Les Verts britanniques, surprise des européennes ?

Green Party demo. Manchester, 2013. [Peter Binkinshaw/Flickr]

La campagne pour les européennes au Royaume-Uni est dominée par le débat autour du référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union. Les Verts pourrait toutefois créer la surprise.

Tous les médias ont les yeux rivés sur le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) dans le cadre des élections locales et des élections européennes. Or un autre parti a le vent en poupe ces derniers temps : le parti des Verts britannique. Ils sont au plus haut dans les sondages depuis 1989.

Un sondage de YouGov publié récemment accrédite 10 % des votes aux Verts, entre trois et six sièges au Parlement européen. Le parti se placerait ainsi devant les libéraux démocrates. Les Lib-Dems ne devraient obtenir aucun siège lors des européennes, perdant les onze eurodéputés gagnés en 2009. Selon certaines sources, les cadres du parti se sont réunis pour s’accorder sur le message à faire passer auprès des médias : la défaite était attendue à ce stade des élections et elle serait réelle s’ils obtiennent deux sièges ou moins dans le prochain Parlement européen.

Seulement deux eurodéputés pour l’instant

Le parti vert britannique a actuellement deux eurodéputés au Parlement européen : Jean Lambert et Keith Taylor. Nathalie Bennett, la dirigeante du parti, a déclaré le 21 mai à la BBC qu’elle espérait tripler le nombre de sièges et en décrocher six. Aussi, elle espère battre les libéraux démocrates. Le parti est membre du groupe parlementaire des Verts européens.

Elle a indiqué que le parti obtenait constamment de meilleurs résultats dans les sondages que ceux obtenus par les libéraux démocrates. Le parti atteindrait plus de 10 % alors que ses représentants bénéficiaient d’une mauvaise couverture médiatique.

Une stratégie électorale efficace

Selon certains sondages, les Verts devraient avoir 12 % du vote britannique, soit exactement le même pourcentage que les libéraux-démocrates. Les Verts ont arraché à chaque élection deux sièges depuis qu’ils ont obtenu leur premier eurodéputé en 1999. En 2009, les Verts obtenaient 8,6 % des votes, soit une hausse de 2,4 % par rapport à 2005. En chiffres absolus, ce chiffre s’élève à 1,3 million de votes.

Les Verts soutiennent l’initiative du premier ministre britannique quant au référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni au sein de l’UE. Pour autant, ils feront campagne en faveur du maintien de l’adhésion. Ils reconnaissent le pouvoir des institutions européennes sur les questions liées au changement climatique, mais ils appellent à une réforme de ces institutions.

David Cameron a assuré qu’un référendum aura lieu sur cette question en 2017, après les législatives. Les travaillistes restent mitigés quant à l’initiative. Les libéraux démocrates soutiennent le projet à la condition qu’il y ait une réforme des traités européens. Les Verts ont un engagement ferme dans leur manifeste en vue de garder le Royaume-Uni en dehors de la zone euro. Celui des travaillistes ne contient aucun point sur ce sujet.

Le vote Vert comme vote protestataire

Les Verts proposent une alternative aux votes de protestation qui se portent actuellement sur UKIP. Ainsi, ils soutiennent le référendum du premier ministre britannique, mais aussi s’opposent au Partenariat transatlantique entre l’UE et les États-Unis, ainsi qu’au néolibéralisme.

L’existence d’un tel positionnement chez les Verts, permet à certains électeurs de s’exprimer en faveur de telles positions politiques sans avoir à voter pour UKIP « en se pinçant le nez ». Ce dernier est en effet souvent accusé au mieux de manquer de tact, au pire d’être raciste.

Les Verts devraient tirer profit de la profonde déchéance électorale des libéraux démocrates. La débâcle électorale annoncée pour le parti libéral est due en partie à la promesse non tenue de Nick Clegg. L’actuel leader des démocrates libéraux s’était en effet engagé à ne pas augmenter les frais d’inscription universitaires. Les libéraux ont également sacrifié un grand nombre de leurs électeurs en entrant dans la coalition gouvernementale dirigée par les conservateurs.

Certains électeurs de centre-gauche et de gauche, qui ne choisiraient en aucun cas les conservateurs, se sentent également délaissés par les travaillistes. La crise financière, qui a eu lieu sous l’égide des travaillistes, ou la guerre en Irak décidée par le premier ministre travailliste Tony Blair pourraient expliquer cette déception. L’actuel leader travailliste, Ed Miliband, ne parvient pas à fédérer l’électorat britannique.

Certains électeurs regardent alors leur bulletin de vote et se disent simplement que la meilleure option restante est le vote vert. Les verts ont également trois fois plus d’élus locaux que l’UKIP, a expliqué Nathalie Bennett à la BBC.

Ses candidats visent également les électeurs britanniques proeuropéens qui cherchent des représentants véritablement engagés au sein du Parlement européen.

Cependant, la montée du parti vert au Royaume-Uni a été éclipsée par l’eurodéputé et le chef de l’UKIP, Nigel Farage, qui fait la plupart des gros titres.

Un léger regain d’intérêt pour les européennes

Des sondages antérieurs accréditaient 34 % des votes au parti eurosceptique, battant ainsi à plates coutures l’opposition. Le dernier sondage de YouGov sur les élections européennes, commandé par le Sun et le Times, attribue 27 % des votes à UKIP, suivi des travaillistes à 26 %. Les conservateurs obtiennent 22 %, les Verts 10 % et enfin, les libéraux 9 %.

Les élections européennes et celles concomitantes au niveau local resteront un moyen de contester les votes à l’échelle nationale. Il est intéressant de noter, par exemple, que l’UKIP n’a aucun député à Westminster, le Parlement national britannique, malgré la prévision d’une victoire triomphale ce dimanche.

Le manque d’intérêt pour le Parlement européen peut également être favorable aux Verts. Certains politologues pensent en effet que l’électorat travailliste pourrait « prêter » leur vote au parti écologique aux européennes.

Le taux de participation aux dernières européennes s’élevait à 35 % au Royaume-Uni. Cette année, le taux de participation devrait être de 38 % avant les élections législatives de l’année prochaine. Cette semaine sera donc le dernier test électoral majeur avant les élections législatives de l’année prochaine.

Ce regain d’intérêt est sans aucun doute dû à la popularité de l’UKIP, mais aussi au débat autour du référendum. Les questions nationales, telles que l’immigration, la sortie de crise, ainsi que la question de l’indépendance écossaise ont certainement contribué à cette tendance à la hausse.

Les récents déboires et dérapages de l’UKIP ne changeront probablement pas la donne pour les élections européennes. Cependant, sur le long terme et peut-être de façon inattendue, les Verts pourraient prendre de l’ampleur et se faire entendre à Bruxelles. 

La crise de la zone euro a attisé l'euroscepticisme en Grande-Bretagne et encouragé les hommes politiques britanniques à demander le rapatriement des compétences détenues par l'UE au niveau national, voire à quitter l'Union.

Les eurosceptiques britanniques, à l'image du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP), perçoivent l'UE comme une force d'oppression, un super-État parfaitement inefficace qui menace directement la souveraineté britannique. Pour ces raisons, ils veulent la tenue d'un référendum sur le maintien du Royaume-Uni au sein de l'UE. Ils devraient obtenir de très bons résultats lors des élections européennes. D'un autre côté, la poussée du parti des Verts britannique a été moins médiatisée au Royaume-Uni.

Même s'ils font campagne pour le maintien du Royaume-Uni au sein de l'UE, les Verts sont en faveur d'un référendum sur la question et aussi pour une réforme en profondeur de l'Union. Les sondages montrent que cette stratégie électorale attire de nombreux électeurs d'autres partis et devrait lui permettre de battre les libéraux en prenant la quatrième place. Les Verts devraient tripler le nombre d'eurodéputés britanniques au sein du prochain Parlement européen. 

  • 25 mai : résultats du vote britannique aux élections 

Le Parti vert britannique

Le Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni

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