Londres joue la montre pour renégocier l’accord de Brexit

La Première ministre britannique, Theresa May, s'adresse à la presse après une réunion avec le président du Conseil européen Donald Tusk lors du Conseil européen de Bruxelles, Belgique, le 7 février 2019. [Stephanie Lecocq/EPA/EFE]

La Première ministre britannique va proposer aux députés britanniques un délai supplémentaire pour négocier un accord de Brexit remanié.

Censé quitter l’Union européenne le 29 mars, le Royaume-Uni est en plein flou quant à la forme que prendra ce divorce historique, les députés britanniques ayant massivement rejeté le 15 janvier l’accord négocié pendant de longs mois avec Bruxelles par Theresa May.

La dirigeante conservatrice tente désormais d’obtenir de Bruxelles des concessions susceptibles de recueillir l’aval des parlementaires, mais les discussions butent toujours sur la question du filet de sécurité irlandais.

Alors que la Chambre des Communes se penchera sur la stratégie à suivre le 14 février, James Brokenshire a indiqué sur la BBC que le gouvernement comptait proposer au Parlement de débattre à nouveau des différentes options possibles pour le Brexit d’ici la fin février, si aucun accord remanié n’a pu être trouvé d’ici là, une manière pour l’exécutif de conserver la main sur le processus.

Le calendrier initial proposé par le gouvernement prévoyait que, faute d’accord d’ici au 13 février, les députés devaient voter le lendemain sur la suite à donner au Brexit.

« Nous aurons évidemment un débat au Parlement, avec une motion qui sera présentée – une motion importante que le gouvernement présentera », a déclaré James Brokenshire. « Mais je pense qu’il est également important de souligner que le gouvernement s’engagera à ce que si [un nouveau] vote [sur l’accord de Brexit] n’a pas eu lieu d’ici au 27 février, nous permettrons la présentation d’une autre motion. »

Tusk prédit une « place en enfer » pour les Brexiteers invétérés

Les partisans du Brexit qui n’ont pas de plan pour la sortie britannique méritent une « place spéciale en enfer », a estimé le président du Conseil, Donald, Tusk le 6 février.

Le Labour, principal parti d’opposition, a aussitôt dénoncé une manœuvre visant à gagner du temps pour acculer les députés à un choix « binaire » entre l’accord de Brexit de Theresa May et un Brexit sans accord, scénario redouté par les milieux économiques.

Theresa May « prétend qu’elle fait des progrès alors qu’en réalité, elle joue la montre », a déclaré Keir Starmer, le responsable du Brexit au sein du Labour, dans le journal The Sunday Times. « La semaine prochaine, le Parlement doit dire ‘ça suffit’ et prendre le contrôle de ce qui se passe. »

May demande l'aide de Bruxelles sur l'accord de Brexit

Theresa May demande ce jeudi à l’Union européenne de l’aider à modifier l’accord de Brexit, de manière à obtenir le soutien nécessaire à la Chambre des communes et à permettre un retrait ordonné du Royaume-Uni du bloc communautaire.

Pas d’union douanière permanente

La Première ministre a répondu à une lettre que lui avait adressée le chef des travaillistes, Jeremy Corbyn, dans laquelle il indiquait que son parti soutiendrait l’accord de divorce sous certaines conditions, notamment que le pays reste dans une union douanière.

Theresa May, dans une lettre également, publiée par Downing Street, propose de nouvelles discussions avec les travaillistes, notamment pour étudier des « arrangements alternatifs » afin de régler le problème du filet de sécurité irlandais.

Cette disposition, très critiquée au Royaume-Uni, figure dans l’accord de retrait comme un dernier recours destiné à éviter le retour d’une frontière physique entre l’Irlande du Nord britannique et la République d’Irlande après le Brexit.

La Première ministre rejette cependant l’idée de créer une union douanière permanente entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, douchant les espoirs de ceux qui souhaitaient qu’elle change sa politique sur le Brexit.

Côté européen, personne n’envisage de renégocier le filet de sécurité, ça a été dit et redit. Les Européens encouragent par contre Theresa May à saisir la main que lui a tendue le chef de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn avec l’union douanière permanente pour sortir de l’impasse sur l’Irlande du Nord.

Theresa May a montré peu d’engouement pour la proposition travailliste, qui risquerait, selon elle, de créer encore plus de divisions au sein de son parti.

« Je ne comprends pas pourquoi vous pensez qu’il serait préférable de chercher à avoir un mot à dire dans les futurs accords commerciaux de l’UE plutôt que de pouvoir conclure nos propres accords ? », écrit-elle dans une lettre publiée le 10 février.

Le gouvernement a répété à plusieurs reprises qu’appartenir à une union douanière empêcherait le Royaume-Uni de se doter d’une politique commerciale indépendante, présenté comme l’un des principaux avantages économiques de la sortie de l’UE.

Même si Theresa May s’est félicitée de la perspective de futures négociations avec Jeremy Corbyn pour tenter de trouver un compromis, la lettre ne donnait aucune indication sur leur principal point de désaccord.

Le 11 février, le Royaume-Uni et la Suisse doivent signer un accord visant à poursuivre leur relation commerciale, évaluée à 32 milliards de livres (36,5 milliards d’euros).

« Cela va aider non seulement à soutenir les emplois au Royaume-Uni mais servira également de base solide pour renforcer plus encore la relation commerciale avec la Suisse alors que nous quittons l’UE », indique le ministre du Commerce Liam Fox dans un communiqué.

En janvier, le ministre du Commerce avait déclaré qu’il espérait reproduire une quarantaine d’accords commerciaux conclus par l’UE avec des pays tiers au moment du divorce.

Incertitude sur l’avenir du commercial de Londres après le Brexit

Les accords commerciaux européens avec le reste du monde se poursuivront-ils après la sortie britannique du 29 mars ? Le ministre du Commerce international Liam Fox n’est pas en mesure de le confirmer.

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