Les Lords dénoncent le manque de lucidité de l’UE vis-à-vis de la Russie

Lord Tugendhat [House of Lords/Roger Harris]

Un rapport de la Chambre des Lords britannique accuse l’UE de se voiler la face par rapport aux intentions de la Russie en Ukraine. 

Alors que le non-respect de l’accord de Minsk II remet en question l’action de la diplomatie en Ukraine, la chambre haute britannique met les pieds dans le plat  en publiant un rapport accusateur. Où les Lords estiment que l’UE doit se préparer à durcir les sanctions à l’encontre de la Russie, si la situation sur le terrain continue de se dégrader.

Lord Tugendhat, président du sous-comité sur les affaires extérieures de la Chambre des Lords, juge qu’un manque d’expertise, à la fois au ministère des Affaires étrangères du Royaume-Uni et au niveau européen, a conduit  à une « mauvaise interprétation catastrophique de la tension » en Russie lors de l’intensification de la crise.

« Les États membres ont fait preuve d’un manque de clairvoyance politique en ce qui concerne les négociations de l’accord d’association avec l’Ukraine menées par la Commission », soutient Lord Tugendhat.

Le rapport condamne aussi les actions de Moscou, soulignant que « le démembrement d’un État souverain indépendant est inacceptable ».

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Ses auteurs indiquent également que la Russie se définit de plus en plus comme rivale de l’UE, une opposition à laquelle les États membres ont été lents à réagir. En Russie, l’élargissement de l’OTAN et celui de l’UE sont confondus et tous deux perçus comme une menace.

« La relation de l’UE à la Russie est depuis trop longtemps basée sur l’idée optimiste que Moscou est en train de devenir, petit à petit, un pays ‘européen’ démocratique », enchaîne le rapport. Si la relation économique entre l’UE et la Russie s’est épanouie, le partenariat politique et la promotion de la bonne gouvernance, de l’État de droit et de la libéralisation économique n’ont quant à eux pas abouti.

Le rapport se félicite cependant de la réponse unie des États membres vis-à-vis de Moscou et appelle à un « dialogue intense » sur la question de la Crimée. Il encourage également Bruxelles à faire plus d’efforts pour s’impliquer auprès de l’Union eurasienne, malgré le fait que la Russie ne remplit pas les critères voulus par l’OMC. En effet, selon les auteurs du rapport, l’attitude actuelle de l’Europe risque de « créer de nouvelles lignes de fracture sur le continent ».

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Le sous-comité sur les affaires extérieures de la Chambre des Lords a insiste en outre sur la nécessité de voir au-delà de la crise actuelle, et de mettre en place des relations Bruxelles-Moscou dans une vision de long terme.

« À l’avenir, l’Ukraine aura besoin d’une aide considérable de l’UE », assure Lord Tugendhat.  « Tout accord avec Kiev devra comprendre des promesses de changements, notamment en ce qui concerne la corruption. La corruption en Russie doit également être prise en compte. »

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La crise ukrainienne a éclaté quand l'ancien président Viktor Ianoukovitch a annulé le projet d'accord d'association avec l'UE en novembre 2013. Il a préféré se rapprocher de la Russie, engendrant des vagues de protestation qui ont parfois violemment dégénéré et sa destitution en tant que chef d'État.

Moscou a annexé la Crimée en mars 2014 à la suite d'un référendum après que les troupes russes se soient emparées du pouvoir dans la péninsule sur la mer Noire. Il s'agit de la crise la plus importante entre la Russie à l’Occident depuis la fin de la guerre froide.

Les militants prorusses contrôlent des bâtiments dans nombre de villes de l'Est ukrainien après avoir s'être soulevés le 6 avril dernier. Le 11 mai, les rebelles prorusses avaient affirmé avoir remporté une victoire éclatante lors d'un référendum à Donetsk. Pour l'Occident, il s'agit cependant d'un référendum illégal et illégitime.

Le conflit s’est fort aggravé après l'assaut lancé par le président ukrainien, Petro Porochenko, contre les séparatistes.

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L'UE a pour sa part renforcé les sanctions contre la Russie après qu'un avion de Malaysia Airlines a été abattu au-dessus de l'Ukraine, tuant 298 passagers, dont 194 Néerlandais.

Les leaders occidentaux estiment que les rebelles prorusses avaient très probablement tiré par erreur un missile sol-mer fourni par la Russie. Moscou accuse Kiev d'être à l'origine du drame.

Le 27 août, l'OTAN et les États-Unis ont déclaré que des incursions russes ont eu lieu « de façon ouverte et non dissimulée » sur le sol ukrainien. Le 28 août, le président Petro Porochenko affirmait que son pays faisait l'objet d'une invasion russe.

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Depuis, plusieurs accords de cessez-le-feu ont été négociés. Le dernier en date, qui a débuté le 13 février, ne semble pas devoir tenir beaucoup plus longtemps que ses prédécesseurs.

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