Les régions britanniques commencent à s’inquiéter de l’après Brexit

Le Royaume-Uni a garanti les fonds pour les bénéficiaires d’aides régionales européennes jusqu’à la fin du budget européen actuel, en 2020. Mais pour les responsables de nombreux programmes de recherche, d’éducation et d’emploi, le post Brexit est une source d’angoisse.

En utilisant des données compilées par ReportLinker, Euractiv s’est penché sur l’utilisation des fonds structurels au Royaume-Uni, leur impact et sur les conséquences du Brexit pour les bénéficiaires de ces fonds.

Sur les 41,5 milliards d’euros que le Royaume-Uni reçoit du budget européen 2014-2020, 11 milliards d’euros de fonds structurels sont versés dans le cadre de trois programmes : le Fonds européen de développement régional (FEDER), le Fonds social européen (FSE) et l’Initiative pour l’emploi des jeunes (IEJ).

Le FEDER  a pour but de renforcer la cohésion sociale et économique dans l’UE en gommant les déséquilibres économiques entre les régions, le FSE soutient la création d’emploi et l’égalité des chances, et quant à l’IEJ, elle soutient les jeunes au chômage ou sans diplôme vivant dans des régions où le taux de chômage dépasse les 25 %.

Au Royaume-Uni, l’Angleterre est la nation qui reçoit la majorité de ces fonds (7,1 milliards d’euros) et qui a plus de 700 projets approuvés pour le FEDER, le FSE et l’IEJ de 2014 à 2020. Le Pays de Galles est le deuxième plus gros bénéficiaire de ces trois programmes (2,4 milliards d’euros), suivi par l’Écosse (0,9 Md d’euros) et par l’Irlande du Nord (0,5 Md d’euros).

Selon le Département des communautés et des gouvernements locaux (DCLG), le ministère responsable de la gestion des fonds européens au Royaume-Uni, tous les projets FEDER signés avant que le Royaume-Uni ne décide de quitter l’UE seront financés durant leur durée.

Projets contre la pauvreté rurale menacés au Pays de Galle 

Le Pays de Galles est la nation qui reçoit le plus de fonds structurels per capita de toutes les régions britanniques, en absorbant 22 % de tous les fonds pour environ 4 % de la population totale.

Environ une personne sur quatre (23 %) vit dans la pauvreté au Pays de Galles, selon le parlement gallois et le travail d’organisations comme le Welsh Council for Voluntary Action (WCVA) est vital pour donner une chance aux populations les plus défavorisées.

Tessa White, responsable des bourses au WCVA, affirme que les fonds structurels européens ont un impact tout à fait positif sur le travail de l’organisation.

« Cela nous aide à nous assurer que de l’argent parvient aux organisations locales qui travaillent avec des personnes vulnérables », a-t-elle déclaré, faisant référence au Active Inclusion Fund, un programme soutenu par le FSE à hauteur de 6,5 millions d’euros et qui vise à trouver un emploi aux personnes peu qualifiées, au chômage depuis longtemps et économiquement exclues.

Néanmoins, le WCVA s’inquiète de l’avenir. « Au-delà du budget actuel, nous n’avons aucune garantie », craint Tessa White. « La corruption et la pauvreté rurale continueront d’être un problème au Pays de Galles, donc nous devrons trouver d’autres sources de financement. »

« Nous estimons que notre travail est précieux, puisque nous soutenons des centaines de services locaux et d’actions locales », a-t-elle ajouté tout en rappelant que la perte des fonds européens voudra dire qu’il faudra convaincre de nouvelles personnes des bienfaits des programmes du WCVA. « Nous avons espoir mais nous ne pouvons rien prendre pour acquis. »

Fonds structurels « primordiaux » dans le nord-ouest

Le nord-ouest reçoit plus de fonds structurels européens que n’importe quelle autre région d’Angleterre, avec 1,16 milliards d’euros du FEDER, du FSE et de l’IEJ pour la période 2014-2020.

Basée à Liverpool, la Womens Organisation doit recevoir un total de 1,8 millions d’euros du FSE et du FEDER pour deux projets dans le cadre du budget actuel. L’un vise à aider les femmes entrepreneurs à monter leur entreprise, et l’autre fournit des formations et des conseils pour que les femmes aient accès à l’emploi.

Maggie O’Carroll, responsable de l’organisation, estime que les fonds européens ont été « cruciaux pour soutenir l’égalité des genres » au Royaume-Uni et dans l’UE. Elle non plus ne sait toujours pas d’où viendront les futurs financements.

« L’impact des fonds européens est bien établi dans la région de Liverpool et dans notre cas, cela a permis à 350 femmes de créer leur entreprise chaque année, à 2 000 femmes de participer à des formations clés chaque année et à 300 entreprises dirigées par des femmes de se développer et même de s’internationaliser », raconte Maggie O’Carroll, qui espère que le gouvernement continuera d’investir dans des projets similaires après le Brexit. « La sortie de l’UE crée une ambiance d’incertitude. »

Fuite des cerveaux

La communauté de chercheurs de la région, connue dans le monde entier, craint aussi l’effet du Brexit sur son avenir.

Le centre d’innovation de l’ingénierie au graphène de l’université de Manchester a ainsi reçu une injection de capital de 5,5 millions d’euros du FEDER pour équiper ses nouvelles structures de recherche. Celles-ci créeront directement 44 emplois dans la recherche et pourront être utilisée lors de projets collaboratifs avec 22 entreprises technologiques.

« Cet investissement ponctuel de capital ne sera pas affecté par le Brexit », explique un porte-parole de l’université, qui admet que l’institution a eu de la chance d’obtenir ces financements avant le référendum.

Si les incertitudes entourant le financement de la recherche post-Brexit pourraient influencer d’autres décisions d’investissement, l’inquiétude la plus immédiate de l’université est de garder ses talents. « Les 270 personnes travaillant sur le graphène à l’université de Manchester représentent presque tous les pays du monde », assure-t-il.

« Il est important de garder une perspective internationale », ajoute-t-il, faisant écho à une déclaration de la vice-chancelière de l’université, qui estime que le Royaume-Uni doit continuer « de faire vraiment partie de l’Europe ».