Édimbourg, Belfast et Cardiff se crispent sur le Brexit

: Selon Carwyn Jones, Premier ministre gallois, le Royaume-Uni est « en collision » à propos du Brexit. [DG EMPL/Flickr]

Londres pourrait attribuer davantage de compétences aux gouvernements décentralisés, afin de sortir de l’impasse l’opposant à Édimbourg, Belfast et Cardiff sur le Brexit.

Les gouvernements décentralisés d’Écosse, du pays de Galles et d’Irlande du Nord craignent que le projet de loi sur le Brexit, qui vise à intégrer l’acquis communautaire dans le droit britannique avant mars 2019, ne relègue tous les pouvoirs de Bruxelles à Londres. Le projet de loi est actuellement examiné par la chambre des Lords et sera probablement considérablement modifié.

Les gouvernements d’Écosse et du pays de Galles ont également menacé de s’opposer au projet de loi de retrait à moins que le gouvernement de Theresa May fasse des concessions.

Les gouvernements décentralisés ont été instaurés par le gouvernement travailliste de Tony Blair en 1998. Aujourd’hui, le gouvernement conservateur de Theresa May ne souhaite pas transférer d’autres compétences à l’administration écossaise, dirigée par les nationalistes, ou à l’administration galloise, contrôlée par des travaillistes.

Theresa May s’efforce à présent de trouver un compromis avec les nations du Royaume-Uni sur son projet de Brexit, à la dérive. David Lidington, secrétaire du Cabinet, devrait ainsi annoncer l’attribution de nouvelles compétences décentralisées.

Le Pays de Galles veut que le Brexit ne lui coûte « pas un penny »

En dépit de la sortie programmée du Royaume-Uni de l’UE, Carwyn Jones, le premier ministre gallois veut que Cardiff conserve certains avantages liés à l’adhésion à l’UE comme, la politique agricole commune ou les fonds structurels.

Lors d’une audience du comité des affaires gallois, le Premier ministre gallois, Carwyn Jones, a estimé que les gouvernements décentralisés se trouvent potentiellement « en collision » avec Londres.

« Nous ne souhaitons pas que l’Écosse ou le pays de Galle ne jouissent plus du pouvoir législatif », a-t-il déclaré aux députés, bien qu’il ait insisté sur le fait que « nous ne cherchons pas à bloquer le projet de loi ».

L’agriculture, la pêche et l’immigration, ainsi que les accords de libre-échange avec les pays tiers font partie des principaux points de discorde sur l’après-Brexit. « C’est une source de conflit », a-t-il admis.

« Les quotas de pêche sont fixés à l’échelle européenne, nous pourrions être dans une position où le DEFRA [le département de l’environnement, de l’alimentation et des affaires rurales] dicterait les quotas. Comme c’est un département anglais, nous pensons qu’il pourrait fausser ces quotas ».

Au pays de Galles, les membres de l’assemblée ont élaboré un « projet de loi pour la continuité » garantissant que la législation de l’UE continuerait à s’appliquer après le Brexit, une position qui pourrait susciter un affrontement avec le gouvernement britannique.

« La question de l’agriculture et de la production alimentaire est décentralisée au Royaume-Uni. [Le gouvernement central] se doit d’assurer que les gouvernements gallois, écossais et d’Irlande du Nord continuent à contrôler entièrement ce qui vient de Bruxelles, car ce n’est pas précisé dans le projet de loi de retrait », a affirmé Jeff Rooker, l’ancien ministre de l’Agriculture travailliste.

Certains craignent également que le gouvernement britannique ne conclue un accord avec une tierce partie, ce qui désavantagerait les gouvernements décentralisés du Royaume-Uni.

« Un accord de libre-échange avec la Chine détruirait l’industrie sidérurgique galloise », a mis en garde Carwyn Jones, ajoutant qu’« un accord commercial avec la Nouvelle-Zélande pour l’arrivée d’agneaux néo-zélandais ébranlerait l’industrie galloise de l’agneau ».

« Je ne pense pas que nous devrions exercer un droit de veto, mais il devrait y avoir une consultation », a-t-il déclaré, évoquant la possibilité d’établir un conseil des ministres britanniques.

Cependant, les ministres britanniques se méfient de la perspective d’un Royaume-Uni plus fédéralisé, conscient que le pacte commercial UE-Canada a failli être renversé par le parlement wallon en Belgique en octobre 2016.

Les administrations à Édimbourg et Cardiff ont également fait des demandes distinctes pour prendre le contrôle de leur propre politique d’immigration.

« Tout le monde s’accorde à dire que l’Écosse devrait avoir le pouvoir de concevoir sa propre politique en matière de migration, une politique qui reflètera ses circonstances particulières », a déclaré le ministre écossais des Affaires étrangères, Fiona Hyslop, qui a publié un document sur les besoins du pays en matière de migration le 7 février dernier. Environ 219 000 citoyens européens vivent en Écosse.

En septembre dernier, le gouvernement gallois appelait, dans un document, à réformer la politique britannique d’immigration pour reconnaître ses besoins.

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