Le paysage énergétique au Royaume-Uni dans l’impasse face au Brexit

Des experts ont tenté de cartographier les défis auxquels fera face le secteur de l’énergie après le Brexit. Ils plaident pour un accord de transition pour amortir le choc.

Statu quo  impossible et changements dangereux : le retrait du Royaume-Uni du marché européen de l’énergie soulève une multitude d’interrogations, selon un rapport réalisé par plusieurs cabinets de conseil, le Boston Consulting Group, Global Counsel et Herbert Smith Freehills, publié le 28 juin.

« Poursuivre avec une pleine adhésion du Royaume-Uni au marché intérieur de l’énergie n’est pas compatible avec les objectifs politiques du gouvernement britannique d’en finir avec la suprématie de l’UE sur le droit britannique », indique l’introduction du rapport, intitulé « À contre-courant : naviguer à travers le marché de l’énergie post-Brexit ».

La liste des questions soulevées par la décision britannique de quitter l’UE est interminable dans le secteur de l’énergie. Des doutes subsistent ainsi sur le droit commercial, les droits de douane, mais aussi sur la sureté nucléaire et l’adhésion du Royaume-Uni au système européen d’échange de quotas d’émissions (ETS) pour les gaz à effet de serre.

La bonne nouvelle du rapport est aussi la plus évidente : les infrastructures d’interconnexion ne disparaîtront pas du jour au lendemain après le Brexit. « Les incitations économiques et commerciales pour soutenir, et potentiellement accroître, l’intégration du marché de l’énergie via l’interconnexion gazière et électrique sont solides pour le Royaume-Uni et l’UE », rappelle le rapport.

Le manque d’investissement ralentit l’Union de l’énergie

L’investissement européen dans les renouvelables a chuté de moitié depuis 2011. L’UE reste néanmoins dans les clous pour ses objectifs 2020 dans le secteur, selon la Commission.

Questions sensibles

Au-delà des infrastructures d’interconnexion des marchés, le Brexit rend l’avenir du secteur de l’énergie beaucoup plus sombre.

« Comment le Royaume-Uni se procurera-t-il et échangera-t-il des combustibles nucléaires en dehors du traité Euratom ? Comment aborderont-ils la sécurité d’approvisionnement en gaz en tant que “pays tiers” de l’UE ? Comment le Royaume-Uni fixera le prix des émissions de carbone une fois qu’il quittera le système ETS de l’UE ? »

Interconnexions irlandaises

Une question sensible est liée à la situation du marché unique de l’électricité entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, que le rapport juge « incroyablement complexe ».

Il existe aussi un scénario dans lequel le Royaume-Uni quitte de manière abrupte l’UE sans accord de transition, une issue peu probable, mais pas impossible.

« En réalité, si ce scénario se réalise, ce serait un échec historique pour le Royaume-Uni et l’UE et les deux parties feront tout pour éviter cela », a déclaré Matthew Duhan, de Global Counsel, l’un des auteurs du rapport.

« Toutefois, les négociations seront difficiles et avec un gouvernement divisé et minoritaire, il n’est pas impossible qu’elles débouchent sur un scénario sans accord au premier jour du Brexit », a-t-il mis en garde.

Le Brexit pousse l’Irlande à diversifier ses sources énergétiques

La forte dépendance de l’Irlande au Royaume-Uni en matière d’interconnexions risque de poser un problème une fois le pays sorti de l’UE.

Accord de transition

Le rapport souligne clairement la nécessité d’un accord transitionnel pour adoucir le chemin vers le Brexit.

L’issue la plus probable, indique Matthew Duhan, est la poursuite des infrastructures d’interconnexion dans le marché interne de l’énergie, via un accord bilatéral sur l’énergie qui fera partie d’un accord de libre-échange plus large ou qui l’accompagnera. « Il y a encore du chemin à parcourir avant de parvenir à un tel accord », a-t-il néanmoins prévenu.

Une autre option après le Brexit serait que le Royaume-Uni rejoigne la communauté énergétique, une institution qui promeut l’extension du marché interne de l’énergie aux voisins de l’UE, surtout aux Balkans occidentaux.

« Même si cela peut servir d’inspiration pour un accord, cette solution n’est pas personnalisée », a déclaré Silke Goldberg, de Herbert Smith Freehills.

« La salle d’attente dans laquelle se trouve un groupe de petits pays comme l’Albanie, la Moldavie ou l’Ukraine avant l’adhésion à l’UE n’est en aucun cas la destination que veut prendre le Royaume-Uni post-Brexit », a-t-il ajouté.