Un Conseil européen technique pour désamorcer les tensions

La France souhaite notamment avancer sur le sujet des garde-frontières plutôt que de débattre des migrations

Les chefs d’État européens sont réunis à Bruxelles trois jours durant. La France espère éviter de rouvrir le débat politique éternel autour des migrations et avancer sur des aspects concrets, dont le Brexit même si l’accord final n’est pas prêt.

Un Conseil européen inhabituel, focalisé sur la question du Brexit se déroule à Bruxelles les 17 au 18 octobre. Les chefs d’État européens, qui s’étaient largement écharpés lors de leurs dernières rencontres en juin à Bruxelles et en septembre à Salzburg, devraient cette fois tenter de mettre leurs différends de côté. L’accord prévu sur le Brexit n’est pas prêt, ce qui limite la portée de la rencontre censée finaliser la sortie du Royaume-Uni de l’UE.

Les divisions sur l'immigration minent le Sommet de Salzbourg

Au sommet informel de Salzbourg, les divergences sont restées nombreuses entre les dirigeants européens sur la question de la gestion des migrations, tandis que celle du Brexit fait davantage consensus.

Theresa May privée de dîner

Le format inhabituel de la rencontre illustre la position tranchée de l’organisateur, le président du Conseil européen, Donald Tusk, face aux Britanniques : la Première ministre britannique Theresa May doit démarrer les hostilités mercredi soir à 19 heures lors d’une déclaration auprès de ses partenaires, qui iront ensuite dîner sans elle, dans la pièce à côté. Un dispositif peu convivial, qui exprime la lassitude des Européens face aux atermoiements britanniques.

Les dernières négociations avaient en effet échoué en raison de la position de l’aile droite du parti conservateur britannique, qui a refusé une prolongation de plusieurs années de l’union douanière après le Brexit.

La disposition proposée par les Européens visait à éviter qu’une frontière sépare de nouveau le Nord et le Sud de l’Irlande.

« Et ce n’est pas le seul problème sur lequel les discussions ne sont pas terminées » reconnait une source à l’Élysée, où l’on souhaite néanmoins que les discussions aboutissent dans « les prochaines semaines ».

L’accord du Brexit ne sera donc pas finalisé le 17 octobre, et pourrait nécessiter une nouvelle rencontre des chefs d’État d’ici la mi-novembre, « au plus vite » plaide la France.

La date limite du 29 mars 2019 pour conclure un accord, soit exactement 2 ans après la notification officielle du Brexit à l’UE, pourrait être repoussée si le Royaume-Uni en fait la demande et si les 27 acceptent. Ce  délais n’est toutefois pas souhaitable en raison des élections européennes de mai 2019, et la mauvaise image de l’UE qu’il renverrait aux électeurs déjà peu motivés par le scrutin.

Discussion technique sur les migrations et le climat

Jeudi 18 octobre, les chefs d’Etat se retrouveront dans la matinée à 28 pour aborder les enjeux géopolitiques :  sécurité, migration, climat et situation internationale seront à l’ordre du jour.

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Le rêve européen d’Emmanuel Macron s’est heurté à un mur d’enjeux politiques nationaux lors du Conseil européen. La droitisation de l’agenda européen contrarie les réformes de fond.

La France espère toutefois éviter de rouvrir les conflits politiques sur ces sujets, et appréhende ces discussions d’un côté technique. « Il s’agit d’accélérer l’adoption de texte comme la modification de la directive « retour » pour la gestion des migrations, et d’acter le renforcement de Frontex à 10.000 hommes en 2020 » explique l’Élysée.

À la tête de la présidence tournante de l’UE, le chancelier d’Autriche Sebastian Kurz présentera aussi l’état de son dialogue avec des États hors UE qui pourraient accueillir des plates-formes de gestion de migrants. « Mais seulement sur l’exemple de ce qui se fait déjà avec l’Office des migrations internationales et le Haut-Commissariat aux réfugiés qui gèrent les centres. Il ne s’agit pas de centres fermés »  prévient une source à l’Élysée.

L’enjeu du climat sera aussi abordé, alors que les ministres de l’Environnement ont ouvert la voie à une révision à la hausse de l’engagement de l’UE pour 2040 : un test pour l’ambition des chefs d’État sur le sujet, qui pourrait être annoncé d’ici la COP24 en décembre.

Zone euro et multilatéralisme

Les 18 pays de la zone euro se réuniront ensuite pour évoquer les questions économiques et l’agenda de réformes de la zone euro, un sujet qui sera prioritaire lors du sommet européen de décembre prochain. Les trois sujets en débat sont toujours la finalisation de l’union bancaire et la réforme du mécanisme européen de stabilité, ainsi que la création d’un budget minimal commun de la zone euro, sur lequel un accord de principe et du bout des lèvres a émergé au printemps dernier.

Les discussions ne devraient pas s’éterniser d’autant que le sommet se prolongera jeudi  18  et vendredi 19 par une rencontre UE-Asie dans le cadre de l’ASEM, avec les Premiers ministres de tous les pays d’Asie dont la Russie, le Japon ou la Chine. La défense du multilatéralisme, attaqué de toute part aussi bien sur les questions du climat, du commerce ou de gestion des crises à l’ONU, sera une priorité pour les partenaires européens et asiatiques  face au désengagement progressif américain.

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