Le Royaume-Uni compte restreindre l’immigration européenne après le Brexit

Pour les migrants européens, il sera plus difficile d'accèder au Royaume-Uni. [Shutterstock]

Londres devrait cesser de donner un accès privilégié à son territoire aux citoyens européens et introduire des lois centrées sur les travailleurs qualifiés.

Instauré en 2016 par Amber Rudd, alors ministre de l’Intérieur, le comité consultatif sur l’immigration (MAC) a été chargé d’évaluer l’impact de la migration européenne sur le marché du travail britannique, ainsi que d’orienter les politiques migratoires post-Brexit, après mars 2019.

« Si l’immigration ne fait pas partie de nos discussions avec l’UE et que le Royaume-Uni décide de son système d’immigration de manière autonome, nous recommandons l’adoption d’un système régulant toute l’immigration, sans conditions préférentielles pour les citoyens de l’UE », écrit le comité dans un rapport publié le 18 septembre.

Ses membres envisagent de suivre l’exemple du Canada, qui a « une approche ouverte et accueillante à l’immigration, mais aucun accord de libre-circulation ».

Nombre des conclusions du rapport devraient être mises en œuvre par le gouvernement de Theresa May dans son projet de loi sur l’immigration, reporté à plusieurs reprises, actuellement prévu pour cet automne. Celui-ci devrait énoncer les règles en matière d’immigration après la sortie de l’UE. Il devrait être salué par ceux qui espèrent que le Royaume-Uni utilise le Brexit pour renforcer ses contrôles de l’immigration.

Le gouvernement a déclaré à plusieurs reprises que la liberté de circulation, l’un des principes fondamentaux du marché unique de l’UE, prendra fin lorsque le Royaume-Uni quittera le bloc.

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« Le problème de la libre-circulation, c’est que seuls les migrants décident quelle sera l’immigration vers le Royaume-Uni, les résidents britanniques n’ont aucun contrôle sur son niveau et sa composition. Avec la libre-circulation, il n’y a aucune garantie que l’immigration soit dans l’intérêt des résidents britanniques », souligne le rapport.

Pour Dom Hallas, directeur exécutif de la Coalition pour une économie numérique, le rapport « confirme ce que la communauté des jeunes entreprises technologiques sait déjà – l’immigration hautement qualifiée est bénéfique pour la productivité et l’innovation au Royaume-Uni. Seule une approche ouverte peut garantir que cette migration se poursuive. »

« Le défi pour le gouvernement est de faire en sorte que le Royaume-Uni reste attractif pour les travailleurs hautement qualifiés dans un monde post-Brexit. Pour cela, il faut supprimer la bureaucratie inutile dans le système des visas », poursuit-il.

Le rapport du MAC recommande également que le régime des travailleurs saisonniers du secteur agricole soit le seul applicable aux travailleurs peu qualifiés, une proposition qui devrait rencontrer une opposition farouche de la part du milieu des affaires.

Ian Wright, directeur général de la Food and Drink Federation du Royaume-Uni, a ainsi averti que le rapport du MAC « n’offrirait pas à notre industrie la flexibilité nécessaire pour des emplois adaptés ».

Cependant, le rapport réfute les affirmations d’une partie des Brexiters selon lesquelles les migrants européens freinent la croissance des salaires des Britanniques, déclarant que « les preuves existantes et l’analyse que nous présentons dans le rapport suggèrent que l’immigration n’est pas un facteur déterminant majeur des salaires des travailleurs nés au Royaume-Uni ».

« Nous avons trouvé des preuves selon lesquelles l’impact est plutôt négatif pour les travailleurs peu qualifiés, alors qu’il est plutôt bénéfique pour les travailleurs plus qualifiés, mais l’ampleur de cet impact est généralement faible », expliquent les membres du comité.

Le rapport propose également la suppression du solde migratoire net, plafonné à 100 000 par an.

L’immigration a été au cœur de la campagne référendaire sur le Brexit en 2016. Avant la campagne, le Premier ministre de l’époque, David Cameron, avait été rabroué par d’autres dirigeants de l’UE lorsqu’il avait tenté de restreindre les droits des migrants européens aux prestations sociales britanniques.

Le rapport ajoute également que ressortissants de l’UE paient plus d’impôts qu’ils ne reçoivent d’aides de l’État britannique, soulignant que « la contribution nette positive aux finances publiques est plus importante pour les migrants de l’UE13+ que pour les migrants des États non membres ».

« Une approche plus sélective de la migration dans l’EEE, qui est impossible dans le cadre de la libre-circulation, pourrait avoir un impact encore plus positif sur les finances publiques », concluent ses auteurs.

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