Fumée blanche à Bruxelles sur le Brexit

Jean-Claude Juncker et Theresa May. [European Commission]

Après une longue nuit de négociations à Bruxelles, l’UE et le Royaume-Uni ont réalisé des « progrès suffisants » pour entamer la deuxième étape du Brexit. Le compromis prévoit notamment des disposition pour préserver l’unité de l’Irlande.

La Première ministre britannique, Theresa May, et son ministre au Brexit, David Davis, ont rencontré ce matin (8 décembre) Jean-Claude Juncker, président de la Commission, et Michel Barnier, négociateur en chef pour l’UE, à 7h du matin, pour discuter des progrès réalisés durant la nuit. Theresa May s’est ensuite entretenue avec Donald Tusk, le président du Conseil.

Cette soudaine frénésie est due à la limite du 10 décembre, date à laquelle le Royaume-Uni devait finaliser les termes de son divorce avec l’UE, afin que le compromis puisse être adopté par les États membres avant le sommet européen des 14 et 15 décembre.

May confiante sur un accord de Brexit

Le gouvernement britannique et l’Union européenne n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur les modalités de la sortie du Royaume-Uni, en raison notamment d’un désaccord sur l’avenir relations entre Dublin et l’Irlande du Nord.

« Nous faisons des progrès, mais nous ne sommes pas encore tout à fait parvenus à un accord. Les discussions continueront dans la nuit », avait déclaré Margaritis Schinas, porte-parole de la Commission, le soir du 7 septembre.

Peu après 7h ce matin, Martin Selmayr, le chef de cabinet de Jean-Claude Juncker, a twitté une photo représentant de la fumée blanche, suggérant ainsi, dans la tradition du Vatican, qu’un accord avait été conclu.

Le président de la Commission s’était entretenu avec Leo Varadkar, Premier ministre irlandais, avant le début des négociations avec Londres, dans l’espoir de débloquer les négociations sur le futur statut de la frontière entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord.

« Les négociations sont difficiles, mais nous avons réalisé une première avancée. Je suis satisfait de l’accord équilibré auquel nous sommes parvenus avec le Royaume-Uni. Si les 27 États membres acceptent notre évaluation, nous, la Commission européenne et notre négociateur en chef, Michel Barnier, sommes prêts à entamer immédiatement les travaux de la deuxième phase des négociations », a indiqué Jean-Claude Juncker dans un communiqué, le 8 décembre.

Bruxelles voulait absolument que des progrès « suffisants » aient été atteints sur les dossiers de la frontière irlandaise, de la facture du Brexit et des droits des citoyens européens au Royaume-Uni avant d’ouvrir cette deuxième phase, qui se penchera notamment sur les futures relations commerciales entre le bloc et le Royaume-Uni, ainsi qu’une possible période de transition de deux ans après la date de sortie effective, en mars 2019.

Pas de frontière en Irlande

« Accord conclu! L’Irlande soutient les négociations du Brexit passant à la phase deux maintenant que nous avons obtenu des garanties pour tous sur l’île d’Irlande – en protégeant pleinement le GFA [Good Friday agreement, accord du vendredi saint], le processus de paix, l’économie de toute l’île et s’assurant qu’il n’y aura pas de frontière sur l’île d’Irlande, après le Brexit », a tweeté Simon Coveney, ministre des Affaires étrangères irlandais. « C’est un très bon résultat pour tout le monde sur l’île d’Irlande », a-t-il ajouté.

La frontière irlandaise avait disparu après l’Accord de paix de 1998 qui avait mis fin à 30 ans d’affrontements sanglants entre nationalistes et unionistes nord-irlandais. Le Brexit a cependant fait naitre la crainte d’une frontière physique où les mouvements des biens et personnes seraient contrôlés, une catastrophe pour les deux Irlandes, qui échangent énormément.

Le Premier ministre irlandais entend « bâtir des ponts » malgré le Brexit

Le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, a déclaré vouloir « bâtir des ponts, pas des frontières » entre son pays et l’Irlande du Nord, rappelant son opposition à l’établissement d’une « frontière économique » entre les deux voisins après le Brexit.

La cheffe du parti unioniste nord-irlandais DUP, Arlene Foster, allié au gouvernement de Theresa May, s’était au départ opposée à l’accord. Elle avait affirmé que sa formation n’approuverait jamais « une situation où l’Irlande du Nord serait différente du reste du Royaume-Uni ».

Arlene Foster a déclaré vendredi matin à Sky news avoir « négocié directement avec la Première ministre » et se félicitait d’avoir vu apparaître des « changements de fond » dans le texte. « Cela signifie qu’il n’y a pas de ligne rouge dans la mer d’Irlande et nous avons la très claire confirmation que le Royaume-Uni quittera l’Union européenne, le marché unique, et l’union douanière, dans son ensemble », a-t-elle déclaré.

« Il y a encore des choses que nous aurions aimé voir clarifiées, nous avons essentiellement manqué de temps, nous pensons que nous aurions dû revenir en arrière et discuter de ces sujets, mais la Première ministre a décidé d’aller à Bruxelles », a ajouté la Nord-Irlandaise.

Le DUP, nouvel allié homophobe et anti-avortement de Theresa May

Privée d’une majorité absolue, Theresa May a été forcé de conclure une alliance précaire avec le Parti unioniste démocratique, une formation d’extrême droite profondément opposée aux droits des homosexuels et de l’avortement.

« Totale incompétence »

Le 7 décembre, la presse britannique avait suggéré que les négociations pourraient être étendues à la semaine prochaine. Une rumeur démentie par Margaritis Schinas.

Des sources européennes estiment cependant que l’accord conclu pourrait être validé par le Conseil uniquement pour concéder une victoire à Theresa May, dont le gouvernement fait l’objet de dures critiques au Royaume-Uni.

La dirigeante nationaliste écossaise, Nicola Sturgeon, estime que le gouvernement fait preuve d’« incompétence totale » sur le dossier du Brexit. La Première ministre écossaise estime que la « vraie leçon » à tirer de la semaine passée est que « nous sommes à la merci du gouvernement conservateur » et qu’il est donc temps de préparer l’indépendance.

« Nous devons reprendre le contrôle de notre destin, et le plus tôt sera le mieux », a-t-elle martelé.

Jeroen Dijsselbloem a pour sa part joué la carte de l’apaisement, assurant que la City de Londres continuerait d’être un centre financier important, même si le pays est exclu de l’union bancaire après le Brexit.

« Je ne crois pas que la City s’effondrera et que tout le monde fuira », a-t-il insisté. Le président de l’Eurogroupe reconnait toutefois que certaines entreprises quitteront la capitale britannique.

Ses assurances surviennent au moment où le secteur financier britannique s’inquiète de perdre ses droits de « passeport », qui permettent aux grandes banques internationales de faire du commerce dans toute l’UE depuis un siège en Grande-Bretagne.

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