Pour Soros, l’UE peut donner envie au Royaume-Uni de rester

George Soros, fondateur et président des fondations Open Society avant une réunion avec le président de la Commission Jean-Claude Juncker à Bruxelles le 27 avril 2017. [EPA/OLIVIER HOSLET / POOL]

Pour l’investisseur et philanthrope George Soros, l’UE doit se servir du Brexit pour devenir une organisation que le Royaume-Uni aura envie de rejoindre avant la fin du divorce.

« Le divorce sera un long processus qui prendra au moins cinq ans. Cinq ans, c’est très long en politique, surtout à une époque révolutionnaire comme celle-ci », a déclaré George Soros lors du Forum économique de Bruxelles.

Selon lui, dans les cinq prochaines années, le Royaume-Uni organisera de nouvelles élections générales et le prochain parlement « pourrait voter pour rejoindre » une Europe transformée.

« Cela semble presque inconcevable aujourd’hui, mais en réalité c’est possible », a déclaré George Soros.

La Première ministre britannique, Theresa May a convoqué des élections générales anticipées le 8 juin prochain pour renforcer son mandat avant que les négociations du Brexit commencent. Néanmoins les sondages montrent que l’écart entre le parti travailliste et les conservateurs s’est resserré ces derniers jours.

Pour ouvrir la voie à un avenir commun, George Soros soutient que l’UE « doit résister à la tentation de punir le Royaume-Uni » et négocier avec Londres dans un esprit constructif.

Crise existentielle

Dans son discours devant les décideurs politiques et les hommes d’affaires, George Soros s’est accordé avec eux sur le fait que le projet européen est au milieu d’une « crise existentielle ».

« La plupart des Européens de ma génération soutiennent une plus grande intégration. Les générations suivantes finissent par voir l’UE comme un ennemi qui les privent d’un avenir prometteur et sûr », a-t-il regretté.

Après avoir fait la liste des défis, tant internes qu’externes, auxquels fait face l’Union européenne, George Soros a déclaré que l’UE avait besoin d’être réinventée de manière radicale.

Même s’il insiste sur le fait que le droit fondamental européen est « daté », George Soros est d’accord avec le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, pour dire qu’une modification des traités est actuellement « impossible » et pourrait avoir lieu « seulement dans un avenir lointain ».

« Le processus de désintégration a duré dix ans. Cela pourrait prendre dix ans de plus pour reconstruire la confiance et la volonté de coopérer », a-t-il mis en garde.

Les commentaires de George Soros surviennent après la publication par la Commission de son document de réflexion sur l’approfondissement de l’union économique et monétaire, dans le cadre d’une série de réformes majeures pour renforcer le bloc d’ici à 2025.

Pour transformer radicalement l’UE, George Soros a appelé les dirigeants européens à abandonner l’idée d’une « Union toujours plus proche », moteur de l’UE depuis 60 ans.

L’UE met sa stratégie d’union toujours plus étroite en suspens

Alors que l’UE s’apprête à célébrer son 60ème anniversaire, le principe d’union toujours plus proche » qui soutient le projet européen est mis en suspens pour tout miser sur la survie à cette annus horribilis.

Au lieu d’une « Europe à plusieurs vitesses », un concept rejeté par les États membres de l’est, qui craignent le retour d’un nouveau « rideau de fer », George Soros appelle à une Europe à « plusieurs pistes », dans laquelle les gouvernements nationaux pourraient choisir parmi une variété de choix pour leur avenir.

L'UE à plusieurs vitesses prend déjà l'eau

De peur de diviser un peu plus l’UE, les dirigeants européens ont convenu de limiter l’Europe à plusieurs vitesses à quelques projets.

« Cela aurait un effet bénéfique de grande ampleur », a-t-il affirmé.

Toutefois, l’idée de George Soros d’une Europe « à la carte » trouverait peu de soutien au sein des institutions aujourd’hui, puisque l’unité est devenue le nouveau mantra à la suite du Brexit.

Outre des réformes émanant des institutions, George Soros appelle à des changements venant d’initiatives citoyennes pour faire participer l’électorat. Selon lui, c’est le seul moyen de revigorer une UE qui bat de l’aile.

L’Italie, le maillon faible

L’homme d’affaires estime que la victoire d’Emmanuel Macron en France et d’autres candidats pro-européens à travers l’Europe montre qu’une nouvelle dynamique est en marche pour changer l’Europe.

« Cette dynamique pourrait devenir assez solide pour surmonter la plus grande des menaces : une crise bancaire et migratoire en Italie », a-t-il prévenu.

Les problèmes de l’Italie, hérités de la crise, notamment un grand volume de créances douteuses combiné à une croissance faible et un niveau élevé de dette publique, ont transformé le pays en un talon d’Achille de la zone euro, qui pourrait mettre l’euro à genoux.

Orbán promet de respecter le droit européen

Viktor Orbán promet de respecter le droit européen après s’être fait sermonner sur ses attaques de l’université d’Europe centrale et ses rhétoriques anti-UE « inacceptables » lors du dernier sommet européen..

George Soros a profité de l’occasion pour s’opposer aux affirmations du Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, qui soutient que l’homme d’affaires a utilisé son argent pour contrôler la Hongrie. Le gouvernement hongrois voulait fermer l’Université d’Europe centrale, fondée par George Soros il y a 26 ans.

« J’ai mis toute mon énergie à résister aux tentatives d’Orbán de traduire nos différences idéologiques en une animosité personnelle – et j’ai réussi », a-t-il déclaré. Il a appelé les Hongrois à résister aussi à la supercherie et à la corruption de l’État mafieux du régime établi par Viktor Orbán.

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