Nigel Farage sauve son groupe mais pas sa réputation

La nouvelle recrue de Nigel Farage est Robert Jaros?aw Iwaszkiewicz, un eurodéputé polonais dont le parti d’origine est dirigé par le très controversé Janusz Korwin-Mikke.

L’eurosceptique Nigel Farage devrait reformer son groupe au Parlement européen, grâce à Robert Jaroslaw Iwaszkiewicz du Congrès de la Nouvelle droite polonaise. Un parti raciste, révisionniste et sexiste.

Nigel Farage, leader du Parti eurosceptique et xénophobe pour l’indépendance du Royaume-Uni, peut souffler : son groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe (EFDD) ne devrait pas être dissous. Mais sa réputation, en revanche, n’est pas sauve. L’EFDD a été en effet rejoint à la dernière minute par le Polonais Robert Jaroslaw Iwaszkiewicz, membre du Congrès polonais de la Nouvelle droite, dont le dirigeant n’est autre que Janusz Korwin-Mikke, connu pour ses propos racistes et sexistes.

Un leader très controversé

Ce dernier avait été condamné à payer une amende de 3 040 euros pour avoir fait des remarques racistes dans l’enceinte du Parlement européen. Il avait également affirmé qu’une femme ne devrait pas être autorisée à voter et que la différence entre un viol et un rapport sexuel consensuel « était très subtile ».Le leader polonais a également déclaré devant des journalistes qu’Adolf Hitler « probablement…n’était pas au courant que les juifs étaient en train d’être exterminés ».

Au lendemain des élections européennes, Marine Le Pen s’était refusé de former une alliance avec le leader du Congrès de la Nouvelle droite. « Ses remarques, ses vues politiques vont à l’encontre de nos valeurs », avait-t-elle déclaré à l’époque. L’UKIP avait rejeté toute alliance avec le Front national après les élections.

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Un ralliement opportuniste

Selon les informations glanées par EURACTIV, Robert Jaroslaw Iwaszkiewicz a rejoint le groupe Europe de la liberté et de la démocratie (EFDD) sur une initiative personnelle. Janusz Korwin-Mikke et les deux autres eurodéputés ne viendront pas rejoindre le groupe de Nigel Farage.

Reste maintenant à savoir si l’administration du Parlement européen acceptera la demande d’adhésion du Polonais, qui a été déposée le 20 octobre à 15h. Une annonce officielle de la dissolution de l’EFDD devait être annoncée le même jour au Parlement européen à Strasbourg.

« Pour paraphraser Mark Twain, ‘les rumeurs concernant notre mort sont très exagérées’ », a ironisé à cette occasion Nigel Farage dans une déclaration.

« J’ai rejoint le groupe de l’EFDD car nous partageons deux valeurs importantes : l’opposition à la bureaucratie européenne et l’adhésion aux marchés libres, deux points que soutient fermement la délégation de l’UKIP » a expliqué Robert Jaroslaw Iwaszkiewicz, ingénieur et entrepreneur agricole.

Martin Schulz à la manœuvre selon Farage

L’EFDD a été dissous le 16 octobre à la suite du départ de l’eurodéputée letton Iveta Grigule. La décision de la Lettone signifiait que le groupe ne répondait plus à la condition préalable d’avoir des eurodéputés issus d’au moins sept États membres différents, selon les règles du Parlement.

>> Lire : Le groupe de Nigel Farage fait naufrage au Parlement européen

Avec la venue de Robert Jaroslaw Iwaszkiewicz, qui n’était jusqu’alors affilié à aucun groupe, l’EFDD regroupe maintenant 48 membres en provenance de sept pays.

Il faut au moins 25 eurodéputés pour qu’un groupe soit éligible en vue d’obtenir des fonds européens, un soutien en personnel et des droits à la prise de parole étendus. Selon certaines sources, la fin du groupe de l’EFDD aurait pu coûter à ses eurodéputés jusqu’à 10 millions d’euros.

Nigel Farage s’en est pris au président du Parlement européen, Martin Schulz, qui aurait selon lui « orchestré » le départ de la Lettone issue de l’Union des verts et des paysans.

Dans une déclaration publiée la semaine dernière, l’EFDD a ainsi affirmé que le social-démocrate avait demandé à Iveta Grigule de quitter le groupe de Nigel Farage afin de devenir présidente de la délégation du Kazakhstan.

Le Britannique a dernièrement dénoncé les agissements de Martin Schulz, coupable à ses yeux des « plus basses politiques machinatrices d’arrière-cours ».

La semaine dernière, EURACTIV avait sollicité une réponse de l’équipe presse du président du Parlement européen au sujet de ces allégations, qui avait nié avait toute pression de la part de Martin Schulz.

La décision de la Lettone est tombée après que l’EFDD a été écarté de la course aux présidences de délégations parlementaires. Les délégations n’ont aucun rôle dans le processus législatif, mais elles participent aux interactions du Parlement avec des pays tiers.

L’EFDD, bête noire du Parlement

Malgré le nombre d’eurodéputés en son sein, le groupe de Nigel Farage avait déjà été isolé en juillet par les groupes pro-européens en vue d’obtenir la présidence d’une commission parlementaire. À l’époque, les Verts, qui s’opposent pourtant régulièrement au Britannique eurosceptique au Parlement, ont soutenu l’EFDD dans cette affaire, estimant qu’on leur refusait une présidence qui leur revenait de droit.

L’EFDD est composé de membres du parti britannique UKIP, du Parti tchèque des citoyens libres, du Français Joëlle Bergeron, de membres du parti lituanien de l’Ordre et Justice, du Mouvement italien cinq étoiles, et maintenant d’un Polonais issu du Congrès de la Nouvelle droite.

Contexte

L'UKIP a remporté les élections européennes au Royaume-Uni. Les partis eurosceptiques ont prospéré dans toute l'Europe.