Pause ou retour aux sources : face au Brexit, le débat fait rage

L’ancien ministre Hubert Védrine propose de faire une pause dans la construction européenne, alors que l’ex-président de la BCE, Jean-Claude Trichet, rappelle l’importance d’appliquer rigoureusement les règles existantes.

Le Sénat se plonge, depuis l’automne, dans les méandres du Brexit en auditionnant des personnalités variées, allant de fonctionnaires aux politiques. Le « groupe de suivi sur le retrait du Royaume-Uni et la refondation de l’Union européenne » a reçu, le 11 janvier, deux témoins majeurs de construction européenne, Hubert Védrine et Jean-Claude Trichet, qui proposent des pistes très différentes.

L’ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine en a profité pour développer sa position en faveur d’une « pause » de la construction européenne.

Ce proche de Mitterrand, qui fut ministre des Affaires étrangères de 1997 à 2002, milite en effet pour un « plan B » destiné à rassurer les citoyens européens qui ne cessent d’exprimer, dans les urnes, leur défiance à l’égard de l’UE.

« Il faut dire aux gens : « on vous écoute » assure le diplomate, qui espère ainsi permettre au projet européen de retrouver de la crédibilité, en répondant aux demandes des citoyens. « Ensuite on pourra organiser une grande conférence refondatrice, en réorganisant la répartition des compétences de l’UE » assure-t-il, en condamnent les élites qui méprisent le désir manifesté par de nombreux Européens de conserver identité nationale et souveraineté.

L’UE s’accorde sur son approche du Brexit

Les dirigeants européens se sont accordés jeudi sur l’approche qu’ils ont choisi de retenir pour les négociations à venir sur le Brexit, s’engageant à aller vite et à rester unis pour éviter que Londres n’arrache un accord trop favorable susceptible d’inspirer d’autres départs.

Son projet ne séduit ni les anti-européens, ni les europhiles les plus fervents. Mais « j’ai eu des réactions très positives au sein de la Commission européenne, les fonctionnaires reconnaissent que c’est risqué comme projet, mais admettent qu’on ne peut plus continuer sans rien faire  en prétendant faire un Erasmus pour tous ! » assure-t-il.

Quel rapport avec le Brexit ? Hubert Védrine établit un lien indirect : « plus on pourra refonder l’Europe, plus la marche arrière éventuelle des Britanniques pourra se réaliser » assure l’expert, qui n’exclut pas que les députés britanniques, initialement anti-Brexit, s’aperçoivent en 2018 que les négociations inextricables avec l’UE les forcent à proposer une autre solution que la sortie de l’UE.

Le problème n’est pas Trump, mais l’absence de réponse des Européens à Trump

« Ce qui obsède les électeurs britanniques, c’est la libre-circulation, pas l’UE » assure l’ancien porte-parole de Mitterrand, qui insiste sur le besoin de sécurité des Européens auquel il faudrait également répondre. « Schengen a été étendue à l’époque Bisounours de l’Europe, sans mettre l’accent sur le besoin d’un vrai contrôle des frontières extérieures » déplore-t-il.

Interrogé sur les menaces qui pèsent aujourd’hui sur l’Europe dans un monde fragilisé notamment par l’élection de Donald Trump, M. Védrine répond que « ce qui pose problème aujourd’hui, ce n’est pas Trump, c’est l’absence de réponse des Européens à Trump. Sur le climat, l’Europe peut assurer qu’elle va continuer l’accord de Paris, avec tous les autres ; sur l’Iran, sur les relations avec la Chine, c’est pareil, les Européens pourraient donner et imposer leur point de vue » assure l’ex-ministre.

Communiquer et applique les règles pour sauver l’UE

Un problème de « com' » également soulevé par l’ex président de la Banque centrale française puis européenne, Jean-Claude Trichet, qui regrette que ce qui se dit sur l’UE dépende d’un environnement très sceptique. « On a une communication systématiquement hostile à l’Europe, venant des États-Unis, du Royaume-Uni, et aussi des relais nationaux. Mais si je peux dire 8 ans après la crise financière que nous sommes toujours dans la zone euro, et que 4 pays l’on rejoint, c’est que la zone euro a une capacité de résilience exceptionnelle !» juge le banquier.

Face au Brexit, l’ex numéro de la BCE rappelle que des impératifs géostratégiques donnent aujourd’hui plus de raisons de s’unir que de se séparer. « Au départ, l’idée de l’UE était de faire jeu égal avec les États-Unis. Mais maintenant nous avons l’Inde, le  Mexique, la Chine, le Brésil, ou même l’Indonésie face à nous : les géants qui poussent partout, et le rattrapage se fait très vite. Démanteler l’Europe dans cet environnement-là n’a pas de sens » estime-t-il.

Mais Trichet juge aussi que les forces centripètes comme le Brexit appellent plus que jamais les Européens à tenter de respecter les règles notamment celle du pacte de stabilité. Qui suppose d’éviter les dérapages budgétaires, mais aussi de sanctionner les autres déséquilibres économiques.

« Il ne faut pas laisser un pays qui modère ses coûts de façon excessive créer un excédent important de sa balance courante. Je trouve que la Commission européenne devrait être impitoyablement symétrique dans son jugement des déséquilibres » note Jean-Claude Trichet, qui craint que la différence de coût du travail entre la France et l’Allemagne, si elle s’accentue encore, favorise une nouvelle hausse du chômage en France, des jeunes, et accentue un sentiment de dépression dans l’Hexagone.

Face aux références multiples à l’Europe de la défense, censée sauver l’UE, Pervenche Berès évoque une fausse route. « Le risque c’est de mourir par la racine : l’euro » assure l’élue parisienne, qui juge prioritaire d’avancer sur l’UEM en parallèle avec le Brexit, les problèmes économiques devant être prioritaires, dont celui des déséquilibres comme le chômage.

Londres peine à gérer ses diplomates face au Brexit

La démission de l’ambassadeur britannique auprès de l’UE semble avoir été provoquée par le projet du gouvernement britannique de nommer un autre diplomate au dessus de lui. Le Royaume-Uni a nommé un autre ambassadeur, Sir Tim Barrow.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribuer