Theresa May perd un vote crucial au parlement britannique

Theresa May sort fragilisée d'un vote parlementaire, à la veille d'un sommet européen. [Ian Langsdon/EPA/EFE]

Victime de la rébellion d’une partie de son propre camp, la Première ministre britannique a perdu, à quatre voix près, un vote crucial sur le Brexit au Parlement, exposant sa faiblesse à la veille d’un sommet européen.

L’accord final conclu par Londres avec Bruxelles devra être ratifié par le parlement britannique. Cet amendement, soumis par un député de la majorité conservatrice, l’ancien procureur général Dominic Grieve, a été adopté le 13 décembre par Westminster.

Malgré les efforts intenses déployés tout au long de la journée par le gouvernement pour s’y opposer, l’amendement a été adopté par 309 voix contre 305 à l’issue d’un débat de plusieurs heures organisé dans le cadre de l’examen du projet de loi gouvernemental sur la sortie de l’UE.

Son adoption, rendue possible grâce aux voix de 11 députés conservateurs rebelles, illustre plus que jamais la fragilité de Theresa May, qui, depuis son revers aux dernières législatives de juin et la perte de la majorité absolue, est à la merci d’une fronde parlementaire.

Cette défaite, humiliante, sa première depuis le début des travaux parlementaires sur ce projet de loi, vient ternir une des rares séquences positives sur laquelle surfait la dirigeante après la conclusion d’un compromis avec Bruxelles sur les conditions du Brexit la semaine dernière.

Fumée blanche à Bruxelles sur le Brexit

Après une longue nuit de négociations à Bruxelles, l’UE et le Royaume-Uni ont réalisé des « progrès suffisants » pour entamer la deuxième étape du Brexit. Le compromis prévoit notamment des disposition pour préserver l’unité de l’Irlande.

Elle tombe également fort mal pour la Première ministre, alors que s’ouvre à Bruxelles un sommet européen de deux jours, qui doit décider de passer à la deuxième phase des discussions du Brexit, sur les futures relations commerciales entre Londres et l’UE.

Victoire parlementaire

« Nous sommes déçus que le Parlement ait voté en faveur de cet amendement », a réagi dans un communiqué un porte-parole du ministère du Brexit. « Nous allons maintenant déterminer si d’autres modifications sont nécessaires », a-t-il ajouté, alors que les tories rebelles et l’opposition travailliste, qui a très largement voté pour l’amendement, criaient victoire.

« Ce soir, le parlement a repris le contrôle du processus de sortie de l’UE », a tweeté la députée conservatrice Nicky Morgan, pro-UE.

Cette « défaite est une humiliante perte d’autorité pour le gouvernement », a taclé de son côté le patron du Labour, Jeremy Corbyn.

Pour la militante anti-Brexit Gina Miller, l’adoption de l’amendement est une « victoire » de la « souveraineté parlementaire ».

« Une bonne journée pour la démocratie », a estimé le référent du Brexit au Parlement européen, le libéral, Guy Verhofstadt.

Tweet de Guy Verhofstadt : « Le parlement britannique reprend le contrôle. Les parlements britannique et européen décideront ensemble de l’accord final. Les intérêts des citoyens l’emporteront sur une politique partisane étriquée. Une bonne journée pour la démocratie. »

Ce vote obtenu avec l’aide de députés rebelles fait les gros titres de la presse britannique. Le quotidien The Guardian (centre gauche) souligne l’humiliante « rébellion torie », tandis que le Daily Telegraph (conservateur très pro-Brexit) titre « Mutinerie aux Communes ».

La bataille parlementaire s’est focalisée sur une clause du projet de loi accordant au gouvernement les « Pouvoirs d’Henry VIII », une disposition lui permettant de modifier une loi en s’exonérant du plein contrôle du Parlement, mais qui fait tiquer nombre de députés craignant qu’elle ne s’applique plus largement aux termes de la sortie de l’UE.

Défendant son amendement, Dominic Grieve avait appelé la représentation parlementaire à ne pas donner de « chèque en blanc » au gouvernement.

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« Trop tard! »

Jusqu’au dernier moment, le gouvernement avait tenté de faire pencher la balance, Theresa May et son ministre chargé de la sortie de l’UE, David Davis, montant au front pour tenter de convaincre les députés rebelles.

« Nous soumettrons l’accord final de retrait conclu entre le Royaume-Uni et l’UE à un vote au sein des deux chambres du Parlement avant qu’il n’entre en vigueur », avait déclaré Theresa May devant la Chambre des Communes.

Un vote sur l’accord final aura lieu « dès que possible après la fin des négociations », avait indiqué de son côté David Davis.

Et quelques instants avant le vote, le secrétaire d’État à la Justice, Dominic Raab, s’était lancé dans une ultime tentative pour amadouer les députés rebelles, mais pour finalement s’entendre sèchement signifier par Dominic Grieve: « Trop tard! ».

L’introduction de l’amendement avait provoqué la colère de partisans d’un Brexit dur, à l’instar du député conservateur Iain Duncan Smith, qui avait accusé Dominic Grieve de « chercher des moyens de faire dérailler le projet de loi ».

L’amendement, a-t-il argumenté, liera « les mains du gouvernement » dans ses négociations avec l’Union européenne.

Alors que le vote de mercredi promet d’attiser encore davantage les divisions au sein des conservateurs sur le Brexit, le gouvernement n’a pas tardé à riposter en limogeant l’un des rebelles, Stephen Hammond, de son poste de vice-président du parti.

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