May diffère encore «l’heure de vérité» pour le Brexit

Le deuxième report du Brexit ne sera probablement pas le dernier. [Shutterstock]

Theresa May a repoussé le vote sur le Brexit au 12 mars et espère décaler de deux mois la sortie de l’UE. L’opposition lui reproche de jouer la montre, alors que le Brexit est toujours prévu pour dans 32 jours.

Theresa May a promis que le vote de la Chambre des communes sur le Brexit prévu pour le 27 février aurait lieu d’ici au 12 mars, repoussant une nouvelle fois ce rendez-vous décisif pour la suite de la procédure de divorce entamée entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.

L’accord de retrait négocié par Londres et Bruxelles a été entériné fin novembre par les dirigeants européens. La Premier ministre britannique est depuis dans l’incapacité de le faire ratifier par son parlement.

Un premier rendez-vous avait été fixé au 11 décembre. Constatant la veille l’absence de majorité autour de ce texte, Theresa May l’avait retiré in extremis de l’ordre du jour de la Chambre des communes.

Un premier vote a fini par s’y tenir, le 15 janvier dernier: il a tourné au désaveu massif pour May, les députés le rejetant par 432 voix contre 202 avant de charger la Première ministre d’obtenir des modifications. Un nouveau vote aux allures d’« heure de vérité » devait avoir lieu le 27 février. Le 24, Theresa May l’a enterré.

« Nous ne soumettrons pas un vote significatif au parlement cette semaine, mais nous nous assurerons qu’il aura lieu d’ici au 12 mars », a-t-elle dit aux journalistes l’accompagnant vers l’Égypte où se tient un sommet entre l’UE et la Ligue des États arabes.

On ne sera alors qu’à 17 jours de la date prévue pour le divorce, le 29 mars. Et encore, selon le Telegraph, cette date pourrait encore être repoussée. Sans citer de source, le journal parle d’un projet de report de deux mois du Brexit qui serait actuellement étudié par le gouvernement dans le cas où l’accord ne pourrait pas être voté par le parlement d’ici au 12 mars.

Peu auparavant, la BBC avait indiqué en citant une source gouvernementale haut placée que May pourrait envoyer pendant les débats prévus cette semaine au parlement le signal qu’elle est disposée à écarter l’hypothèse d’une sortie sans accord, dont ne veulent ni les parlementaires, ni les milieux d’affaires.

« Le summum de l’irresponsabilité »

L’opposition travailliste a immédiatement fustigé la stratégie de la Première ministre. « La décision de repousser une nouvelle fois ce vote significatif est le summum de l’irresponsabilité », a commenté Keir Starmer, chargé du Brexit au sein du Parti travailliste.

« Theresa May joue la montre en toute inconscience dans une tentative désespérée de forcer les députés à choisir entre son accord [ndlr, celui qui a été négocié avec les Européens] et pas d’accord du tout », a-t-il poursuivi. « Le parlement ne peut pas tolérer que cela se produise. »

Barnier juge que l'accord du Brexit est le «seul possible»

Le négociateur en chef du Brexit, Michel Barnier, revient sur ce qui est désormais négociable ou non entre l’UE et le Royaume-Uni.

Jeremy Corbyn, le chef de file travailliste, contesté par une partie de ses troupes et de ses élus, a lui aussi dénoncé la stratégie à haut risque de la locataire du 10, Downing Street, enfermant le pays « entre son mauvais accord et une sortie sans accord catastrophique ». Il a ajouté que son parti travaillerait avec des élus de tous bords à la Chambre des communes pour éviter cette deuxième option.

Plusieurs députés pourraient tenter de prendre la main sur le gouvernement, qui maîtrise l’ordre du jour des débats à la Chambre des communes, avec de nouveaux amendements, notamment un texte que propose depuis des semaines la députée travailliste Yvette Cooper.

« Les propos tenus aujourd’hui par la Première ministre rendent encore plus vital que la Chambre des communes vote en faveur de notre texte pour tenter de restaurer du sens commun dans ce processus », a commenté cette dernière dans un communiqué.

L’amendement Cooper qui devrait de nouveau être mis aux voix le 27 février comporte plusieurs étapes mais, dans l’éventualité où Theresa May serait incapable de faire ratifier l’accord de retrait, forcerait le gouvernement à trancher entre quitter l’UE sans accord ou accepter un report du Brexit.

Les précédentes tentatives de l’élue travailliste pour le faire adopter au parlement ont fait long feu. Et les divisions qui s’affichent au sein même des grandes forces politiques du pays compliquent les calculs.

Trois députées conservatrices ont ainsi claqué la porte du parti conservateur la semaine passée, dénonçant la mainmise des Brexiters sur leur famille politique. À gauche, neuf élus travaillistes ont quitté le Labour, fustigeant notamment ses errements sur la question du Brexit.

Dans l’avion la transportant vers la station balnéaire égyptienne de Charm el-Cheikh, La Première ministre a réaffirmé qu’elle pensait qu’il valait mieux quitter l’UE avec un accord que sans accord.

Prolonger l’article 50 et différer le Brexit ne régleraient pas le problème mais ne feraient que le déplacer, a ajouté la Première ministre britannique, avant d’affirmer: « Quitter l’Union européenne avec un accord le 29 mars est toujours à notre portée. »

Les négociations entre Londres et Bruxelles patinent toujours à l'approche du Brexit

La Première ministre britannique a salué des « progrès » dans ses discussions avec l’UE, mais sa rencontre avec le président de la Commission n’a toujours pas permis d’éloigner le spectre d’un Brexit chaotique dans moins de six semaines.

Fatigue de Juncker

Le chancelier autrichien, Sebastian Kurz, également présent en Égypte, a estimé pour sa part que si le Parlement britannique ne ratifiait pas début mars l’accord de retrait, alors il vaudrait mieux différer la date du Brexit.

« Il faut être deux pour danser le tango, et je sais comment danser », a déclaré le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, également à Charm el-Cheikh, avant de confier: « Je ressens une certaine fatigue liée au Brexit. »

Malgré cette lassitude, les dirigeants européens étudient la possibilité de reporter le Brexit jusqu’en 2021 si May ne parvient pas à faire adopter l’accord par le parlement, a rapporté dimanche soir le Guardian en citant des sources européennes.

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, qui a rencontré Theresa May dimanche, lui a demandé de dire clairement aux Européens avant le prochain sommet européen, les 21 et 22 mars, quels éléments lui permettraient d’obtenir une majorité à la Chambre des communes.

À Bruxelles la semaine passée, Theresa May a indiqué que son équipe retournerait dans la capitale européenne le 26 février. « Nous avons eu des discussions positives avec l’Union européenne », a-t-elle assuré.

La dirigeante britannique a également pris acte des divergences au sein même de son gouvernement affichées en place publique, notant qu’il n’était pas surprenant qu’une question aussi importante que l’Europe donne lieu à des analyses opposées.

Dans une tribune publiée samedi par le Daily Mail, trois de ses ministres – Greg Clark (Entreprises), Amber Rudd (Travail et Retraites) et David Gauke (Justice) – annoncent qu’ils soutiendront un report du Brexit s’il n’est pas possible de faire ratifier l’accord de retrait par la Chambre des communes.

« Si nous n’obtenons pas un accord la semaine prochaine, nous devrons différer le Brexit », annoncent-ils dans cette tribune, expliquant qu’un divorce sans accord ferait peser une menace sur les entreprises, sur la sécurité et sur l’unité territoriale du Royaume-Uni.

Pour le député conservateur Iain Duncan Smith, invité dimanche sur Sky News, la tribune co-signée par Greg Clark, Amber Rudd et David Gauke a nui à la position de Londres dans les négociations toujours en cours avec les Européens.

« Le faire publiquement est je pense une erreur de leur part », a-t-il dit, évoquant une entorse à la responsabilité collective des ministres. « Ils ne font aucun bien à la Première ministre et au gouvernement en s’affichant publiquement en opposition avec l’essence même de la politique du gouvernement. »

Barnier n’exclut pas un report de la date du Brexit

Le négociateur en chef de l’UE  a déclaré vendredi qu’il n’excluait pas un report de la date de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, fixée au 29 mars, mais que c’était aux dirigeants européens d’en décider.

 

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