L’industrie auto japonaise suspendue à l’accord sur le Brexit

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Largement implantés au Royaume-Uni, les constructeurs automobiles japonais n’auront plus accès au marché unique avec le Brexit. Ils menacent donc de quitter le pays.

Les inconnues se multiplient pour l’avenir de la filière automobile japonaise en Europe. Principalement installés au Royaume-Uni, les constructeurs automobiles, de même que les autorités japonaises, accentuent la pression sur la Première ministre britannique Theresa May pour qu’elle négocie un accord assurant au pays un accès au marché unique européen.

Les constructeurs japonais massivement implantés au Royaume-Uni

Deuxième destination des investissements directs étrangers du pays, le Royaume-Uni représente un partenaire économique important pour le Japon. Dans le secteur automobile, l’industrie japonaise représente plus de 40 % de la production britannique et 142 000 emplois. Comme le rappelle Françoise Nicolas, économiste et directrice du centre Asie de l’Ifri, « les constructeurs japonais se sont massivement implantés au Royaume-Uni dans les années 1980, une stratégie qui leur permettait d’avoir accès au marché unique européen ».

Avec le Brexit, en plus de perdre l’accès au marché européen, les entreprises japonaises au Royaume-Uni pourraient se voir imposer des tarifs douaniers conséquents pour exporter leurs produits en Europe.

Michel Barnier considère les barrières commerciales comme inévitables après le Brexit

A Londres, Michel Barnier a prévenu les Britanniques que les barrières commerciales avec l’UE seraient inévitables si le Royaume-Uni insistait pour quitter l’union douanière. Chaque partie refuse actuellement de céder du terrain.

Pour Yoichi Suzuki, négociateur en chef pour le gouvernement japonais de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Japon, qui s’exprimait devant la Chambre d’économie et de commerce de Paris le 26 février, le risque vient également des « mesures non tarifaires », l’ensemble des normes britanniques et européennes risquant de diverger, et rendre plus difficile l’exportation de voitures japonaises assemblées au Royaume-Uni.

Les négociations suivies au peigne fin

Conscients de ces réalités, tant les constructeurs que les autorités japonais suivent avec anxiété les négociations sur l’accord de sortie. Si Theresa May multiplie les rencontres et déplacements, elle peine à les convaincre qu’elle arrivera à sécuriser un accès au marché unique européen.

Début février, suite à une rencontre entre Theresa May et des représentants d’entreprises japonaises, l’ambassadeur du Japon au Royaume-Uni avait lancé une mise en garde à la Première ministre britannique, affirmant que les compagnies japonaises quitteraient le pays si « le maintien des activités au Royaume-Uni n’est pas rentable ».

Dans un communiqué en date du 4 août 2017, le Japan Business Council in Europe, une organisation représentant 80 entreprises japonaises sur le continent, avait de même appelé les dirigeants des deux parties à « mettre l’économie en premier », une façon d’éviter que la politique ne prévienne le maintien de « relations économiques aussi étroites que possible ».

Dans l’attente d’une période de transition

« À mesure que le temps passe, la priorité doit être donnée à l’arrangement des conditions d’un accord de transition », poursuit l’organisation dans son communiqué.

Plusieurs entreprises automobiles japonaises ayant décidé de maintenir leurs investissements au Royaume-Uni, Nissan et Toyota entre autres, se basent également sur cet espoir du maintien du statu quo pendant la période de transition. Si Européens et Britanniques s’accordent sur le principe de cette dernière, tant ses conditions que sa durée restent à être déterminées.

Les lignes rouges de l'UE sur la période post-Brexit déstabilisent Londres

L’UE exige que le  Royaume-Uni continue d’appliquer toutes les règles européennes au cours de la phase de transition post-Brexit souhaitée par Londres.

Selon Yoichi Suzuki, si le Royaume-Uni acceptait pendant cette période d’appliquer les normes et tarifs européens, cette transition serait d’autant plus bénéfique qu’elle laisserait du temps pour renégocier un accord commercial avec le Royaume-Uni.

En sortant de l’Union européenne, ce dernier devrait en effet également quitter l’ensemble des accords commerciaux conclus par l’Union, dont le récent accord de libre-échange JEFTA avec le Japon.

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