Un million de manifestants réclament un nouveau référendum sur le Brexit 

epa07458608 "Ils sont fous ces Britanniques", dit Obélix dans la manifestation contre le Brexit du 23 mars 2019 à Londres. [EPA-EFE/NEIL HALL]

« UE, je t’aime » : des centaines de milliers de personnes ont défilé à Londres pour réclamer un nouveau référendum sur le Brexit, en pleine incertitude sur un nouveau vote de l’accord de divorce aux députés.

« Nous demandons un vote populaire », « Quitter (l’UE) ne marchera pas », « Révoquons l’article 50 » (du Traité de Lisbonne, qui régit la sortie d’un pays de l’UE), pouvait-on lire sur les pancartes des manifestants, venus des quatre coins du Royaume-Uni en voiture, bus ou train.

La foule, massive, dense et enthousiaste a défilé dans le centre de la capitale britannique le 23 mars, non loin des bureaux de Theresa May au 10, Downing Street, chantant des airs anti-Brexit et brandissant des drapeaux européens, parfois en forme de cœur.

La Première ministre, Theresa May, en a d’ailleurs pris pour son grade, avec de nombreuses caricatures la dépeignant en dirigeante complètement dépassée par les événements. La Première ministre « doit partir, nous devons révoquer l’article 50 », a déclaré à l’AFP Emma Sword, une manifestante.

« Je suis vraiment bouleversée », a renchéri une autre participante, Caroline Roma. « Je pense qu’ils n’en discutent pas et qu’ils n’y ont pas réfléchi. Je pense que les gens qui nous ont soumis ce vote sur le Brexit n’avaient même pas de plan. Ils n’ont jamais eu de plan. Je ne crois même pas qu’ils pensaient qu’ils allaient gagner. »

L’organisation People’s vote, qui milite pour un nouveau référendum, a estimé à environ un million le nombre de participants, Scotland Yard ne fournissant aucun chiffre de son côté. Une manifestation similaire en octobre avait réuni près de 700 000 manifestants dans la capitale britannique.

epa07458290 Des centaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues de Londres pour appeler à un nouveau référendum sur l’Europe. [EPA-EFE/NEIL HALL] [EPA-EFE/NEIL HALL]

Le report, une « opportunité »

Cette marche intervient deux jours après la décision des dirigeants européens d’accorder au Royaume-Uni un report du Brexit au-delà de la date initialement prévue du 29 mars. Ils ont fixé désormais au 12 avril au plus tôt l’échéance fatidique, près de trois ans après le référendum qui a décidé d’une sortie de l’UE.

Farouche opposante au Brexit, la Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, qui participait à la manifestation, a appelé ceux qui rejettent une sortie de l’UE à profiter « au maximum de l’opportunité » offerte par le délai accordé par Bruxelles.

Egalement dans les rangs des manifestants, Tom Watson, le numéro 2 du Labour, principal parti d’opposition au Royaume-Uni, s’est dit prêt à voter pour un accord de Brexit, mais à condition que Theresa May « laisse le peuple voter » aussi.

L’option d’un second référendum avait été rejetée le 14 mars par la Chambre des Communes, et rencontre l’opposition de Theresa May, mais ses partisans espèrent que le chaos ambiant au Royaume-Uni finira par rendre cette option inévitable.

Samedi également, la pétition en ligne demandant au gouvernement de renoncer au Brexit dépassait les 4,5 millions de signatures, un record pour une telle initiative sur le site du Parlement.

Theresa May tentait péniblement de son côté de rallier les soutiens derrière son accord de retrait de l’Union européenne, afin de le soumettre au vote des députés la semaine prochaine. Son adoption entraînerait, selon les conclusions du sommet européen, un court report technique du Brexit jusqu’au 22 mai.

Les dirigeants acceptent un report du Brexit sous conditions

Les dirigeants européens sont prêts à accorder un délai de 8 semaines au Brexit, à condition que la chambre des communes approuve l’accord de retrait la semaine prochaine.

May devenue un « obstacle »

L’affaire est cependant loin d’être gagnée: conclu après 17 mois de difficiles négociations avec Bruxelles et destiné à mettre en œuvre un Brexit en douceur, le texte est très loin d’avoir convaincu les députés britanniques qui l’ont déjà rejeté, massivement, à deux reprises, le 15 janvier puis le 12 mars.

Sentant à nouveau le vent du boulet, la dirigeante conservatrice a prévenu dans une lettre adressée aux députés qu’un troisième vote pourrait ne pas avoir lieu, « s’il apparaît qu’il n’y a pas suffisamment de soutien pour représenter » l’accord.

Une autre option était discutée à Londres: la possibilité d’organiser une série de votes indicatifs pour déterminer les desiderata du Parlement.

Critiquée de tous côtés, semblant naviguer à vue, la Première ministre affrontait en outre des « pressions » pour « fixer la date de son départ » de Downing Street, rapportait le Times. Elle aurait d’ailleurs promis de démissionner dès que l’accord de Brexit était validé par le parlement.

« On m’assure de source fiable que Theresa May a dit à Boris Johnson, Iain Duncan Smith, Steve Baker, Jacob Rees-Mogg, David Davis et d’autres réunis à Chequers qu’elle démissionnerait s’ils votent pour son accord, backstop y compris », écrit le 25 mars Robert Peston, chef du service politique d’ITV. « Elle n’a toutefois pas donné de détails. Il n’y a donc pas beaucoup de certitude qu’elle démissionnera effectivement. »

Le chef du service politique du Sunday Times avait fait état samedi d’une « fronde gouvernementale en bonne et due forme ». Onze membres de l’exécutif seraient selon lui décidés à la contraindre d’annoncer une date pour sa démission à l’occasion d’un conseil des ministres.

« C’est le moment, Theresa », titre pour sa part le Sun. La seule façon pour la Première ministre d’obtenir l’adoption du plan de sortie de l’UE, c’est d’annoncer la date de sa démission, écrit l’éditorialiste du tabloïd.

 

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