Le Brexit pose déjà problème au système de santé britannique

L'AEM encourage les entreprises pharmaceutiques à se préparer à un Brexit sans accord. [Alessandro Zappalorto/Shutterstock]

Allongement de l’attente, pénurie d’employés, retard dans l’approbation de nouveaux médicaments : le Brexit entraîne déjà une série de problèmes pour les soins des Britanniques.

Si le rapport « Le Brexit et la NHS », du groupe de réflexion UK in a changing Europe, évite délibérément d’enjoindre le gouvernement à l’action, il prévient que le Brexit « aggravera probablement les pénuries de personnel existantes » et « exacerberait probablement » les pressions financières pesant sur le système de santé britannique.

Selon l’une des promesses les plus célèbres de la campagne pro-Brexit avant le référendum, popularisée par Boris Johnson, actuel ministre aux Affaires étrangères, la sortie de l’UE devait permettre de verser 350 millions de livres (près de 400 millions d’euros) supplémentaires à la NHS chaque semaine. Une promesse aussitôt discréditée par les spécialistes et qui a pourtant décidé nombre d’électeurs.

Le Brexit réduira par ailleurs les droits réciproques des patients à l’étranger et entraînera un ralentissement des processus d’approbation des médicaments, assurent les auteurs du rapport.

Si le Royaume-Uni ne parvient pas à négocier pour rester dans le programme de carte européenne d’assurance maladie (CEAM), qui permet l’accès des voyageurs au système de santé du pays dans lequel ils se trouvent, les citoyens britanniques pourraient se voir confrontés à une facture supplémentaire de 160 millions d’euros (181 millions d’euros) par an. Cette somme devra être couverte soit par les voyageurs eux-mêmes, soit par le gouvernement.

Environ 200 000 citoyens européens travaillent actuellement dans les secteurs britanniques de la santé et du social. Ils représentent près de 10 % des médecins et 7 % des infirmières du pays. Les services de la NHS craignent à présent que des milliers d’entre eux ne quittent le territoire après le Brexit.

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À court terme, il est très difficile d’envisager que le Brexit pourrait avoir un effet positif, assure le professeur Anand Menon, directeur du think tank UK in a changing Europe. « Nous dépendons de médecins et infirmières qui viennent d’autres pays. À court terme, il sera difficile de gérer les incertitudes de cette situation. »

Dans le discours qu’elle a prononcé à Londres au début du mois, la Première ministre, Theresa May, a suggéré que le Royaume-Uni souhaitait devenir membre associé de plusieurs agences de réglementation de l’UE, dont l’Agence européenne des médicaments (AEM).

À ce jour, aucun autre pays tiers en dehors du marché unique n’est membre d’agences de l’UE. De plus, les orientations actuelles de l’AEM, qui se prépare à quitter Londres, laissent entendre qu’il n’y aura pas d’accord.

Une lettre de la Fédération européenne des associations et industries pharmaceutiques (EFPIA) adressée aux entreprises du secteur en février les invitait à planifier la modification des essais cliniques, réglementation, commerce et exigences en matière d’approvisionnement et de résidence de leur personnel.

Le plus cher sera sans doute la préparation du déménagement des employés et des laboratoires des pays de l’UE et l’acquisition de nouveaux régulateurs. Entre-temps, les essais cliniques sur les nouveaux médicaments seront suspendus jusqu’à ce que l’avenir des relations entre le Royaume-Uni et l’UE soit plus sûr.

Malgré une série d’accords commerciaux bilatéraux avec l’UE, la Suisse reçoit les nouveaux médicaments en moyenne 157 jours après l’UE. Cela s’explique par le fait que les sociétés pharmaceutiques ont tendance à cibler leurs nouveaux produits sur les marchés les plus importants. Un retard similaire sera sans doute enregistré au Royaume-Uni, qui représente environ 3 % des ventes mondiales de médicaments, contre 25 % pour l’UE.

« Nous avons l’impression que personne n’y pense vraiment », souligne Anand Menon. « Nous essayons de parler davantage de substance que de processus. Nous devons commencer à prendre des dispositions. Toutes les grandes entreprises font de la planification d’urgence. C’est déjà en train de rogner leurs finances. »

« Nous travaillons avec l’hypothèse que la planification d’urgence coûtera entre 60 et 70 millions de livres [autour de 75 millions d’euros] », a indiqué Phil Thompson, responsable des affaires mondiales de GlaxoSmithKline, aux députés en décembre dernier.

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