En Irlande du nord, les communautés se serrent les coudes à l’approche du Brexit

À Derry, un monument symbolisant la réconciliation des communautés. [Shutterstock]

Les jeunes Irlandais s’engagent pour ne pas retomber dans les « Troubles » et la guerre civile.

Près de 21 ans se sont écoulés depuis la signature de l’Accord du Vendredi Saint et 47 ans depuis les événements du Bloody Sunday, le pic de violence en Irlande du Nord. Toute une génération ne connait plus qu’une chose : la paix.

Shay McArdle a 21 ans. Il vit à Dundalk, en Irlande, et n’a aucune idée de ce à quoi ressemble une frontière physique ou de la vie durant les « Troubles », mais il s’est engagé à préserver l’état de paix dans lequel il est né. Tout comme Alyshia Jackson, 18 ans, le jeune irlandais fait partie du Youth Network for Peace (réseau des jeunes pour la paix), une initiative transfrontalière soutenue par l’UE qui encourage les jeunes à établir des liens intercommunautaires à Dundalk, à 10 kilomètres de la frontière entre la République d’Irlande et l’Irlande du nord.

Car si les jeunes Irlandais n’ont pas été exposés à la violence, ils ont hérité de certains des problèmes résultant du conflit, parfois encore glorifié dans les rues de Belfast ou de Derry qui étaient autrefois des champs de bataille.

Comme Shay et Alyshia, plus de 10 000 jeunes d’Irlande du Nord et des comtés frontaliers de la République travaillent ensemble pour préserver la paix. L’aspect intercommunautaire de leur réseau est essentiel. « La plupart des jeunes ont les mêmes problèmes », explique Shay. « Il n’y a rien qui nous divise vraiment, c’est juste l’histoire. »

« Beaucoup de dirigeants de ma localité ont connu les Troubles, les bombardements et les atrocités qui se sont produits », souligne-t-il. « Ils peuvent nous éclairer sur la manière dont le processus de paix a commencé et nous, les jeunes, nous pourront construire à partir de là. »

« Le processus de paix s’inscrit dans la durée, ce n’est pas un événement ponctuel. Sans cette continuité, je pense que les communautés pourraient continuer à se diviser davantage », insiste-t-il, assurant que si au contraire on rassemble les jeunes, ils créeront des liens.

Alyshia Jackson confirme : « Nous, en grandissant, nous n’avons connu que la paix ». Aujourd’hui, la perspective du Brexit l’inquiète. « Tout le travail que nous avons fait… tout ça disparaitra juste comme ça. Ce serait déprimant. »

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Paix et dialogue intergénérationnel 

Le conseil municipal d’Antrim centre et encourage les activités sociales intercommunautaires et les liens intergénérationnels pour construire la paix, en réunissant des personnes âgées et des jeunes des zones défavorisées. En échange du temps que les jeunes passent avec les personnes âgées, ils recueillent l’histoire de leur pays.

« Ils écoutent les histoires du passé, ils apprennent comment les choses se passaient, comment les gens vivaient avant », explique Sarah McLaughlin, chargée de projet de l’initiative Peacing Ages Together. « Nous avons trois groupes intergénérationnels qui travaillent dans ce cadre. Ces partenariats se sont avérés très fructueux. »

« Les jeunes ne comprennent pas vraiment les Troubles, parce qu’ils ne l’ont pas vécu, mais ils ont l’occasion d’apprendre du passé et de voir la différence avec la normalité actuelle », a-t-elle insisté.

Le projet a également donné aux personnes âgées de différentes communautés la possibilité de partager des activités. Ils combattent la solitude et l’isolement en faisant équipe avec des gens qu’ils auraient considérés comme leurs ennemis il y a des années.

« Ces personnes âgées ont vécu les 30 dernières années, les Troubles, elles ont peut-être des idées toutes faites différentes sur d’autres communautés et d’autres villes », explique la cheffe de projet, « Mais j’ai été stupéfaite de voir à quel point ces gens étaient prêts à essayer quelque chose de nouveau, à se faire de nouveaux amis, à avoir une nouvelle vie, même à leur âge. »

Patricia McCormack, 77 ans, participe à l’un de ces groupes à Carrickfergus, où elle prend part à des cours d’art dramatique, dans l’Est de l’Irlande du Nord. Elle admet avoir été un peu hésitante au début.

« Il y a toujours ce sentiment sous-jacent ‘eux et nous’… mais ces projets intercommunautaires qui se concrétisent en coulisses au fil des ans ont fait une impression extraordinaire sur l’ensemble de la communauté », assure-t-elle.

« J’ai participé à d’autres projets intercommunautaires et je pense que nous en avons besoin en Irlande du Nord, nous avons besoin que les gens se rassemblent », confirme Carley Anderson, un autre membre du groupe.

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Voix de femmes

Kathy Wolf et Jackie Barrow sont toutes deux membres de The Next Chapter, une initiative qui vise à rendre les femmes nord-irlandaises plus autonomes. Le projet rassemble des femmes d’origines et de classes différentes et les encourage à s’entraider pour transformer la société en une société plus inclusive et plus équitable.

« Je pense que parfois, dans les sociétés post-conflit, nous avons tendance à nous concentrer sur les hommes qui ont combattu pendant la guerre. Alors que lorsque les hommes se battaient, il y avait aussi des femmes qui travaillaient dur », fait remarquer Kathy Wolf.

Bien que les femmes aient joué un rôle fondamental dans la conclusion de l’Accord du Vendredi Saint et que la Coalition des femmes d’Irlande du Nord ait joué un rôle de facilitateur pendant les pourparlers de paix, elles se sont souvent senties exclues après la résolution du conflit.

« Le parti de la coalition des femmes a contribué à la réalisation du processus de paix, mais après que le processus de paix a eu lieu, la coalition des femmes n’était plus là. En soi, je pense que c’est une bonne chose. »

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