain avait d’ailleurs accueillie positivement.

Cette exigence a particulièrement agacé l’ancien leader de l’UKIP, Nigel Farage. « Dans la résolution vous nous dites que nous n’avons strictement aucun droit de négocier un accord commercial avec un autre pays, mais ça n’a aucune base juridique ! » a affirmé le député britannique eurosceptique.

Punition

Pour les élus des groupes eurosceptiques (EFDD et ENL), le déclenchement de la procédure de sortie du Royaume-Uni a été  largement salué comme une bonne nouvelle et un retour à la souveraineté nationale.

Mais les élus des groupes de Nigel Farage et de Marine Le Pen ont aussi largement accusé l’UE de vouloir sanctionner le Royaume-Uni pour son vote en faveur du Brexit.

Un discours contredit par une large partie des intervenants, qui ont plaidé en faveur d’une négociation sans esprit de revanche. « Nous négocierons en toute amitié, il n’y aura pas d’hostilité. [… ] L’absence d’accord ne créerait que des perdants, pas de gagnants » a affirmé le président de la Commission Jean-Claude Juncker.

Les appels à l’harmonie ont pourtant été émaillés de mises en garde contre un accord trop favorable pour Londres. « Que veut dire quitter l’UE, notamment lorsqu’on parle des questions de sécurité ? » a demandé le chef de file du centre droit au Parlement, Manfred Weber. « Je redoute que Londres pense trouver un marché où ils pourront prendre ce qui les arrange et laisser le reste. »

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