Le Royaume-Uni est sur le point de suspendre le protocole irlandais

« Nous cherchons à négocier des changements significatifs dans le protocole », a déclaré le ministre britannique du Brexit lors d’un entretien avec EURACTIV. [Stephanie Lecocq/EPA/EFE]

David Frost, ministre britannique chargé du Brexit, a averti ce lundi (4 octobre) que le Royaume-Uni était sur le point de suspendre le protocole irlandais qui maintient l’Irlande du Nord dans le marché unique des biens de l’UE dans l’accord sur le Brexit.

« Nous ne pouvons pas attendre éternellement. Si nous ne parvenons pas rapidement à trouver une solution, nous devrons agir, en recourant au mécanisme de sauvegarde de l’article 16, afin de répondre à l’impact du protocole sur l’Irlande du Nord », a déclaré M. Frost dans un discours prononcé lors de la conférence du parti conservateur.

Dans son discours aux délégués du parti, M. Frost a également déclaré que le « long cauchemar de l’adhésion à l’UE » était terminé. S’adressant à EURACTIV, il a déclaré vouloir renégocier les termes du protocole avec la Commission européenne.

« Nous cherchons à négocier des changements significatifs dans le protocole », a-t-il déclaré. Il a ajouté que ce protocole « ne fonctionne pas, il ne préserve pas l’équilibre de l’Accord du Vendredi saint et provoque des perturbations dans la vie quotidienne. Il ne respecte pas la place unique de l’Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni ».

L’invocation de l’article 16 suspendrait en effet l’application du protocole, et le ministre britannique a déclaré que les conditions de son application étaient déjà remplies. Il a par ailleurs souligné l’opposition de la communauté unioniste au protocole et pointant des preuves de détournement de commerce de l’Irlande du Nord.

Les associations d’entreprises de la province ont fait état d’importantes perturbations des flux commerciaux, une entreprise sur cinq déclarant que son fournisseur britannique ne veut plus commercer avec elle.

« La mise en œuvre du protocole pose problème. Nous constatons une déviation des échanges commerciaux. Nous pensons que cela répond au test de l’article 16 », a déclaré M. Frost.

« Nous ne parlons pas de tirer un trait sur le protocole, mais d’apporter des changements pour qu’il fonctionne mieux », a déclaré M. Frost à EURACTIV. Il a ajouté que ces changements s’appuieraient « sur les fondations et les concepts principaux du protocole.»

« Ce n’est pas dans notre intérêt d’avoir une relation fracturée ou difficile avec l’UE et ses États membres », selon lui.

Le protocole a introduit des contrôles douaniers pour les marchandises voyageant de la Grande-Bretagne vers l’Irlande du Nord. Les responsables britanniques se disent surpris par l’ampleur des difficultés rencontrées par les entreprises et par ce qu’ils perçoivent comme une application stricte du texte par l’UE.

La confiance entre Londres et Bruxelles reste très limitée, notamment depuis que l’UE a ouvert une procédure d’infraction contre le gouvernement de Boris Johnson. Les responsables britanniques affirment que l’UE a également contribué à renforcer cette méfiance, comme en témoigne la tentative éphémère de la Commission européenne, au printemps, d’empêcher les vaccins contre la COVID-19 de voyager de l’Irlande vers le Royaume-Uni.

« Nous sommes très souvent montrés du doigt. Mais il y a des choses que l’UE a fait qui nous ont laissés meurtris et méfiants », a déclaré un fonctionnaire britannique.

Cependant, il est de plus en plus évident que les communautés unionistes et commerciales sont très critiques à l’égard de la gestion du protocole par le gouvernement britannique. « Nous avons été bafoués par le gouvernement britannique et je comprends l’attitude de Bruxelles », a déclaré à EURACTIV un haut responsable politique unioniste.

Maros Sefcovic, le vice-président de la Commission européenne chargé de mettre en œuvre l’accord commercial post-Brexit, devrait présenter des propositions visant à faciliter sa mise en œuvre.

Toutefois, l’exécutif européen a déclaré qu’il ne renégocierait pas le protocole, et les fonctionnaires britanniques ont de faibles attentes. L’un d’entre eux a en effet déclaré que l’UE « ne proposera que des flexibilités et des formalités techniques ».

« La plupart des entreprises nord-irlandaises souhaitent un certain pragmatisme en ce qui concerne le protocole et veulent que ce dernier fonctionne, même si elles demandent des modifications », a déclaré Stephen Kelly, directeur général de Manufacturing Northern Ireland, à EURACTIV.

Toutefois, M. Kelly a ajouté qu’une entreprise nord-irlandaise sur cinq souhaite que le protocole soit supprimé. Il a déclaré que la confiance en la possibilité de faire fonctionner le protocole s’amenuise.

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