May toutes voiles dehors contre un second référendum

epa07237154 Un manifestant pro-UE devant le parlement britannique appelle à un nouveau référendum sur la sortie de l’Union, Londres, le 17 décembre 2018. EPA-EFE/ANDY RAIN [Andy Rain/EPA/EFE]

Theresa May rejette sèchement les appels qui se multiplient pour un second référendum sur le Brexit, perçu comme une possible solution à l’impasse politique découlant de l’hostilité envers l’accord de divorce. Un vote est prévu pour mi-janvier au parlement britannique.

« Ne rompons pas la confiance du peuple britannique en essayant d’organiser un nouveau référendum » sur le Brexit, qui « entraînerait des dégâts irréparables pour l’intégrité de notre vie politique », a appelé la Première ministre britannique lors d’une déclaration aux députés de la chambre des Communes, le 17 décembre.

Ce deuxième référendum « ne nous avancerait probablement pas plus » et « diviserait encore notre pays au moment même où nous travaillons pour l’unir », a-t-elle ajouté.

Elle a précisé que le vote parlementaire sur l’accord conclu avec Bruxelles se déroulerait dans la troisième semaine de janvier, soit entre les 14 et 20 janvier, déclenchant le courroux du chef de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn, qui a dénoncé « une crise constitutionnelle créée par la Première ministre ».

Le travailliste exigeait un vote dès cette semaine et a déposé une motion de défiance symbolique contre Theresa May. « Elle a clairement échoué à renégocier son accord, il n’y a plus d’excuses pour repousser le vote », a-t-il lancé.

Le Royaume-Uni s’est prononcé à 52 % en faveur d’une sortie de l’UE lors d’un référendum en juin 2016. Le Brexit doit se concrétiser le 29 mars prochain, mais l’accord de divorce conclu en novembre avec Bruxelles à l’issue d’âpres négociations peine à convaincre les députés de tous bords politiques, qu’ils soient partisans d’un Brexit sans concessions ou défenseurs du maintien dans le club européen.

May remporte un vote de défiance, mais le paie cher

La Première ministre britannique a une nouvelle fois prouvé sa résilience dans les turbulences du Brexit en remportant un vote de défiance. En contrepartie, elle quittera ses fonctions avant les prochaines législatives.

Poursuite des discussions ?

Confrontée à la probabilité d’un cuisant échec, Theresa May a repoussé à janvier le vote sur l’accord, initialement prévu le 11 décembre. Le risque d’un rejet du texte demeure toutefois très élevé : la dirigeante conservatrice est ressortie affaiblie d’un vote de confiance organisé au sein de son propre Parti conservateur, et elle n’a pas réussi à obtenir de nouvelles munitions pour convaincre le Parlement auprès des dirigeants européens réunis en sommet à Bruxelles la semaine dernière.

La Première ministre avait alors indiqué qu’elle poursuivrait les discussions avec l’UE afin d’obtenir des « assurances » sur l’accord, notamment une disposition destinée à éviter le retour d’une frontière physique entre l’Irlande et la province britannique d’Irlande du Nord, et son porte-parole a affirmé lundi que les échanges se poursuivaient « à tous les niveaux ».

Elle a répété lundi que « des clarifications supplémentaires » de la part de l’UE sont « possibles ».

Tout sourire, l’UE ne cède rien à May

Les dirigeants européens ont  affiché leur soutien à Theresa May le 13 décembre, mais la Première ministre britannique a quitté Bruxelles bredouille.

 

Aucune rencontre avec des dirigeants britanniques ne figurait toutefois à l’agenda de l’UE, a indiqué le porte-parole de la Commission européenne, Margaritis Schinas, le 17 décembre. « Le Conseil européen a fourni les clarifications qu’il était possible de donner à ce stade, aucune nouvelle réunion n’est donc prévue avec le Royaume-Uni. »

Face aux divisions, de plus en plus de voix plaident pour un second référendum, dans l’opposition comme chez les conservateurs.

« Trahison »

Theresa May a toujours rejeté cette éventualité, qui trahirait la volonté du peuple britannique. Selon elle, il n’existe que deux alternatives à l’accord : un Brexit sans accord, potentiellement dévastateur pour l’économie britannique, ou pas de Brexit du tout.

Durant le week-end, elle est montée au créneau contre un second référendum et s’est écharpée avec l’ancien chef de gouvernement travailliste Tony Blair, l’accusant de chercher à saper le Brexit. « Je n’ai jamais perdu de vue mon devoir, à savoir mettre en œuvre le résultat du référendum », a-t-elle insisté.

Tony Blair, au pouvoir de 1997 à 2007, a lui considéré comme « irresponsable […] d’essayer de convaincre de force les députés d’accepter un accord qu’ils considèrent comme franchement mauvais en menaçant de quitter l’Union européenne sans accord s’ils ne suivent pas la ligne ».

Les huit scénarios possibles pour le Brexit

Malgré le report du vote à la Chambre des communes sur l’accord de sortie de l’UE, huit scénarios demeurent possibles pour le Brexit. Un article d’Euroefe.

Comme Theresa May, l’ex-chef de la diplomatie et fervent Brexiter Boris Johnson a estimé qu’un second référendum « provoquerait un sentiment de trahison instantané, profond et permanent », lundi dans le Daily Telegraph.

Devant le spectre d’un rejet de l’accord, une troisième voie est défendue par plusieurs ministres: donner au Parlement la possibilité de voter de manière indicative sur différentes options possibles pour le Brexit, du maintien d’une relation très étroite avec l’UE à une sortie sans accord.

Dernier en date à plaider en ce sens, le ministre des Entreprises Greg Clark a estimé lundi sur la BBC que le Parlement devrait avoir son mot à dire pour mettre fin à l’« incertitude » si l’accord négocié était recalé. Le porte-parole de Theresa May a cependant déclaré qu’aucun vote de la sorte n’était prévu.

May tente de sauver l'accord sur le Brexit

Un sommet consacré au Brexit se tiendra le 12 décembre à Bruxelles, après l’annonce du report du vote à Londres. L’éventualité d’une  renégociation est écartée par les Européens, alors que Theresa May joue ses dernières cartes pour sauver l’accord.

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