L’UE ne veut pas rentrer dans le jeu de Boris Johnson sur le Brexit

epa05299338 Former Mayor of London Boris Johnson poses as he launches the Vote Leave Bus Tour in St Austell, Cornwall, Britain, 11 May 2016. Boris Johnson is supporting the Brexit campaign touring the country with a bus. EPA/STR UK OUT

L’Union européenne se prépare à de difficiles discussions avec Boris Johnson, consciente que le Premier ministre britannique est prêt à faire sortir le Royaume-Uni sans accord et joue sur la peur de cette issue pour diviser les 27, ont expliqué mardi plusieurs responsables européens.

« Mieux vaut être prêt au « no deal », parce que Boris Johnson est crédible sur cette menace », a averti un diplomate de haut rang, après avoir été informé de la teneur des entretiens la semaine passée entre le conseiller de M. Johnson et des hauts responsables européens.

« Il va essayer de jouer sur la peur du « no deal » pour tenter de diviser les Européens. Pour l’instant l’unité des 27 tient, mais il faudra voir », a-t-il souligné.

« La question est: qui va plier le premier ? Parce que Boris Johnson suit une logique politique qui est de conserver le pouvoir », a-t-il rappelé.

« Le gouvernement britannique donne l’impression que le « no deal » est une option pour eux. Ils nous disent ce qu’ils disent en public. On verra jusqu’à quel point il vont rester sur cette ligne », a confirmé un autre diplomate européen.

Johnson nomme un gouvernement pro Brexit

Ayant promis de mettre en œuvre le Brexit le 31 octobre, la première décision de Boris Johnson  en tant que Premier ministre a été de nommer un cabinet dont les membres sont tous disposés à sortir le Royaume-Uni de l’UE, même sans accord.

« Il est évident que le « no deal » est une manœuvre tactique. Désolé, mais ça ne marchera pas », a rétorqué sur Twitter l’eurodéputée conservatrice polonaise Danuta Huebner, membre du groupe sur le Brexit au Parlement européen.

Les Européens attendent de connaître les intentions du nouveau Premier ministre britannique.

« Jean-Claude Juncker est disponible si Boris Johnson souhaite discuter et clarifier sa position en personne ou par téléphone », a assuré mardi Annika Breidthardt, une des porte-parole du président de la Commission européenne.

Le conseiller du Premier ministre britannique, David Frost, a rencontré la semaine dernière à Bruxelles les collaborateurs du négociateur de l’UE, Michel Barnier, et des membres du cabinet de Jean-Claude Juncker.

« Il est venu réclamer l’abolition du « backstop » irlandais », ce « filet de sécurité » prévu dans l’accord de retrait conclu en novembre 2018 entre Theresa May et Bruxelles qui prévoit un « territoire douanier unique » englobant l’UE et le Royaume-Uni, ont raconté les interlocuteurs de l’AFP.

« C’est la condition préalable énoncée par Boris Johnson pour toute discussion, et ce n’est pas acceptable pour les 27 », a rappelé l’un d’eux.

« On ne voit pas pourquoi l’Union accorderait à Johnson ce qu’elle a refusé à Theresa May, pour qui elle avait une certaine sympathie », a commenté un diplomate européen.

Jeu des reproches 

Le Premier ministre britannique et son équipe ont de leur côté déploré l’attitude de l’UE.

« Ils disent simplement « non, nous ne voulons pas parler » », a asséné mardi Michael Gove, le ministre en charge des préparatifs pour une sortie sans accord.

Les Européens s’attendaient à ce « blame game », ce « jeu des reproches », de la part de Boris Johnson, et ils n’entendent pas rester passifs, a souligné un des diplomates européens.

« Il existe de nombreuses façons d’éviter un « no deal » », a quant à lui assuré Leo Vardakar, en citant « la ratification de l’accord de sortie » et l’abandon du divorce.

Une autre option possible, selon le diplomate de haut rang interrogé par l’AFP, serait que Londres accepte que l’Irlande du Nord devienne la frontière avec le reste du Royaume-Uni, mais il faudrait pour cela convaincre le DUP, l’allié nord-irlandais dont les dix élus permettent à Boris Johnson d’avoir une majorité d’une voix à la Chambre des communes.

Avec Boris Johnson, le Royaume-Uni fait un pas supplémentaire vers le "hard Brexit"

Boris Johnson remplacera la Première ministre britannique Theresa May le 24 juillet après avoir confortablement remporté l’élection au sein du parti des conservateurs.

La sortie du Royaume-Uni est prévue le 31 octobre, et se fera avec ou sans accord, assure Boris Johnson depuis son arrivée à la tête du gouvernement.

« Il ne va rien se passer avant le G7 fin août à Biarritz, en France », a-t-on prédit côté européen. Une réunion de préparation pourrait être organisée juste avant entre Michel Barnier et le ministre britannique du Brexit Stephen Barclay, mais rien n’a encore été convenu, a-t-on assuré à la Commission.

Les négociateurs européens ont quitté Bruxelles pour quelques semaines de vacances avant la tourmente, « mais ils sont en contact permanent avec leurs équipes », ont assuré leurs collaborateurs.

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