Le feu vert britannique pour l’accord du Brexit cache des désaccords

epaselect epa0716165564 Le Premier ministre britannique Theresa May fait une déclaration à la presse devant le 10 Downing Street à Londres, le 14 novembre 2018. Le Premier ministre Theresa May a tenu une réunion d'urgence du cabinet Brexit dans le but de vendre son accord du Brexit à ses ministres. EPA-EFE/ANDY RAIN

C’est un accord inattendu : Theresa May a obtenu de justesse l’aval de son gouvernement pour l’accord de Brexit négocié avec Bruxelles.

Après cinq heures de réunion avec ses principaux ministres, Theresa May a annoncé avoir leur feu vert pour porter la proposition de Brexit négociée avec Bruxelles devant la Chambre des communes.

« La décision collective du cabinet est que le gouvernement devrait accepter la proposition d’accord de retrait et l’ébauche de déclaration politique », a déclaré la Première ministre sur le pas de la porte du 10 Downing Street.

Elle a expliqué s’être engagée dans un « fervent débat » avec ses ministres. Malgré leur accord, elle ne doute pas que « les jours à venir seront difficiles » et reconnait qu’elle pourrait se heurter à une opposition plus farouche au parlement, le mois prochain.

« C’est une décision qui sera examinée à la loupe, et à raison », a-t-elle indiqué.

De fait, le ministre des Relations avec l’Irlande, Shailesh Vara ,et le ministre au Brexit, Dominic Raab, ont déjà démissionné, jeudi 15 octobre au matin. Dans sa lettre de démission, Dominic Raab explique qu’il trouve dangereuses pour l’intégrité du Royaume-Uni les mesures liées à l’Irlande du Nord.

Michael Gove, ministre de l’Environnement et ardent défenseur de la campagne « Leave » avant le référendum, serait le seul ministre anti-UE à avoir validé l’accord. Il semblerait que 11 des 29 membres du gouvernement soient opposés à la proposition d’accord. Si la Première ministre a obtenu le soutien de la majorité de ses ministres, les députés conservateurs pourraient organiser une motion de censure contre elle dans la semaine.

May arrache un accord à Bruxelles, mais doit encore convaincre sa majorité

Deux ans après le vote et à quelque mois de la date de sortie attendue, le 29 mars 2019, les négociateurs britanniques et européens se sont mis d’accord sur un accord technique.

 

Ils s’inquiètent surtout des concessions liées à la clause de « filet de sécurité » irlandaise, qui garantit qu’une frontière physique ne sera pas réinstaurée entre les deux Irlandes. Le Royaume-Uni pourrait donc se retrouver coincé par cette mesure, sans possibilité d’y mettre fin unilatéralement à l’avenir.

Selon la proposition d’accord, Londres pourrait aussi prolonger la période de transition durant laquelle elle restera dans le marché unique, mais à un prix, et en subissant les décisions prises sans son avis par l’UE.

L’Irlande du Nord commémore les 50 ans du début des «Troubles»

En Irlande du Nord, la paix est revenue. Mais avec le Brexit, « on risque de repartir 30 ans en arrière », alerte Estelle Epinoux, chercheuse à l’université de Limoges, pour notre partenaire, Ouest-France.

« Progrès suffisants »

Après le feu vert du cabinet de Theresa May, les dirigeants européens se sont exprimés. « Ce soir, en ma qualité de négociateur de l’UE, je considère que nous avons réalisé des progrès décisifs », a notamment estimé Michel Barnier, négociateur en chef de la Commission européenne pour Brexit.

Si la proposition d’accord « représente une étape décisive pour conclure les négociations », elle ne signifie en rien que le processus a abouti, a-t-il toutefois fait remarquer. Le document « précis et détaillé » quifixe les conditions de sortie du Royaume-Uni de l’UE doit encore en effet être approuvé par les 27 et le Parlement européen.

Guy Verhofstadt, coordinateur Brexit pour le Parlement européen, s’est félicité de l’acceptation du projet d’accord et a déclaré qu’il permettra « de maintenir une relation étroite entre l’UE et le Royaume-Uni ».

La déclaration politique sur les relations futures, qui accompagne l’accord de retrait, est quant à elle peu détaillée, mais s’engage en faveur d’un accord de libre-échange ambitieux couvrant les services financiers, les services et les investissements, la libre circulation continue des données et, au cas par cas, les politiques européennes de défense et de sécurité.

À la demande du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a annoncé l’organisation d’un sommet extraordinaire le 25 novembre, afin de présenter la proposition d’accord aux autres États membres.

Ce sommet sera précédé d’un travail technique intense au niveau des sherpas et des ambassadeurs afin que l’accord puisse être pleinement finalisé.

Les Premiers ministres irlandais, autrichien et belge ont été parmi les premiers à exprimer leur point de vue sur l’accord et ils ont tous convenu que le travail n’était pas encore terminé.

« Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, mais je pense que le projet d’accord publié aujourd’hui constitue une étape très solide sur cette voie », a déclaré le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar.

Charles Michel, son homologue belge, a pour sa part assuré que « nous allons maintenant analyser les textes avec soin afin de vérifier leur compatibilité avec nos valeurs européennes ».

 

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