Pêche post-Brexit : Paris juge « inacceptables » les décisions britanniques

Des « décisions totalement inacceptables et inadmissibles », qui « contreviennent à l'accord qui a été signé dans le cadre du Brexit », a affirmé le gouvernement français par la voix de son porte-parole Gabriel Attal. [CHARLES PLATIAU / POOL/EPA]

Nouvel avis de tempête en Manche : la France a jugé mercredi (29 septembre) « inacceptables » les décisions britanniques d’octroi de licences de pêche à des bateaux français, bien en-deçà des exigences de Paris qui appelle à un front commun des pays européens contre Londres.

Dans la matinée, l’île anglo-normande de Jersey a annoncé l’octroi de 64 licences définitives à des bateaux français pour pêcher dans ses eaux et le rejet définitif de 75 dossiers. La veille, Londres avait accordé 12 autorisations supplémentaires dans ses eaux, dans la limite des 6 à 12 milles nautiques de ses côtes.

Des « décisions totalement inacceptables et inadmissibles », qui « contreviennent à l’accord qui a été signé dans le cadre du Brexit », a affirmé le gouvernement français par la voix de son porte-parole Gabriel Attal.

Dans le port de Granville, face à la Manche, les pêcheurs démunis oscillaient entre colère et désespoir.

« C’est déloyal, c’est juste en face de chez nous (…). Et, eux, ils continuent de pêcher avec leurs bateaux, ils viennent livrer leur pêche ici et on les laisse débarquer. C’est une honte !« , s’est emporté Jean-Ludovic Tachet, 36 ans. A côté, Rodrigue Sevalle, 52 ans, a lui perdu sa licence et redoute une concurrence acharnée au plus près des côtes : « Ca va faire beaucoup de bateaux à terre et on va tous être sur le même secteur à pêcher ».

Après neuf mois d’intenses négociations post-Brexit, la patience des hommes de mer est à bout, et la confiance rompue entre Londres et Paris.

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« 15 jours préparer la riposte » 

« Je compte sur les autres pays européens pour demander la même chose que la France, parce que ce que vit aujourd’hui la France, d’autres le vivront aussi », a déclaré mercredi (29 septembre) la ministre de la Mer, Annick Girardin, à l’issue d’une réunion avec les représentants de la profession.

Elle a demandé aux pêcheurs de lui « laisser 15 jours pour préparer toutes ces ripostes », d’abord au niveau européen mais aussi national, expliquant que tous les ministres étaient missionnés pour « identifier les mesures de rétorsion françaises » possibles, de la « question énergétique » aux « flux commerciaux ».

Message reçu par le comité national des pêches, qui a relayé cet appel à la solidarité européenne et tenté de contenir l’envie d’en découdre des pêcheurs. Ces derniers « ont atteint un degré d’incompréhension et de colère qui sera très difficile à apaiser avec tous les risques que ces sentiments emportent. (…) Le travail, notre gouvernement et nous, nous l’avons fait », a déclaré le président du comité, Gérard Romiti, dans un communiqué.

L’accord post-Brexit, conclu in extremis à la fin de l’année dernière entre Londres et Bruxelles, prévoit que les pêcheurs européens puissent continuer à travailler dans certaines eaux britanniques à condition d’obtenir une licence, accordée s’ils peuvent prouver qu’ils y pêchaient auparavant.

La question est particulièrement disputée à Jersey. En mai dernier, une flottille de pêcheurs normands et bretons s’était massée devant le port de Saint-Hélier pour défendre son droit de continuer à pêcher dans ces eaux. Londres y avait envoyé deux patrouilleurs pendant quelques heures.

Le temps de mettre en oeuvre les mesures prévues par l’accord, l’île anglo-normande avait instauré un dispositif provisoire qui arrivait à son terme jeudi (30 septembre).

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« Pragmatisme »

Selon le gouvernement de Jersey, 64 bateaux, qui ont fourni l’intégralité des pièces justificatives requises, se verront accorder une licence définitive (contre 169 demandées par Paris), s’ajoutant aux 47 licences déjà reçues depuis le début de l’année.

Trente-et-un bateaux, qui devront fournir des éléments supplémentaires, se verront quant à eux délivrer une licence provisoire leur donnant jusqu’à la fin janvier 2022 pour apporter les pièces demandées.

Les 75 bateaux recalés devront « cesser toute activité de pêche dans les eaux de Jersey dans un délai de 30 jours », période durant laquelle le gouvernement de l’île, qui vante son « approche pragmatique, raisonnable et basée sur des éléments concrets », examinera « toute nouvelle pièce » présentée.

Quant au gouvernement de Guernesey, il s’est engagé à prolonger les autorisations provisoires « jusqu’au 31 janvier 2022 pour tous les navires, afin d’offrir certitude et stabilité dans l’intervalle ».

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