Pas de nouveau referendum en vue outre-Manche, malgré une opposition croissante au Brexit

Deux ans après avoir voté pour la sortie de l’Union européenne, le Royaume-Uni est divisé sur la question du Brexit. Les sondages montrent qu’une petite majorité de Britanniques est désormais contre, mais un scrutin serait plus délicat.

« Les citoyens doutent du fait que nous pouvons obtenir un accord qui nous est favorable ». Pour le professeur John Curtice, politologue réputé, le scepticisme de ses compatriotes ne fait même plus débat.

Faut-il pour autant reconsidérer le Brexit ? Certains penchent pour. Plus de 100 000 personnes se sont rassemblées samedi à Londres et ont marché jusqu’au parlement pour demander un second référendum.

John Curtice et d’autres dirigeants du think tank « UK in a Changing Europe » pensent au contraire que non.

Ils estiment que peu de gens ont changé d’avis depuis juin 2016, et que l’opinion reste très divisée.

« Nous n’adhérons pas au Brexit, mais nous ne sommes pas contre : nous sommes totalement divisés sur la question. Il est très difficile d’envisager une solution qui serait soutenue par le plus grand nombre », déclare le professeur Anand Menon, qui dirige le think tank.

Ceux qui veulent que le Royaume-Uni reste dans l’UE pensent à 25% que le gouvernement de Theresa May mène mal les négociations. Quant aux partisans de l’autre camp, ils sont 25% à penser que l’Europe est responsable de l’impasse actuelle.

Un sondage réalisé par Survation le 22 juin montre que les Britanniques voteraient à 47 % contre, et à 53 % pour rester dans l’UE. Mais Curtice considère qu’il ne faut pas surinterpréter ce résultat.

« Environ 9 électeurs sur 10 voteraient exactement pour le même camp qu’avant », estime-t-il.

« La raison pour laquelle le camp pro-européen arrive en tête s’explique par le fait que les abstentionnistes soutiennent maintenant ce camp. Le résultat d’un second référendum dépendrait de la participation électorale, notamment celle des jeunes électeurs. Il est bien connu que les plus jeunes sont les moins susceptibles d’aller voter », ajoute-t-il.

Dans tous les cas, les neuf sondages réalisés sur un second référendum montrent que le « Oui » pour rester dans l’UE gagnerait à 52% contre 48. Un résultat « trop serré pour être sûr », d’après Curtice, d’autant qu’une majorité de Britanniques est contre l’idée d’un second référendum.

De la même façon, il y a une opposition partisane entre Brexit « doux » et Brexit « dur ». Les pro-UE, qui ont tendance à soutenir le parti travailliste dans l’opposition, sont pour un Brexit doux, avec une appartenance au marché commun ou à l’union douanière. Les pro-Brexit, qui eux sont majoritairement pour le parti conservateur, veulent un Brexit dur, où le Royaume-Uni serait totalement indépendant de l’UE.

Vendredi matin, Airbus a été la première grande entreprise à déclarer qu’elle réfléchissait à s’établir au Royaume-Uni à cause du Brexit, la plupart souhaitant au contraire partir.

Pour Menon, les entreprises qui annoncent leur volonté de rester ou de partir du Royaume-Uni influencent davantage l’opinion publique que les négociations sur l’article 50.

« Je pense que les considérations économiques ont leur importance », dit-il. « Le pessimisme économique est plus susceptible de faire que les gens changent d’avis, et non pas les négociations difficiles. »

Cependant, il souligne que, comme dans le cas des négociations, la perception de la situation économique dépend fortement de la manière dont les électeurs ont voté pendant le référendum. Les pro-Brexit ont tendance à être plus optimistes.

« Je ne sais pas du tout comment ils vont résoudre cette question », dit Menon à propos de la frontière irlandaise.

« Le gouvernement britannique pense que plus la question va traîner, plus le gouvernement irlandais a de chance de renoncer », ajoute-t-il.

Mais s’il y a une impasse au sein du gouvernement britannique et entre Theresa May et Michel Barnier, le chef des négociations côté européen, à quoi pourrait ressembler l’accord sur le Brexit ?

« Il semble que l’accord de libre-échange approfondi sur lequel a travaillé Theresa May depuis un an n’est pas à l’ordre du jour », précise Menon.

« Au sein du gouvernement, on commence à s’entendre sur un accord qui ressemblerait à celui entre l’UE et le Canada, avec tous les problèmes qui l’accompagnent, ou un moyen d’améliorer le status quo. »

Curtice quant à lui soutient que « séparer l’appartenance au marché commun de la liberté de circulation serait plus facile à vendre politiquement. »

« Il faut surtout que l’on ait l’impression d’avoir un contrôle [sur l’immigration] », ajoute-t-il.

Les deux spécialistes se retrouvent cependant sur deux points : les six prochains mois seront décisifs et Theresa May n’est pas au bout de ses peines pour garder son gouvernement uni et au pouvoir.

« D’ici à l’automne, le Premier ministre va devoir prendre des décisions, et elle va de toute façon en décevoir certains. On peut imaginer qu’un Brexit doux passe au parlement, mais pas que le gouvernement y survive », dit Menon.

Les Européens devront payer 65 livres pour demeurer au Royaume-Uni

Les ressortissants de l’UE vivant au Royaume-Uni doivent faire une demande de titre de résident permanent pour un coût de 65 livres. Le Parlement européen risque de peu apprécier le fait que les citoyens paient pour le Brexit.

 

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