Les alliés du Royaume-Uni se font rares selon l’ex-commissaire Peter Mandelson

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Drapeau anglais abîmé [Flickr/Adrian Scottow]

Le Royaume-Uni ne parvient plus à influencer l’UE, juge Peter Mandelson, commissaire en charge du commerce de 2004 à 2008.

« Quand j’étais commissaire, il y a dix ans, un tas d’États voulaient être dans le camp du Royaume-Uni, mais ce camp s’est vidé ces dernières années, au détriment du pays et de l’ensemble de l’UE » a expliqué Peter Mandelson, ancien ministre de Tony Blair et de Gordon Brown, dans une interview avec EURACTIV le 3 décembre sur la question des relations entre le Royaume-Uni et l’UE.

Selon l’ancien commissaire, les États de l’UE doivent faire face à la crise grâce à des politiques nées d’un accord au niveau européen, estime l’ancien commissaire, qui ajoute que le problème du Royaume-Uni est « qu’il est devenu moins attirant et moins respectable pour les États membres de s’aligner sur la position de Londres, même quand le pays a raison et propose des politiques intéressantes ». Si la Commission compte « certains des meilleurs Britanniques dans ses rangs », selon Peter Mandelson, « cela risque de changer à l’avenir si nous n’encourageons pas plus activement le recrutement de personnel britannique expérimenté à Bruxelles ».

Un nouveau regard sur les politiques d’immigration

Peter Mandelson a reconnu regretter certaines des décisions prises par le gouvernement travailliste britannique, qui avait autorisé sans conditions l’arrivée de migrants polonais à partir de 2005, alors que d’autres États avaient choisi de ne pas ouvrir totalement leurs marchés du travail.

> Lire : David Cameron souhaite restreindre la liberté de circulation des travailleurs

Le Royaume-Uni n’était « pas suffisamment conscient de l’impact qu’aurait l’immigration sur certains de nos services publics et communautés » dans les conditions économiques des années qui ont suivi, estime-t-il.

Il ajoute toutefois qu’il aurait été « hypocrite de refuser le principe de libre circulation à leurs citoyens après avoir tellement voulu faire entrer [les nouveaux membres] dans l’UE ». Le Royaume-Uni avait en effet soutenu avec enthousiasme l’élargissement de l’Union.

Le Royaume-Uni rencontre des problèmes similaires à ceux de la France, et notamment un sentiment anti-européen prononcé, explique l’ancien commissaire, « mais cela ne veut pas dire que Paris s’allie à Londres pour l’adoption de solutions ».

Le même principe s’applique à l’UE dans son ensemble, estime Peter Mandelson : « aucun État ne peut préparer une solution dans son coin, l’ensemble de l’UE doit agir de manière unie ».

Le centre-gauche doit jouer son rôle

L’ancien commissaire a également affirmé que les partis de centre-gauche, notamment en France, devaient « devenir sérieux » : il ne sert à rien de condamner l’attitude des autres si l’on n’a pas d’alternative viable à proposer.

Selon lui, UKIP « ne veut pas seulement faire sortir le Royaume-Uni de l’UE, mais aussi voir David Cameron remplacé à la tête du parti conservateur ». La défense des intérêts nationaux britanniques se rapproche dangereusement d’un combat pour la suprématie idéologique de la droite, soutient Peter Mandelson.

Le centre-gauche a donc à présent une « responsabilité encore accrue de s’assurer que la raison l’emporte, d’empêcher le Royaume-Uni de sortir de l’UE, ce qui serait un acte d’autodestruction », exhorte-t-il. 

>> Lire : Sortir de l’UE ne serait pas un crève-cœur pour David Cameron

Lui qui a totalement soutenu la nomination de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission se dit impressionné par deux choses : le refus du nouveau président de considérer que tout allait bien et que l’Union n’était pas en proie à une crise économique et politique majeure, ainsi que sa détermination à « non seulement faire moins, mieux, mais aussi se concentrer sur des chantiers d’envergure ».

« J’en suis ravi. J’estime qu’il réinstaure une certaine détermination, une discipline à une Commission qui en a cruellement besoin. J’espère qu’il pourra incarner ce sentiment pendant les cinq ans à venir », conclut Peter Mandelson.

Pour lire l’entièreté de l’entretien (en anglais), cliquez ici.

 

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