Tour d’horizon des six hypothèses du Brexit

La mise en oeuvre du Brexit est maintenant entre le main du chantre du "Leave" / EPA-EFE/HOLLIE ADAMS

Le héraut de la campagne du Brexit de 2016, Boris Johnson,  arrive au pouvoir trois ans après. Peut-il faire mieux que Theresa May qui était bloquée par un Parlement divisé ? Une analyse de notre partenaire Ouest-France.

« Là où il y a de la volonté, il y a une solution », a déclaré à propos du Brexit Boris Johnson durant l’élection interne du parti conservateur pour devenir Premier ministre ce mercredi 24 juillet.

Une grande partie de cette campagne s’est déroulée sur ce thème. « Son principal défi sera de trouver une majorité à la Chambre des Communes », estime Pascale Joanin, directrice générale de la Fondation Robert Schuman, interrogée par Ouest-France. « Or, il n’y a pas eu de nouvelle élection et c’est le même Parlement divisé sur le Brexit que celui auquel à fait face Theresa May. »

Mais Boris Johnson peut-il obtenir un autre résultat que Theresa May en trois ans de négociations avec l’Union européenne (UE) ?

  1. Renégocier l’accord de retrait ?

Ce qu’il a dit : « Nous n’allons pas revenir en arrière et renégocier l’accord de Brexit conclu entre Theresa May et l’UE », a-t-il affirmé durant la campagne interne du parti conservateur.

Ce qu’il peut faire : Il n’avait de toute façon pas le choix. Le négociateur en chef de l’Union européenne sur le Brexit, le Français Michel Barnier avait prévenu dès le 18 juillet que l’accord de retrait, déjà repoussé par trois fois par les parlementaires britanniques, reste selon lui « le seul moyen de quitter l’UE de manière ordonnée », rappelant qu’il avait été « négocié avec les Britanniques, pas contre eux ».

Grâce à la méthode Barnier, consistant à tenir au courant toutes les parties prenantes de l’état des négociations et de les valider, les Européens présentent un front uni. Seule la perspective d’un chaos lié à un « hard Brexit », une sortie sans accord, qui transformerait le Royaume-Uni en état tiers à l’UE avec notamment le retour des contrôles aux frontières pour les produits et les personnes, a poussé une partie des dirigeants nationaux à reporter la sortie officielle prévue fin mars au 31 octobre.

« De toute façon, d’ici cette date, renégocier l’accord de retrait serait trop long. Boris Johnson entre en fonction moins de trois mois avant fin octobre et il y a en plus des vacances parlementaires », pointe Pascale Joanin.

  1. Sortir le 31 octobre, même sans accord ?

Ce qu’il a dit : « Nous allons faire le Brexit le 31 octobre, nous allons profiter de toutes les opportunités qu’il apportera avec un nouvel état d’esprit. Et nous allons encore une fois croire en nous et en ce que nous pouvons faire et, comme un géant endormi, nous allons nous lever et stopper le doute et la négativité », a-t-il déclaré lors de son discours de victoire après avoir pris la tête du parti conservateur mardi 23 juillet.

Avec Boris Johnson, le Royaume-Uni fait un pas supplémentaire vers le "hard Brexit"

Boris Johnson remplacera la Première ministre britannique Theresa May le 24 juillet après avoir confortablement remporté l’élection au sein du parti des conservateurs.

Ce qu’il peut faire : soit sortir sans accord, soit demander un nouveau report, mais il faudra alors un vrai changement de position avec de nouvelles propositions britanniques. Selon Pascale Joanin, une sortie sans accord est « la menace d’un joyeux bazar. On ne sait pas s’il s’agit d’un bluff ou d’un positionnement pour négocier. »

Si le Royaume-Uni ne décide rien d’ici le 31 octobre, il sort automatiquement de l’UE… À moins que les chefs d’États et de gouvernements de l’UE décident d’un nouveau report lors d’un sommet européen.

  1. Contourner le Parlement en cas de blocage ?

Ce qu’il a dit : durant la campagne interne, il n’écartait pas la possibilité de suspendre le Parlement si les députés votaient contre un « no deal ».

Ce qu’il peut faire : le vrai souci du Brexit, c’est la division sur cette question au sein de la Chambre des Communes. Les députés ont déjà réagi à toute éventualité de suspension du Parlement. Jeudi 18 juillet, ils ont adopté un texte prévoyant que le Parlement, au cas où ses travaux seraient suspendus, devra de toute manière être rappelé pour une session de plusieurs jours en septembre et octobre.

« Boris Johnson ne peut rien décider seul. Même pour une sortie sans accord, il doit trouver une majorité au Parlement », rappelle Pascale Joanin de la Fondation Schuman.

  1. Peut-il renégocier le « backstop » pour l’Irlande du Nord ?

Ce qu’il a dit : Boris Johnson a indiqué qu’il rejettera le « filet de sécurité » irlandais en le supprimant de l’accord de retrait. Ce dispositif controversé (« backstop » en anglais) crée, en cas d’absence de traité organisant les nouvelles relations entre le Royaume-Uni et le continent d’ici 2020, un « territoire douanier unique ». Lors de son discours d’intronisation mercredi 24 juillet, il a de nouveau qualifié ce mécanisme de « non démocratique ».

Boris Johnson veut renégocier l’accord de Brexit

Boris Johnson a promis d’immédiatement renégocier le divorce du Royaume-Uni et de l’UE lors du lancement officiel de sa campagne pour le 10 Downing Street. Problème : pour les institutions européennes, il en est hors de question.

Ce qu’il peut faire : Le « backstop » est une garantie incluse dans l’accord de retrait. L’objectif est notamment d’éviter le retour d’une frontière physique entre la province britannique d’Irlande du Nord et la République d’Irlande pour préserver les accords de paix de 1998. Mais ce mécanisme est vivement contesté par une grande partie des partisans d’un Brexit dur et surtout par les unionistes nord-irlandais du DUP. Ces derniers y voient la fin du marché commun britannique et une séparation commerciale de fait de l’Irlande du Nord avec la Grande-Bretagne, car les produits entrant sur l’île côté britannique devront être compatibles avec les règles de l’UE.

« Le backstop représente deux pages en annexe de l’accord de retrait qui en fait 500 », rappelle la directrice de la Fondation Robert Schuman. « Ce que peut obtenir Boris Johnson, c’est une clarification pour s’assurer que les contrôles sont les plus légers ou les plus invisibles possible » en cas d’activation de cette garantie.

En obtenant un geste sur ce point, « les 10 votes du DUP ne seraient plus forcément nécessaires, car Boris Johnson pourrait alors obtenir le soutien de députés issus d’autres partis ou de plusieurs partisans d’un Brexit dur », estime Pascale Joanin.

  1. Ne pas payer la facture du Brexit ?

Ce qu’il a dit : « Nos amis et partenaires doivent comprendre que l’argent sera conservé jusqu’à ce que nous ayons plus de clarté sur le chemin à prendre », a déclaré ce partisan du « Brexit » dans un entretien au Sunday Times. « Dans un bon accord, l’argent est un excellent solvant et un très bon lubrifiant », avait ajouté l’ancien ministre des Affaires étrangères, à l’occasion de sa première prise de parole après la démission officielle de Theresa May début juin. Il l’a encore répété lors de son discours d’intronisation devant le 10 Downing Street ce mercredi : « le Royaume-Uni gardera pour lui les 39 milliards de livres ».

Boris Johnson poursuivi pour ses mensonges sur le Brexit

Boris Johnson, qui a de grandes chances de devenir le prochain Premier ministre britannique, est appelé à comparaitre devant la justice pour ses mensonges liés au Brexit.

Ce qu’il peut faire : l’accord conclu entre Londres et Bruxelles prévoit le règlement des engagements pris par le Royaume-Uni dans le cadre du budget pluriannuel en cours (2014-2020), qui couvre également la période de transition prévue par l’accord. Le texte ne donne pas de chiffres pour la facture, mais une méthode de calcul. Le gouvernement britannique a avancé un montant compris entre 40 et 45 milliards d’euros, des chiffres non confirmés du côté de l’UE.

Le Royaume-Uni peut-il partir sans payer ? « Non », répond catégoriquement Pascale Joanin. « S’il ne payait pas, cela voudrait dire que le pays fait défaut. Or, cela voudrait dire qu’on ne serait plus sûr que cet État honore ses factures. Cela l’entraînerait dans une crise financière. »

  1. Un Brexit dur en version allégée ?

Ce qu’il a dit : « Je ne pense pas que nous finirons avec une sortie sans accord. Ce que nous voulons, c’est préparer une sortie sans accord pour être très convaincants » aux yeux des 27, a-t-il déclaré le 9 juillet. « Une date butoir nous permettra de conclure un accord. »

Le député conservateur pro-Brexit dur Iain Duncan Smith a ainsi résumé la pensée de Boris Johnson à propos des négociations avec l’Union européenne : « nous voulons un accord de libre-échange. Nous pouvons commencer à en parler dès à présent si vous êtes sérieux et si vous voulez avoir un processus qui signifie que nous ne terminons pas… avec des droits de douane après le 31 octobre. Si c’est ce que vous voulez, nous sommes prêts à discuter ».

Ce qu’il peut faire : Boris Johnson pourrait opter pour un scénario de « no-deal doux ». Dans cette hypothèse relayée par le Fonds monétaire international (FMI), un régime tarifaire temporaire annoncé par le gouvernement devrait permettre à 87 % des produits importés d’être exemptés de taxes d’importation pendant un an, avant de passer aux taux pour les « nations les plus favorisées » par l’Union européenne, qui tournent autour de 4 %. Les 13 % de produits restants feraient en revanche immédiatement l’objet de tarifs douaniers.

De plus, l’arrivée de barrières non tarifaires au commerce avec l’UE entraînerait une augmentation des prix des denrées importées, et l’immigration nette au Royaume-Uni diminuerait de 25 000 personnes par an d’ici à la fin de la décennie réduisant la main-d’œuvre disponible.

Le Royaume-Uni pourrait alors entrer en récession, a annoncé l’Office de Responsabilité Budgétaire (OBR) dans des prévisions économiques publiées jeudi 18 juillet. « Le Royaume-Uni entrera en récession au quatrième trimestre 2019, pour une durée d’un an. Le PIB tombera de 2,1 % », a estimé l’institut officiel britannique chargé des prévisions économiques et budgétaires.

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