Pas d’accord, pas de Brexit, met en garde Theresa May

C'est mon accord, ou le chaos, assure Theresa May. [Frederic Legrand/Shutterstock]

L’accord de sortie négocié avec Bruxelles est mis au vote au parlement britannique le 15 janvier, mais risque d’être rejeté. Pour Theresa May, la paralysie politique qui en découlerait provoquerait une annulation du Brexit.

Les parlementaires britanniques se prononceront sur l’accord de Brexit négocié entre le gouvernement et l’UE le soir du 15 janvier. L’accord, défendu par Theresa May, est peu populaire et risque d’être rejeté.

« Si un Brexit sans accord reste un risque sérieux […] je pense à présent que l’issue la plus probable est que la paralysie du parlement entraîne un risque d’annulation du Brexit », a déclaré la Première ministre britannique, qui espère encore que son projet d’accord avec les 27 remportera le soutien des députés.

Ne pas sortir de l’UE « causerait un préjudice catastrophique à la confiance du peuple dans le processus démocratique et dans ses responsables politiques », a-t-elle jugé à la veille du vote crucial.

Depuis la ville de Stoke, dans les Midlands, qui a voté très majoritairement pour une sortie de l’UE lors du référendum de 2016, la Première ministre a prévenu que le blocage du Brexit constituerait « un risque de subversion du processus démocratique ». « Nous enverrions le message que pour Westminster, la voix de communautés comme celles de Stoke ne compte pas. »

Si pour Dominic Raab, ancien ministre au Brexit, «  la seule manière d’obtenir une modification de l’accord de retrait, une modification négociée, consiste à rejeter l’accord actuel », qu’il qualifie de « médiocre », Theresa May insiste : ne pas choisir l’accord négocié mènerait à « des incertitudes graves » et un rejet ferait « entrer le pays en territoire inconnu ».

Principaux points du projet d'accord de Brexit

Décryptage des 585 pages, 185 articles, trois protocoles et plusieurs annexes du projet d’accord sur le Brexit dévoilé le 14 novembre au soir par l’UE et le Royaume-Uni.

La veille du scrutin à la Chambre des communes sur l’accord de Brexit et la déclaration politique associée, les services de la Première ministre ont publié un échange épistolaire avec les présidents de la Commission et du Conseil européens.

Dans ces lettres, Theresa May demande davantage de précision sur le « filet de sécurité » nord-irlandais, qui a pour but d’éviter le rétablissement d’une frontière physique en Irlande, ainsi que la confirmation du « lien juridique entre l’accord de retrait et la déclaration politique ». L’accord ne rend cependant pas son application obligatoire, il s’agit d’un outil qui pourrait être utilisé en fonction des besoins.

Les plus grands défenseurs du Brexit estiment que les mesures du « filet de sécurité » sont inacceptables, parce qu’elles conduiraient l’Irlande du Nord à avoir une relation commerciale différente avec l’Europe que le reste du Royaume-Uni.

La lettre de réponse de Jean-Claude Juncker et Donald Tusk, présidents de la Commission et du Conseil, précise que « tout comme le Royaume-Uni, l’Union européenne ne souhaite pas voir le filet de sécurité entrer en vigueur ». Elle ajoute que cela « représenterait un arrangement commercial non-optimal pour les deux parties ».

Les deux présidents insistent sur le fait que « nous ne sommes pas en mesure d’accepter quoi que ce soit qui modifie ou constitue une incohérence avec l’accord de retrait » négocié.

Seuls 18% des Britanniques sont favorables à l’accord du Brexit

Alors que les Britanniques rejettent l’accord sur le Brexit, Bruxelles et Dublin veulent rassurer Londres sur le filet de sécurité. Le gouvernement assure pour sa part ne pas vouloir retarder la sortie de l’Union.

Territoire inconnu

Malgré la publication des lettres, censées montrer que l’UE est toujours prête à trouver des compromis avec Londres, la Première ministre vient d’essuyer un nouvel échec. Gareth Johnson, whip en chef du gouvernement (représentant formant le gouvernement, assistant aux réunions du cabinet et vérifiant la présence et les vote des députés), a annoncé sa démission le 14 janvier, estimant que l’accord proposé donnerait trop de pouvoir à l’UE sur le pays, et de manière permanente.

Plus tôt dans la journée, le secrétaire d’État au commerce, Liam Fox, avait pourtant répété que l’accord était l’option « la moins mauvaise » possible.

Personne ne sait vraiment ce qu’il se passerait en cas de rejet de l’accord. Une majorité d’élus devraient exiger que l’option d’un Brexit sans accord soit écartée, même s’il semble difficile de répondre à cette demande en cas de rejet de l’accord.

La date de la sortie officielle du Royaume-Uni de l’UE est fixée au 29 mars. Une échéance qui ne permet pas réellement de renégocier avec Bruxelles.

Jeremy Corbyn, qui dirige le Parti travailliste, a indiqué que ses membres devraient demander une nouvelle motion de défiance après le vote.

May remporte un vote de défiance, mais le paie cher

La Première ministre britannique a une nouvelle fois prouvé sa résilience dans les turbulences du Brexit en remportant un vote de défiance. En contrepartie, elle quittera ses fonctions avant les prochaines législatives.

Le gouvernement a pour l’instant écarté la possibilité de présenter un nouvel accord, un peu modifié, en cas de rejet de l’actuel.

Theresa May a ajouté que sa position sur les négociations de Brexit n’avait pas changé et que « nous pourrions à long terme réussir face à un Brexit sans accord, mais cela causerait des perturbations significatives à court terme et il serait donc beaucoup plus judicieux de quitter le bloc avec un bon accord ».

En cas de rejet de l’accord sur le Brexit, May aura trois jours pour en présenter un nouveau

Si le Parlement britannique rejette l’accord de Brexit de Theresa May, ce qui est probable, la Première ministre sera contrainte de présenter un nouveau projet dans les trois jours.

 

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