Les eurodéputés réclament un oral de rattrapage pour le commissaire Jonathan Hill

L'audition de Jonathan Hill a été largement commentée sur les réseaux sociaux. Cette image est issue d'un tweet de l'eurodéputée allemande Julia Reda. [Julia Reda/ Twitter]

Le Britannique Jonathan Hill, le futur commissaire à la stabilité financière, aux services financiers et à l’union des marchés de capitaux, n’a pas su convaincre les eurodéputés lors de son audition, et devra passer un oral de rattrapage la semaine prochaine. 

Le Britannique Jonathan Hill est le premier candidat à ne pas réussir son oral devant le Parlement européen.

Le candidat au poste de commissaire à la stabilité financière, aux services financiers et à l’union des marchés de capitaux, n’a pas reçu le vote de soutien de la commission des affaires économiques et monétaires. Les eurodéputés écriront une lettre à Jean-Claude Juncker pour que son candidat fasse une deuxième audition, certainement lundi ou mardi.

Léger sur les détails

Jonathan Hill a été attaqué sur son manque de maîtrise de certains dossiers législatifs majeurs dont il serait responsable s’il obtenait le poste brigué.

Il a ainsi refusé de s’engager sur un calendrier précis en vue de mettre en place l’union bancaire, le système unique de garantie des dépôts.

Il n’a pas essayé non plus de calmer les inquiétudes sur le fait que c’était un candidat d’un pays non membre de la zone euro qui était en charge de la mise en œuvre de l’union bancaire. Même si le projet est ouvert à tous les États membres, seuls les pays de la zone euro participent au projet jusqu’à ce jour.

Les eurodéputés ont également pointé du doigt le parcours professionnel du Britannique. Celui-ci a été lobbyiste dans le passé et a fondé sa propre agence de conseils. Il a répondu qu’il s’était séparé de ses parts qu’il détenait au sein de son ancienne entreprise, et ce, « moins d’une journée après » sa nomination.

?L’audition de M. Hill tombe à une époque où les relations entre l’UE et le Royaume-Uni sont particulièrement tendues. David Cameron a dernièrement déclaré qu’il n’aurait pas le cœur brisé si le Royaume-Uni quittait l’Union européenne à l’issue du futur référendum sur le maintien ou non de son pays au sein de l’UE.

« Nul ne peut servir deux maîtres »

Les critiques les plus virulentes formulées à l’encontre du futur commissaire désigné à la stabilité financière, aux services financiers et à l’Union des marchés de capitaux sont venues de l’un de ses compatriotes.

Sous la huée des autres eurodéputés, Steven Woolfe du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) a interpellé le candidat britannique. « Pour reprendre les mots de la Bible du roi Jacques […] nul ne peut servir deux maîtres. Quel est aujourd’hui votre maître : la reine ou l’UE ? » a sommé de répondre le député eurosceptique.

Selon ce dernier, il existe un conflit entre le serment qu’a fait Jonathan Hill à la reine, en devenant Lord et en entrant dans la chambre haute du Parlement britannique, et le serment qu’il prête à l’UE en tant que commissaire européen.

Jonathan Hill a alors rétorqué qu’il ne croyait pas « un seul instant que la reine puisse voir un conflit entre le serment qu ‘[il] lui a fait et celui qu'[il] a prêté en tant que commissaire ».

Mais l’eurodéputé eurosceptique est revenu à la charge. Il a accusé le futur commissaire britannique d’être dépourvu de pouvoir et d’influence en vue de protéger la City de Londres, la plus grande place financière de l’UE.

Dans la nouvelle configuration proposée par Jean-Claude Juncker, Jonathan Hill devrait en effet travailler avec le Français Pierre Moscovici, le candidat aux affaires économiques, avec le letton Valdis Dombrovski, vice-président en charge de l’euro et du dialogue social, et enfin Jyrki Katainen, vice-président en charge de l’emploi et la croissance.

« Je viens ici pour travailler pour l’intérêt général en tant que commissaire européen. Je ne suis pas venu ici pour protéger la City de Londres », a-t-il déclaré.

Steven Woolfe a poursuivi son assaut contre le candidat, et a dénoncé le projet européen pour introduire une taxe sur les activités de la City par la « porte de derrière ».

« Je ne considère pas ce point comme faisant partie de ma mission […] Je ne crois pas que vous êtes vraiment intéressé par la réponse que je vous donne » a opiné le Britannique.

Porte-à-faux avec l’euroscepticisme britannique

David Cameron, le premier ministre britannique, a promis la tenue d’un référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni au sein de l’UE si les conservateurs remportaient les prochaines législatives.

Dans ce contexte, l’Italien Marco Zanni, du mouvement cinq étoiles, a demandé au Britannique si sa nationalité ne représentait pas un conflit d’intérêts.

« Je n’accepte aucun conflit d’intérêts et je m’acquitterai complètement de mes devoirs dans l’intérêt de l’Europe » a-t-il assuré.

Jonathan Hill, qui a débuté son discours en français et en italien, a expliqué aux eurodéputés qu’il souhaitait obtenir le poste, car il voulait le maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE.

Jean-Claude Juncker, le nouveau président de la Commission européenne a annoncé le 10 septembre la distribution des portefeuilles.

Parmi les nouveaux commissaires, qui devraient gagner leur poste le 1er novembre, 18 sont d'anciens ministres voire premiers ministres.Le Président s'est félicité et a déclaré que la nouvelle Commission était « très politique ».

La nouvelle Commission doit maintenant faire l'objet d'un vote d'approbation dans son ensemble par le Parlement européen. Les auditions se tiennent du 29 septembre au 7 octobre.

Pendant ces deux semaines d'audition, les 27 commissaires vont être passés au crible par les eurodéputés issus des commissions correspondant au poste brigué par le candidat.

À l’issue de ces auditions, le Parlement pourra alors soit accepter soit rejeter le collège dans son ensemble.

  • Novembre 2014 : la nouvelle Commission devrait entrer en fonction
  • Mai 2015 : élections législatives au Royaume-Uni
  • 2017 : référendum sur le maintien de Royaume-Uni au sein de l'UE

Parlement européen

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