L’Irlande, victime collatérale du Brexit

A Enniskillen, les commercants affichent le taux d'échange sur leurs portes. [Franck Dubray/Ouest France]

La République aurait fort à pâtir de la mise en place d’une frontière physique avec l’Ulster, sa sœur du nord. Déjà, la chute de la livre sterling fait souffrir son économie. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Quand il parle de ses affaires, John Parkinson a le sourire. Dans son magasin de Church Street, à Enniskillen, il vend des appareils ménagers, des vêtements et des articles de pêche. Vingt salariés et un moral d’enfer : « Depuis octobre, mes ventes ont augmenté de 20 %. »

L’annonce du Brexit a fait chuter la livre sterling d’environ 15 %. On vient d’Irlande, parfois de loin, faire des courses en Ulster. Enniskillen, qui est tout près de la frontière, profite à plein du cours avantageux de la monnaie britannique. « On sent vraiment qu’il y a plus de monde. Le dimanche surtout », confirme Jenny qui tient un coffee shop.

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C’est à Noël que cette migration acheteuse s’est fait le plus sentir. Les petites villes situées le long de la ligne qui se tortille sur 580 km entre l’Eire et l’Ulster ont vu débarquer des clients nouveaux, avides de remplir à bon compte paniers et caddies. À Dundalk, 37 000 habitants en République d’Irlande, la chambre de commerce a senti venir le danger. Au lieu des primes de fin d’année, les entreprises ont donné des bons d’achat uniquement valables dans les commerces de la ville. Des bons exempts de cotisation sociale, ce qui a permis d’en attribuer davantage.

« Cela a créé du travail, les commerçants ont ensuite dépensé eux-mêmes l’argent qu’ils ont gagné. On a distribué 500 000 euros, mais, en tout, c’est un million d’euros qui a été injecté dans l’économie », assure Paddy Malone, un chef d’entreprise qui a participé à l’opération.

Comme beaucoup, il pense que le Brexit va amener les Britanniques à créer une frontière « dure » entre les deux Irlande : « S’ils veulent stopper l’immigration, je ne vois pas comment ils pourraient faire autrement. » La perspective effraie Deale Richmond, qui siège au Sénat, à Dublin. Des droits de douane vont être mis en place avec le Royaume-Uni, désormais hors UE.

60 % du PIB exportés

« Produits agroalimentaires, pharmaceutiques, informatique… Nous exportons l’équivalent de 60 % de notre produit intérieur brut et le Royaume-Uni est notre premier client », souligne l’élu. Qui met en garde : « Avec 7 % de croissance, notre économie va bien, mais elle reste fragile. Sans un bon accord commercial avec les Britanniques, nous irons vers la récession. »

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Russell Mc Cabe, qui est exportateur de viande, est catégorique : « La mise en place d’une frontière va créer une énorme perturbation pour l’économie irlandaise. »

Et cette livre sterling qui dégringole est une catastrophe pour les milliers d’Irlandais qui vivent en Eire, mais travaillent en Ulster et sont payés en livres.

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