La droite européenne envisage une négociation à rallonge pour le Brexit

Siegfried Mureșan [European People's Party/Flickr]

Étant donné la complexité des négociations du Brexit, la prolongation d’un an des négociations ne devrait pas être exclue, selon le porte-parole du Parti populaire européen (PPE).

C’est la première fois que le parti de centre-droit reconnaît publiquement que les négociations du Brexit devraient peut-être être prolongées. La déclaration a été faite par l’eurodéputé roumain Siegfried Mureșan, porte-parole du PPE.

Si cette prolongation a bel et bien lieu, il s’agirait d’une concession de taille au gouvernement britannique de Theresa May, qui a lancé les négociations le 19 juin dernier seulement, soit un an après le référendum historique sur l’appartenance à l’UE.

Brexit: des négociateurs «déterminés»

Les négociations historiques qui permettront au Royaume-Uni de sortir de l’UE en 2019 ont démarré le 19 juin. Les deux parties se sont accordées sur le calendrier, la structure et les priorités des discussions.

Troisième scénario

Jusqu’à présent, deux scénarios entouraient les négociations du Brexit.

Dans le cadre du premier scénario, les négociations se terminent avec succès dans la période de deux ans stipulée dans l’article 50 du Traité de Lisbonne, avec la ratification d’un accord par les 28 États membres.

Le second scénario ne prévoit aucun accord. Les responsables politiques craignent les conséquences négatives de cette hypothèse pour le Royaume-Uni, mais aussi pour l’UE.

Selon Siegfried Mureșan, un troisième scénario devrait être envisagé, si « nous n’arrivons pas à conclure les négociations à cause de leur complexité », a-t-il expliqué.

Dans un tel contexte, « les négociations devraient être prolongées », a ajouté le porte-parole du PPE. « Pour l’instant, ce scénario ne devrait pas complètement être exclu ».

La déclaration de Siegfried Mureșan est importante, car il est le porte-parole du parti politique dominant en Europe. Le PPE détient la présidence de la Commission européenne, du Parlement européen et du Conseil européen.

« Même si les négociations se passent bien et qu’il y a une volonté mutuelle de les conclure des deux côtés, il est possible que nous ne puissions pas les conclure à temps à cause de leur complexité. Alors, nous devrions être prêts à les prolonger », a soutenu l’eurodéputé roumain, tout en expliquant que cela était possible d’un point de vue légal.

« Il est possible de les prolonger d’un an avec l’accord unanime des 27 États membres. L’unanimité est toujours difficile à atteindre au Conseil, mais étant donné l’importance de la question et les potentielles conséquences négatives, nous devrions travailler à cela », a-t-il prévenu.

L’industrie allemande craint que Bruxelles et Londres ne sous-estiment le Brexit

Les deux parties négociant le retrait du Royaume-Uni de l’UE sous-estiment les conséquences à long terme, selon un responsable de l’industrie allemande.

Risqué pour Londres

En mai, les conclusions du Conseil stipulaient clairement que « la date d’entrée en vigueur de l’accord de retrait devrait être le 30 mars 2019 au plus tard ».

« À partir de la date de son retrait, le Royaume-Uni deviendra un pays tiers, sauf si le Conseil européen, en accord avec le Royaume-Uni, décide à l’unanimité de proroger ce délai conformément à l’article 50, paragraphe 3, du traité sur l’Union européenne », peut-on lire dans les conclusions.

L’unanimité est toujours un test important dans toute négociation européenne puisqu’elle donne aux autres États membres un droit de véto sur l’accord final.

Selon une source de l’UE, prolonger les négociations serait risqué pour Londres puisque chaque pays européen sera en position de demander des contreparties au Royaume-Uni en échange de leur accord.

« Le prix à payer pour l’unanimité sera élevé pour le Royaume-Uni, mais finalement je crois que tous les États membres accepteront la prolongation. L’inverse serait une attitude très hostile envers le Royaume-Uni, que les États membres n’adopteront pas », a déclaré cette source.

Une autre source estime que l’Europe ne devrait pas parler si activement de prolonger les négociations, car cela pourrait entraîner des retards. « C’est risqué, car si un petit ou un grand État membre s’y oppose, alors nous aurons un hard Brexit et nous ne pourrons pas y faire face. »

Rôle de la Roumanie

La Roumanie sera aux rênes de la présidence tournante de l’UE lors du premier semestre de 2019, et selon le responsable PPE, Bucarest serait prêt à encourager un vote unanime sur la prolongation des négociations si nécessaire.

Siegfried Mureșan a toutefois rappelé qu’il ne devrait s’agir que d’un plan B et que les négociateurs devraient se concentrer sur un plan A pour le moment et travailler durant la période de deux ans prévue par l’article 50. « C’est ce à quoi nous devons œuvrer », a-t-il souligné. « Nous ne devons pas prendre la prolongation des négociations pour acquise, ce n’est pas impossible, mais ce serait très difficile et risqué. Ce que je dis c’est que nous devrions préparer un plan B. Le Royaume-Uni devrait sortir de l’UE avant les prochaines élections européennes, comme l’ont décidé les Britanniques. »

Avertissement à Londres

L’eurodéputé roumain a souhaité envoyé un message à la Première ministre britannique, Theresa May, qui répète à l’envi que « mieux vaut pas d’accord qu’un mauvais accord ».

Pour que les négociations se tiennent dans une ambiance constructive et pour accroître les chances de réussir, Theresa May « doit absolument sortir de cette rhétorique », a-t-il commenté.

« Le scénario catastrophe est un scénario où il n’y a pas d’accord. Ce serait mauvais pour l’UE, mais ce serait avant tout un désastre pour le Royaume-Uni ».

Les Britanniques toujours divisés sur le Brexit

Un an après le référendum, c’est en faveur d’un « soft Brexit » que les Britannique se tournent, selon les sondages. Et si l’incertitude règne outre-Manche, pour certains, elle se transforme en crainte profonde. Témoignages. Un article de notre partenaire La Tribune.

Parenthèses

Quelques heures avant l’activation officielle de l’article 50 le 29 mars, Euractiv s’était procuré une ébauche d’un communiqué du Conseil indiquant que l’UE aborderait les négociations « de manière constructive et fera tout son possible pour trouver un accord ».

Toutefois, le communiqué indiquait entre parenthèses que si les négociations échouaient, le Conseil s’assurerait que « l’Union européenne est prête pour une telle issue, même si elle n’est pas souhaitée ». Cette parenthèse a été supprimée dans la version finale du communiqué.

Interrogée sur cette décision des dirigeants européens, une source a répondu « car nous ne voulions pas démarrer le processus sur un sentiment négatif ».

Les dirigeants européens prêts pour un Brexit ordonné ou pour l’échec

Exclusif. Dans un communiqué du Conseil européen consulté par Euractiv, les États membres de l’UE regrettent que le Royaume-Uni quitte l’Union, mais se disent « prêts pour le processus qui devra désormais avancer ».