Un Brexit dur pénaliserait lourdement le commerce extérieur

Une sortie sans accord du Royaume-Uni de l'Union européenne pourrait amputer à long terme de 1,7% le produit intérieur brut français, selon l'Insee, qui appelle toutefois à la prudence sur ce chiffrage, le sujet étant « entouré de beaucoup d'incertitudes » explique l'Insee. [Sheila Fitzgerald/Shutterstock]

Alors que la date butoir du 29 mars approche à grands pas, le flou persiste pour l’appareil exportateur français en cas de Brexit dur. Un article de notre partenaire, La Tribune.

À dix jours de la date officielle prévue à l’origine pour le Brexit, les entreprises sont plongées dans le flou le plus total. Actuellement, les partenaires européens étudient deux principales options selon l’agence de presse Reuters : un délai de deux à trois mois si Theresa May les persuade qu’elle peut trouver un accord à la Chambre des communes, ou une prolongation bien plus longue si elle accepte de se remettre au travail pour tenter de sortir de l’impasse. Si de multiples options restent sur la table, les économistes de l’Insee viennent d’établir des simulations sur l’impact économique du Brexit sur les échanges entre le Royaume-Uni et ses partenaires commerciaux. Et les résultats ne sont guère rassurants pour l’économie française.

« Au Royaume-Uni, l’incertitude sur le Brexit reste importante. En écartant l’hypothèse d’un Brexit sans accord, l’économie britannique se maintiendrait à faible régime. Les ménages outre-Manche ralentiraient leur consommation pour avoir une épargne de précaution. L’investissement des entreprises a diminué pour le quatrième trimestre consécutif pénalisé par l’attentisme en vue du Brexit. Dans les enquêtes de la banque d’Angleterre, les intentions d’investir ont aussi nettement baissé », a expliqué Clément Rousset, chef de la section zone euro à l’Insee ce mardi 19 mars.

Les entreprises françaises devraient ainsi pâtir de la décision du Brexit alors que le Royaume-Uni est un des pays avec lequel la France réalise régulièrement des excédents commerciaux. Rien qu’en 2018, l’excédent dépassait les 11 milliards d’euros selon un  bilan récent des douanes avec 32 milliards d’euros d’exportations pour 20 milliards d’euros d’importations. Alors que l’impact du commerce extérieur sur le produit intérieur brut français est souvent négatif sur les deux dernières décennies, le départ du Royaume-Uni pourrait encore empirer ces résultats décevants.

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Alors que les 28 doivent évoquer, jeudi 21 mars au Conseil européen, une éventuelle extension qui serait accordée au Royaume-Uni pour rester dans l’UE, la France montre les dents.

Un coût de 1,7% sur le PIB en cas de Brexit dur

À plus long terme, les économistes de l’Insee estiment que le produit intérieur brut de la France  pourrait être amputé de 1,7% dans le cas d’un Brexit sans accord, ou « dur ». Dans le détail, si la France n’est pas le pays le plus exposé en Europe contrairement à l’Irlande ou l’Allemagne par exemple, l’économie tricolore pourrait subir des répercussions négatives relativement importantes. Un divorce sans accord pourrait coûter 0,6% au produit intérieur brut hexagonal en prenant en compte seulement la hausse des tarifs douaniers. La France serait ainsi le huitième pays le plus touché de l’Union européenne dans le scénario d’un Brexit dur. Dans le détail, environ « 40 % du choc proviendrait des services et près d’un quart serait supporté par les produits manufacturés hors matériels de transport »L’internationalisation des chaînes de valeur et de production complique également la tâche pour un certain nombre d’entreprises européennes qui ont des sites de production outre-Manche.

Outre les conséquences d’une augmentation des tarifs douaniers sur les flux de biens et services, les échanges pourraient également être plombés par une multiplication des obstacles liées à des contraintes réglementaires, techniques ou administratives supplémentaires. Ce qu’on appelle les barrières non tarifaires. En effet, les temps de contrôle de produits aux frontières, les normes sanitaires et réglementaires, les certifications nécessaires pour certains produits, la reconnaissance des diplômes et des formations professionnelles pourraient peser sur la rapidité et l’efficacité des échanges. « Les barrières non tarifaires sont susceptibles d’accroître significativement l’effet du Brexit sur la valeur ajoutée des partenaires commerciaux du Royaume-Uni à un horizon plus long que celui des droits de douane » explique l’Insee dans sa dernière note de conjoncture. L’institut de statistiques estime que « l’activité économique française serait affectée à moyen terme de 0,3 % en raison des seules nouvelles barrières non tarifaires dues au Brexit dans le cas du scénario soft et 1,1% dans le cas d’un hard Brexit ».

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À deux semaines du Brexit, le secteur du transport et de la logistique tente d’anticiper les éventuels droits de douane et contrôles renforcés. Mais les entreprises comme l’administration n’ont pas le personnel nécessaire.

Le secteur agroalimentaire en première ligne

Les résultats exposés dans les travaux de l’Insee signalent que, dans l’hypothèse d’un Brexit dur, le secteur agroalimentaire serait le plus touché à la fois par une hausse des droits de douane (+20% en moyenne) et les barrières tarifaires (+15%) en moyenne. Selon des chiffres communiqués par l’association nationale des industries alimentaires (Ania), le total des exportations agroalimentaires françaises s’élevait à 44,3 milliards d’euros en 2015. Sur ce total, 14% des ventes tricolores étaient à destination du Royaume-Uni. Ce qui représente environ 6 milliards d’euros en valeur.

Outre l’agroalimentaire, les biens manufacturés seraient également frappés par les deux types de barrière. En revanche, les services en général et plus spécifiquement services financiers ou les réseaux d’énergie et de transport ne seraient pas ou quasiment pas touchés par des tarifs de douane supplémentaires. À quelques jours de l’échéance, le doute persiste.

La Tribune

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