Pessimisme et fatigue générale jalonnent la dernière ligne droite du Brexit

William Horsley, vice-président de l'AEJ et Antonio Tajani, président du Parlement européen. [copyright@European Union]

Face à une UE unie et ferme, le Royaume-Uni reste flou sur son projet pour le Brexit. Des questions majeures comme la gouvernance ou la frontière nord-irlandaise restent en suspens.

Plus que neuf mois avant la sortie officielle du Royaume-Uni de l’UE. Mais  les questions majeures du débat sont encore loin d’être résolues.

Les négociations avancent à vitesse d’escargot alors que les responsables européens espèrent tous finaliser le processus pour le conseil européen d’octobre. L’accord sera ensuite soumis au vote de part et d’autre de la Manche, et en mars 2019 au Parlement européen. Un processus qui tombe pendant la campagne des élections européennes.

« Deux ans après le référendum, les Britanniques doivent comprendre que c’est eux qui nous quittent, et pas l’inverse », a rappelé le professeur Klemens H. Fisher, chef de service à la représentation permanente de l’Autriche auprès de l’UE, lors d’un séminaire sur l’avenir de l’UE après le Brexit organisé par l’Association des journalistes européens (AEJ) au Parlement européen.

« Le Brexit est une provocation qui a aidé à développer et unir l’Union européenne », souligne, confiant, Elmar Brok, eurodéputé allemand (PPE).

Un des sujets brulants qui doit être discuté jeudi 28 juin lors du Conseil européen est celui de la frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. La volonté de Theresa May, Première ministre britannique, de sortir du marché unique et de l’union douanière impliquerait la mise en place de contrôles douaniers à cette frontière qui deviendrait de facto la frontière extérieure de l’UE. Ce à quoi l’UE s’oppose, car cela mettrait en péril l’accord du Vendredi-Saint signé en 1998 et qui a mis fin à trente années de conflit sanglant entre unionistes protestants au nord et catholiques républicains dans le reste de l’Irlande.

« Personne ne voudrait voir le retour des frontières du passé », assure Brian Hayes, eurodéputé irlandais du PPE. « Nous voulons des garanties à ce sujet pour que les citoyens ne soient pas affectés dans leur vie quotidienne. L’Irlande du Nord doit rester dans l’union douanière. »

Une position sur laquelle la majorité des eurodéputés, quel que soit le groupe politique auquel ils appartiennent, s’accordent.

Avec le Brexit, la question d’une réunification de l’Irlande resurgit

Le casse-tête de la frontière irlandaise après  le Brexit, toujours irrésolu, a amplifié le soutien au maintien dans l’Union européenne en Irlande du Nord et fait resurgir la question d’une réunification entre cette province britannique et la république d’Irlande voisine.

Lignes rouges communes

« Au Parlement européen, nous avons des lignes rouges communes », explique Ska Keller, eurodéputé allemande des Verts. « Les droits des citoyens européens vivant au Royaume-Uni et l’Irlande du Nord. »

Du côté des socialistes et démocrates (S&D) c’est le même son de cloche. Ce que veut Jude Kirton-Darling, eurodéputée britannique, et son groupe, c’est un accord qu’elle qualifie de « Norvège Plus ». Soit rester dans le marché unique et dans l’union douanière. Le pays nordique fait bien partie du premier, mais pas du second. Le Royaume-Uni plaide quant à lui pour un « Norvège moins », mais le casse-tête demeure vis-à-vis de la frontière nord-irlandaise.

Jude Kirton-Darling estime que d’autres lignes rouges sont communes à tout le Parlement européen. « Notamment celle d’assurer une situation équitable, où le Royaume-Uni ne devient pas un pays de dérèglementation totale entrant en concurrence avec l’UE. Nous serons très attentifs à ce qui sera fait en termes de politique fiscale, de droits des consommateurs, etc. »

Une unité européenne qui n’a pas d’équivalent outre-Manche, où Theresa May se trouve prise en otage de la polarisation de son propre parti et où, de manière plus générale, la position du gouvernement n’est pas toujours très claire.

May offre des garanties sur le Brexit aux Tories frondeurs

Theresa May n’a évité le rejet de son projet législatif sur la sortie de l’UE au parlement qu’en promettant à demi-mot qu’il n’y aurait pas de Brexit sans accord avec l’UE.

Des doutes encore bien vivants

Pour l’eurodéputée britannique, la question du « comment » quitter l’UE est encore bien vivante à Westminster. Et le président du Parlement européen, Antonio Tajani, ne la contredit pas : « le Royaume-Uni quitte l’UE, mais pas l’Europe, nous avons donc besoin de bonnes relations, nous sommes prêts pour une coopération, mais le problème c’est qu’on ne sait pas ce qu’ils veulent faire, quel accord ils veulent », a-t-il insisté à plusieurs reprises le 27 juin, face à quelques journalistes.

« Pour l’économie britannique, le Brexit n’est pas une bonne solution », a-t-il ajouté.

Pour Catherine Bearder, eurodéputé britannique (ALDE), le temps presse et « n’est pas de notre côté ». « C’est parfois déprimant de parler à des députés britanniques et de se rendre compte qu’ils n’y connaissent rien à l’Europe ».

Fatigue générale

Une chose est sure c’est que le Brexit divise au Royaume-Uni, au sein même des conservateurs, mais aussi de la population, qui en a de plus en plus marre que le débat ne tourne qu’autour de ça.

« Le débat du Brexit prend l’oxygène de tous les autres débats. Pendant ce temps, rien d’autre n’est traité. Les gens sont de plus en plus ennuyés, on ressent une véritable fatigue, la population veut juste que l’accord soit finalisé, point final », commente Jude Kirton-Darling.

Un ras-le-bol bien présent de tous les côtés, qui ne laisse aucune place à l’idée d’une extension de la période de transition. Celle-ci pourrait être votée à l’unanimité, mais est impensable pour les eurodéputés.

Catherine Bearder estime que la fenêtre d’opportunité pour mettre fin à tout cela se réduit de jour en jour. « Ce qui a commencé avec un référendum doit être terminé grâce à un referendum. »

Pas de nouveau referendum en vue outre-Manche, malgré une opposition croissante au Brexit

Deux ans après avoir voté pour la sortie de l’Union européenne, le Royaume-Uni est divisé sur la question du Brexit. Les sondages montrent qu’une petite majorité de Britanniques est désormais contre, mais un scrutin serait plus délicat.

 

 

« Le coût pour les citoyens européens est énorme. Ici  nous représentons les citoyens, pas les dirigeants, donc si l’accord n’est pas bon, le Parlement européen ne l’acceptera pas », soutient-elle, avant d’ajouter qu’elle n’est optimiste ni pour la situation de l’Irlande, ni en général, jugeant même que le Brexit est un désastre.

« En plus du vote, on pourra faire une motion de rejet, une résolution. Le Parlement européen est beaucoup plus démocratique que Westminster en termes de droits des citoyens, et on aura aussi plus de pouvoirs », martèle Jude Kirton-Darling. « Le problème c’est que le vote aura lieu au moment de la campagne pour les élections européennes et des choses insensées peuvent se passer. »

Les Européens devront payer 65 livres pour demeurer au Royaume-Uni

Les ressortissants de l’UE vivant au Royaume-Uni doivent faire une demande de titre de résident permanent pour un coût de 65 livres. Le Parlement européen risque de peu apprécier le fait que les citoyens paient pour le Brexit.

 

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