Les anciens Etats membres se débattent avec la question de la circulation des travailleurs [FR]

Une étude parue en Grande-Bretagne prouve que l’immigration des travailleurs en provenance des pays d’Europe de l’Est a été « généralement positive ». Par ailleurs, la Belgique semble déterminée à ne pas ouvrir son marché du travail.

Par crainte d’une hausse du chômage et du « tourisme social », certains anciens Etats membres (dont l’Autriche et l’Allemagne) ont d’ores et déjà fait connaître leur intention de maintenir leur marché du travail fermé aux travailleurs en provenance des huit nouveaux Etats membres pendant au moins trois ans de plus. Berlin souhaiterait prolonger la période de restriction jusqu’en 2011.

La Belgique maintiendra également ces « restrictions de transition » après le 1er mai 2006, comme l’a décidé son gouvernement à la fin du mois de février. 

Malgré la réticence de la plupart des Etats membres à ouvrir leur marché du travail, la Commission a proclamé 2006 l’Année européenne de la mobilité des travailleurs (voir EURACTIV 21 février 2006). 

Le Commissaire à l'emploi, Vladimir Spidla, a déclaré que la Commission "ne peut pas forcer [les anciens Etats membres] à supprimer leurs restrictions mais nous pouvons apporter la preuve que les pays qui les ont supprimées n'ont pas de problème."

Selon une étude commandée par le département britannique pour l'emploi et les retraites, intitulée "L'impact de la libre circulation des travailleurs des PECO sur le marché du travail du Royaume-Uni", des chercheurs n'ont trouvé "aucune preuve statistique évidente" suggérant que les flux migratoires des travailleurs en provenance de l'UE-8 ont contribué à la hausse du taux de chômage au Royaume-Uni en 2005. L'année dernière le nombre de demandeurs d'emploi britanniques a augmenté de 90000. En revanche, selon l'étude, "dans l'ensemble, l'impact économique des immigrés provenant des nouveaux Etats membres a été modeste et généralement positif."

L'étude révèle qu'entre le 1er mai 2004 et le 30 septembre 2005, quelques 293 000 immigrés ont été enregistrés par le WRS britannique (Worker Registration Scheme). L'enregistement via le WRS est obligatoire pour les immigrés qui sont employés au Royaume-Uni pour un mois ou plus. La grande majorité des postulants sont des Polonais (58%), suivis par les Lituaniens (14%) et des Slovaques (11%). 

Le Ministre britannique de l'Intérieur, Tony McNulty a affirmé que "les chiffres indiquent que les travailleurs des pays qui ont adhéré depuis peu continuent de venir au Royaume-Uni pour travailler, occupent des postes importants, soutiennent la prestation de services publics dans les communautés à travers le Royaume-Uni et contribuent de façon positive à notre économie et notre société."

Le Premier ministre finlandais, Matti Vanhanen, estime que la libre circualtion des travailleurs au sein de l'UE est essentielle au développement des Etats membres. Selon lui, si l'Europe se ferme sur elle-même, l'Asie pourrait l'emporter. 

Le Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, a déclaré qu'un "certain nombre de pays ont déjà ouvert leurs frontières. D'autres vont décider, dans les jours ou les semaines à venir, s'ils veulent  maintenir leurs frontières fermées pour trois ans supplémentaires. Nous ne faisons pas l'un ou l'autre."

Le Premier ministre estonien, Andrus Ansip, a quant à lui affirmé que "même si nous perdons des personnes brillantes au profit des anciens Etats membres, je crois que les gens ne peuvent être retenus comme des esclaves dans leur pays. Il serait criminel d'empêcher des jeunes gens talentueux de quitter le pays par crainte de les voir partir vers d'autres pays."

A la suite du dernier élargissement de l'UE à dix nouveaux Etats membres en mai 2004, plusieurs anciens Etats membres ont établi des restrictions à la libre circulation des travailleurs, craignant les conséquences d'un afflux d'immigrés largement prédit. La Grande-Bretagne, ainsi que l'Irlande et la Suède, ont choisi d'ouvrir leurs frontières aux immigrés d'Europe de l'Est, espérant qu'ils comblent les besoins de leurs marché du travail. 

En vertu du régime dit de "2+3+2 années" prévu dans le traité d'adhésion, chaque Etat membre a le droit de décider s'il veut maintenir ou supprimer des "restrictions de transition" sur la libre circulation des travailleurs, qui est une liberté fondamentale de l'UE. Les Etats membres ont désormais jusqu'à la fin du mois d'avril pour adopter une approche sur cette question.

Selon la Commission, à partir de son "analyse rigoureuse des faits", la libre circulation des travailleurs est "économiquement rationnelle" (voir EURACTIV 9 février 2006). La Commission a donc indiqué qu'elle souhaiterait voir les anciens Etats membres ouvrir leur marché du travail aux citoyens des nouveaux Etats membres.

A ce jour, la Finlande, le Portugal et l'Espagne ont déclaré qu'elles étaient prêtes à supprimer les obstacles à la libre circulation des travailleurs et à permettre aux citoyens des nouveaux Etats membres d'accéder à leur marché du travail sans restrictions.

Dès le départ, les citoyens de Chypre et de Malte on été exemptés des "restrictions de transition", ces barrières ne s'appliquant qu'à huit nouveaux Etats membres (UE-8).

  • La première période de deux années spécifiée dans le régime de 2+3+2 années s'achève le 30 avril 2006. Les Etats membres ont jusqu'à cette date pour dire s'ils veulent maintenir ou supprimer leurs "restrictions transationales" à la libre circulation des travailleurs.

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