Quand David Cameron se prend pour Tom Cruise

David Cameron lors de la conférence de presse suivant le sommet des 19 et mars 2015. [European Council]

David Cameron a déclaré que les dirigeants européens pousseraient un « soupir de soulagement » s’il perdait les élections du 7 mai. Il s’est dit capable de s’attaquer à la « Mission impossible » que représente la révision des traités européens, en se comparant à l’acteur Tom Cruise.

Le prochain sommet européen aura lieu en juin, après les élections législatives britanniques. Si David Cameron remporte ces élections, il organisera un référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE. Si son parti perd les élections, le représentant de Londres à la prochaine réunion du Conseil sera sans doute Ed Miliband, chef de file des travaillistes.

« Si vous votez pour quelqu’un d’autre, vous finirez probablement avec un Premier ministre qui vient ici [à Bruxelles] et dit ‘tout le monde peut se détendre, il n’y aura pas de renégociation, pas de référendum, pas de choix difficiles, pas de réformes difficiles, tout ira bien’.

Ce sera le message si Ed Miliband est présent au sommet de juin […] et je suis sûr qu’à Bruxelles certains seront soulagés de ne plus me voir », a déclaré le Premier ministre à l’issue du dernier sommet européen, vendredi 20 mars.

Quand les journalistes lui ont demandé ce qui lui manquerait et s’il manquerait à d’autres dirigeants européens, David Cameron a souligné que les horaires de travail devraient être revus. Il serait plus logique de commencer les sommets le matin, afin d’éviter de devoir y rester jusqu’à quatre heures du matin, estime-t-il.

« Mais si c’est à quatre heure du matin qu’il faut travailler, pour s’assurer que le budget est réduit, j’y suis et j’y travaille. Si c’est à quatre heure du matin qu’il faut être présent pour opposer un veto à un traité européen qui n’est pas dans l’intérêt de la Grande-Bretagne, j’y suis, et j’oppose mon veto », a-t-il poursuivi. « Je serai là et je serai prêt à me battre. »

http://www.euractiv.com/video/cameron-i-want-come-back-brussels-mandate-reform-313109

Pour David Cameron, une victoire des conservateurs signifie qu’il reviendra à Bruxelles avec le mandat de réformer l’UE. 

« Si vous avez pour mandat de changer les choses, ce mandat sera pris au sérieux [à Bruxelles] », a-t-il fait remarquer.

Le Premier ministre a cependant refusé de comparer sa situation avec celle du Premier ministre grec, Alexis Tsipras, qui a reçu de son peuple le mandat de renégocier les conditions du renflouement de la Grèce, et n’y parvient pas.

Le Royaume-Uni n’est pas dans la zone euro, la situation est donc différente, a-t-il assuré. « Cette organisation [l’UE] n’est pas parfaite, elle doit être réformée, elle doit changer », a-t-il répété.

Le Premier ministre britannique soutient qu’il serait possible d’obtenir un changement en se présentant à Bruxelles avec le projet d’inclure les autres États membres dans les demandes de réformes.

Il a cité l’exemple de la politique extérieure. En Europe, la Grande-Bretagne a donné le ton et obtenu l’envoi d’aide humanitaire en Afrique lors de l’épidémie d’Ebola, a-t-il affirmé.

Les sanctions contre la Russie et les négociations avec l’Iran sont d’autres exemples montrant que Londres a su imposer ses idées, selon David Cameron.

>>Lire : Cameron annonce la création d’un fonds pour contrer les intimidations du Kremlin

Réformes européennes

Les réformes auxquelles tient tant le Premier ministre britannique portent sur l’allègement des lourdeurs administratives, la lutte contre le « tourisme social » et la question de la libre-circulation des personnes dans l’UE. Il estime que Donald Tusk apporterait une aide utile en matière de réformes, malgré le fait que le président du Conseil s’est déclaré réticent à tout changement des traités européens.

Donald Tusk a en effet indiqué que la réécriture des traités dans le but de réduire la migration interne était quasiment « mission impossible ».

« En général, Tom Cruise y arrive quand même », a réagi David Cameron. « Il est un peu plus petit que moi, mais j’espère être tout aussi efficace. »

Une défaite lors des élections mettrait un terme à une relation tendue entre le Premier ministre et certains autres dirigeants européens, comme Jean-Claude Juncker.

David Cameron ne semblait pas d’humeur à dissiper ces tensions lors de sa conférence de presse juste après le sommet. La veille, George Osborne, chancelier de l’Échiquier, avait délivré son discours budgétaire. 

La reprise économique britannique n’a rien à voir avec celle de la zone euro, a souligné David Cameron, ajoutant que plus d’emplois avaient été créés en Grande-Bretagne que dans l’ensemble des autres États membres ces cinq dernières années.

« Le Yorkshire a créé plus d’emplois que l’ensemble de la France », a-t-il fait remarqué. Le Yorkshire est un comté britannique, bien plus petit que la France.

http://www.euractiv.com/video/cameron-uk-not-greeces-position-because-long-term-difficult-decisions-313081

Une relation houleuse

David Cameron a notamment obligé le Conseil à voter sur l’élection de Jean-Claude Juncker en tant que président de la Commission. Seuls deux pays s’étaient opposés à son élection : le Royaume-Uni et la Hongrie.

En 2011, sous la houlette de David Cameron, le Royaume-Uni a opposé son veto à l’instauration d’un traité européen censé limiter les effets de la crise de l’euro et empêcher des crises futures. Le Premier ministre avait déclaré avoir bloqué le traité parce qu’il n’offrait pas les garanties nécessaires à la protection des intérêts nationaux britanniques, mais cette décision a isolé le pays au sein de l’Union.

>> Lire : David Cameron stigmatise une Europe qui « ne fonctionne pas »

L’immigration et les relations entre Londres et Bruxelles sont des enjeux essentiels des élections à venir, et ce n’est pas la première fois que David Cameron utilise ses conférences de presse de fin de sommet pour aborder ces sujets.

UKIP, le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, pourrait arracher un nombre important de sièges parlementaires au parti conservateur lors des élections de mai. UKIP souhaite voir le Royaume-Uni sortir de l’UE et instaurer un système d’immigration à points, comme l’Australie.

Le 19 mars, l’eurodéputée UKIP Janice Atkinson a été exclue du parti après avoir été accusée d’avoir détourné des deniers européens.

« Juste le dernier exemple de faux pas, désastres et gaffes catastrophiques de ce parti », juge David Cameron.

>> Lire : L’eurodéputée UKIP suspendu suite au scandale des dépenses frauduleuses

Les résultats des élections législatives britanniques du 7 mai offriront une indication sur la volonté des Britanniques : rester dans l'UE ou la quitter, après quarante ans de relations difficiles.

La montée de l'euroscepticisme au Royaume-Uni a fait de l'adhésion à l'Union européenne l'un des sujets brûlants des élections.

En cas de victoire de son candidat, le parti conservateur, au pouvoir, a promis l'organisation d'un référendum sur la question d'ici fin 2017, plaçant l'avenir de l'Europe au centre du débat politique.

Le Premier ministre David Cameron a déclaré qu'il ferait campagne en faveur de l'adhésion du Royaume-Uni dans l'UE, mais seulement s'il parvient à négocier des réformes avec l'UE, affirmant que « l'intérêt national de la Grande-Bretagne est mieux servi dans une Union européenne souple et ouverte ».

Les dirigeants européens, dont David Cameron, se réunissent les 19 et 20 mars lors d'un sommet européen. Ils aborderont notamment l'Union de l'énergie et la crise ukrainienne.

  • 7 mai : Élections législatives au Royaume-Uni.
  • 2017 : Date promise pour l'organisation d'un référendun sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE.

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