Les séparatistes flamands à la rescousse des conservateurs européens ?

Flemish nationalist rally [Tijl Vercaemer/Flickr]

Flemish nationalist rally [Tijl Vercaemer/Flickr]

Le parti séparatiste flamand N-VA devrait enregistrer une forte progression lors des élections européennes. Et devenir un partenaire potentiel de choix pour les conservateurs européens, en mal de coéquipiers pour constituer un groupe au sein du prochain Parlement européen.

En Belgique, les séparatistes flamands de l’Alliance néo-flamande (N-VA) s’acheminent vers une victoire électorale le25 mai prochain. Selon les derniers sondages publiés en avril, le parti de Bart De Wever est accrédité de 32 % des votes dans la circonscription électorale du nord de la Belgique, la Flandre.

Le 25 mai, les Belges ne se rendront pas seulement aux urnes pour élire les membres du Parlement européen: ils voteront également pour un nouveau gouvernement fédéral et régional (voir « Contexte »).

La victoire annoncée de la N-VA pourrait permettre au parti de participer aux négociations gouvernementales aux niveaux régional et fédéral. Le parti dirigé par Bart De Wever a abandonné sa rhétorique séparatiste pour une approche « confédéraliste » et a posé le cadre des débats pour les partis politiques traditionnels belges.

À l’échelle européenne, une victoire écrasante de la N-VA ne se solderait cependant que par quatre sièges au prochain Parlement européen. La question des alliances devient dès lors une nécessité si le parti flamand veut gagner en influence, les intentions réelles du parti restent pour l’heure difficiles à percer.

La N-VA fait actuellement partie de l’Alliance libre européenne, un rassemblement constitué de partis régionalistes membres du groupe Verts/ALE aux côtés des Verts. Or, au niveau national, les tensions entre les membres de la N-VA et ceux du parti écolo Groen! ont atteint leur paroxysme ces derniers mois.

À deux semaines des élections, l’eurodéputé vert Bart Staes a expliqué à EURACTIV  que « la tête de liste de la N-VA aux européennes [Johan Van Overtveldt] avait répété lors de plusieurs débats électoraux que son parti quitterait le groupe. »

Toutes les options restent ouvertes

Jusqu’à présent, le parti flamand, qui connaît la plus forte progression en Belgique, évite d’aborder la question de l’affiliation à un groupe au sein du Parlement européen.

« Apparemment, c’est la question à un milliard de dollars pour l’instant », a expliqué Johan Van Overtveldt sur une radio publique belge. « Nous prendrons une décision après les élections. Les groupes au Parlement européen se comportent très différemment des factions aux parlements nationaux », a-t-il poursuivi.

Dave Sinardet, politologue de l’université d’Anvers, a expliqué pour sa part à EURACTIV que la N-VA « laissait toutes les options ouvertes depuis le début de la campagne ».

Le parti séparatiste flamand pourrait rejoindre le groupe des libéraux (ADLE) mené par l’ancien premier ministre belge, Guy Verhofstadt, un fédéraliste convaincu. L’ADLE compte déjà un parti régionaliste basque et catalan dans ses rangs. Les séparatistes flamands partagent d’ailleurs la vision de l’aile droite de l’ADLE sur les volets économiques et budgétaires.

Mais, pour Dave Sinardet, ce scénario relève de la science-fiction politique » étant donné que Bart De Wever et Guy Verhofstadt sont de farouches rivaux en Belgique.

Le Parti populaire européen pourrait aussi être envisagé. Cette possibilité serait toutefois difficile à justifier dans les rangs des démocrates chrétiens flamands (CD&V). Et les aspirations séparatistes de la N-VA ne seraient pas les bienvenues au sein du Parti populaire espagnol, qui doit faire face aux séparatistes catalans au niveau national.

Une aubaine pour les conservateurs européens ?

L’un des scénarios les plus plausibles serait que le parti flamand rejoigne le groupe des Conservateurs et réformistes européens (CRE) dans le prochain Parlement européen. Actuellement, près de la moitié des eurodéputés de la CRE proviennent du Parti conservateur britannique. Les partis polonais Droit et justice et Pologne ensemble constituent l’autre partie majeure du groupe, tout comme le Parti démocratique civique de République tchèque.

Selon les dernières prévisions de PollWatch, le groupe CRE perdrait des représentants de ses partis membres en Belgique, au Danemark, en Lituanie et en Hongrie. Pour constituer un groupe, il faut minimum 7 pays et 25 eurodéputés. Si la première condition ne sera pas difficile à remplir, la seconde le sera davantage. 

La N-VA pourrait devenir la quatrième force au sein du groupe des conservateurs et tirer profit de cette situation lors des négociations. Des sources bien placées dans LDD, le parti belge membre du groupe CRE, les « discussions sont en cours depuis des années ».

Il y a deux ans, des représentants de la N-VA s’étaient déjà rendus à des réunions du groupe en tant que « candidats membres ». En mars 2011, Bart De Wever a également rendu visite au 10 Downing Street, la résidence du premier ministre britannique. C’est Derk Jan Eppink, d’ailleurs le seul eurodéputé belge au sein du CRE, qui avait organisé la rencontre.

« Pour l’instant, je sais qu’aucun engagement d’association n’a été pris », a assuré Derk Jan Eppink à EURACTIV.

L’adhésion au CRE serait toutefois contre-intuitive étant donné que les nationalistes flamands sont pro-européens. « L’euro, le marché unique, la défense et même une politique extérieure relèvent de l’échelon européen », selon le manifeste du parti flamand.

Pourtant, son programme est très composite. La N-VA a adopté le terme « euroréaliste » pour décrire sa position. « Certaines compétences seraient alors ramenées au niveau national, mais il est difficile de savoir lesquelles », a assuré Dave Sinardet.

Le CRE, de son côté, adopte clairement une position réformiste par rapport à l’Union européenne, correspondant à la demande des conservateurs britanniques qui plaident en faveur d’une Union strictement orientée vers le marché.

L’avenir du groupe ALE

La N-VA fait partie des membres fondateurs de l’Alliance libre européenne, reconnue comme parti en 2004. Depuis 1999, les eurodéputés associés au N-VA forment un groupe avec les Verts.

Le parti est constitué de membres régionalistes provenant de différents États membres dont la plupart défendent des politiques orientées à gauche. Or la N-VA a plus une doxa de droite en ce qui concerne l’économie et les questions sociales ainsi que l’immigration. Le seul représentant de la N-VA au Parlement européen, Mark Demesmaeker, a suivi à seulement 63 % la ligne de votes du groupe Verts/ALE.

Selon Simon Hix, professeur à la London School of Economics (LSE), d’autres membres du groupe ALE, comme le Parti national écossais ou le parti gallois Plaid Cymru, devraient continuer à travailler avec les Verts dans le prochain Parlement européen :« Ils semblent à l’aise [dans ce groupe] puisqu’ils se considèrent comme « de gauche ». »

Laura Rayner, collaboratrice de l'eurodéputé Parti national écossais (SNP), a expliqué à EURACTIV :« Nous sommes bien où nous sommes. C'est aux autres membres du groupe ALE de prendre leur décision, mais le SNP est très satisfait de la cohabitation  [entre l'ALE et les Verts]. »

Le 25 mai, la Belgique organise des élections européennes, fédérales et régionales. Ce scrutin capital, qualifié dans les médias belges de « la mère de toutes les élections » définira le paysage politique pour les prochaines années.

Dans le nord de la Belgique, le parti nationaliste flamand, l'Alliance néo-flamande (N-VA), a le vent en poupe. Il est d'ailleurs accrédité de plus de 30 %. La N-VA a en outre déclaré qu'elle quitterait le groupe Verts/ALE au Parlement européen.

Les tensions communautaires ont donné lieu à la plus longue impasse politique entre 2010 et 2011 : le pays est resté 541 jours sans gouvernement. 

  •  22-25 mai : élections européennes dans les 28 États membres
  •  25 mai : élections nationales, régionales et européennes en Belgique
  •  18 sept. : référendum sur l'indépendance de l'Écosse
  •  9 nov.  : référendum sur l'indépendance de la Catalogne

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