Un rapport de la Commission met en évidence les lents progrès de la stratégie de Lisbonne [FR]

Cet article fait partie de l'édition spéciale European Business Summit.

En dépit de leurs efforts et de quelques chiffres encourageants dans le domaine de l’emploi, la plupart des Etats membres de l’UE n’ont pas relevé le défi de maintenir l’Europe compétitive à long terme, a déclaré l’exécutif européen mercredi (27 janvier). Les experts ont ainsi noté que l’objectif visant à faire de l’UE l’économie de la connaissance la plus dynamique avant 2010 n’est rien de plus qu’une illusion, spécialement à la suite des crises financière et économique.

Un taux d’emploi plus élevé dans tous les Etats membres, à l’exception du Royaume-Uni, et une augmentation du PIB de l’UE de 2,8 % à la fin de 2007 ont constitué des « avancées significatives », a déclaré un porte-parole de la Commission à EURACTIV après la présentation du rapport annuel relatif aux progrès de la mise en œuvre de la stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi dans les Etats membres. 

Il a souligné que les récents efforts posent une « base solide » pour l’avenir.

En réalité, l’objectif ambitieux de l’UE visant à garantir que 70 % des Européens fassent partie du marché du travail semble hors d’atteinte (le taux actuel est de 65,5 %) voire impossible au vu de la crise actuelle. Le taux de chômage devrait même augmenter de 2,5 points de pourcentage en Europe.

En outre, l’évaluation positive de la Commission ne prend pas en compte le manque de progrès, ou la stagnation dans certains cas, dans des secteurs tels que l’investissement dans la R&D et l’accès à l’Internet à haut débit, qui sont considérés comme essentiels à la compétitivité européenne. 

La R&D reste le défi clé 

Une grande majorité des Etats membres (19) considèrent toujours l’investissement dans la R&D et l’innovation comme un défi clé pour les années à venir, selon les données Eurostat présentées dans le rapport de la Commission.

Il n’y a eu toutefois aucune augmentation des dépenses publiques dans ces secteurs. Les investissements restent stables, à 1,84 % du PIB. Les données montrent que cette situation provient principalement de la stagnation de l’investissement dans les quatre plus grands Etats membres de l’UE : l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France et l’Italie. 

Parmi les économies qui mettent l’accent sur la recherche, seule l’Autriche a sensiblement augmenté ses dépenses dans ce secteur: jusqu’à 2,6 % de son PIB, selon les chiffres, soit près de l’objectif des 3 % fixés par les Etats membres. Actuellement, seules la Suède et la Finlande sont au dessus de cet objectif (respectivement 3,5 % et 3,6 %).

Les pays scandinaves, l’Allemagne et le Royaume-Uni, sont les seuls pays dont les indices d’innovation sont comparables à ceux des Etats-Unis et du Japon, les deux principaux concurrents de l’UE. Concernant l’ensemble de l’UE, bien que le fossé continue de se réduire, il reste toutefois important, selon la Commission.

L’Internet à haut débit pour tous reste un objectif lointain

Elargir la couverture du haut débit dans l’UE est un objectif qui est considéré comme crucial pour maintenir la base innovatrice et la compétitivité de l’UE. L’exécutif européen l’a démontré hier (28 janvier) : il a en effet réalloué 1 milliard d’euros du budget européen non dépensé pour développer l’Internet à haut débit dans les zones rurales (EURACTIV 29/01/09). 

Bien que le nombre de lignes à haut débit ait plus que doublé entre juillet 2005 et juillet 2008, 30 % de la population rurale de l’UE n’a toujours pas accès à Internet, a indiqué la Commission, soulignant que la situation est très différente selon les pays. 

A l’instar des chiffres de la R&D, les pays scandinaves sont également à l’avant-garde de l’accès au haut débit, alors que la majorité de l’Europe de l’Est reste toujours à la traîne. 

L’UE, une économie basée sur la connaissance? Rien de plus qu’une « illusion »

Commentant les indicateurs de l’innovation, Bruno van Pottelsberghe, expert du think tank économique Bruegel, basé à Bruxelles, a déclaré que l’innovation, essentielle à la croissance à long terme, va dans la mauvaise direction. 

Au vu des chiffres, l’objectif visant à faire de l’UE l’économie de la connaissance la plus dynamique et la plus compétitive du monde avant 2010 n’est rien de plus qu’une « illusion », a-t-il déclaré à EURACTIV. 

La plupart des recommandations de la Commission (27) appellent à des progrès dans les domaines de la R&D et de l’innovation.

La politique en faveur des PME considérée comme de plus en plus importante

En outre, les Etats membres attachent de plus en plus d’importance aux besoins des petites et moyennes entreprises (PME), souvent considérées comme le pilier de l’économie européenne. 

Des mesures récentes, comme l’adoption du Small Business Act (SBA, voir le LinksDossier EURACTIV) ou l’augmentation de l’accès des PME au financement, ont fait avancer les choses dans la bonne direction, selon la Commission. Mais l’exécutif européen a néanmoins critiqué le manque d’envergure internationale de telles entreprises ainsi que les charges administratives qu’elles doivent subir.

L’investissement dans le capital humain est insuffisant

L’envergure de la crise économique actuelle a souligné le besoin de revaloriser les compétences dont le marché du travail a besoin. Toutefois, on a réalisé que peu de progrès quant à l’amélioration des conditions de travail des plus âgés et des travailleurs peu qualifiés, a indiqué la Commission.

Un certain nombre d’Etats membres sont même confrontés à une diminution préoccupante des fonds destinés aux programmes de formation continue, selon le texte de la Commission. Celui-ci accuse les gouvernements d’ignorer le fait que de nouvelles compétences sont d’une importance fondamentale pour la croissance et la productivité. 

A la fin de l’année dernière, la Commission a lancé une initiative visant à promouvoir de nouvelles compétences en Europe (EURACTIV 17/12/08). Cette question devra également être examinée dans le cadre de l’année européenne de la créativité et de l’innovation (lire l’entretien d’EURACTIV avec le commissaire à l’Education Jan Figel en vue du lancement de l’année européenne 2009).

L’éducation en bas du classement

En outre, contrairement aux promesses faites aux citoyens, selon lesquelles l’investissement dans le capital humain est la clé de la croissance à l’avenir, les dépenses publiques dans le domaine de l’éducation entre 2005 et 2007 ont baissé de 5,2 % à 5 % du PIB national. Mais les données diffèrent grandement selon les pays de l’UE : par exemple, le Danemark dépense 8 % alors que la Roumanie moins de 4 %.

La flexicurité: une solution à court terme

La Commission a également critiqué la plupart des Etats membres pour n’avoir pas réussi à mettre en place des politiques actives dans le secteur du marché du travail, afin que les citoyens conservent leurs emplois et que les chômeurs retrouvent du travail.  

Le modèle nordique de flexicurité (cf. Linksdossier  d’EURACTIV), qui associe des règles facilitées de recrutement et de licenciement à des allocations importantes pour les chômeurs, était la bonne approche pour répondre à la crise actuelle, a indiqué la Commission. 

Mais l’exécutif européen a ajouté que seulement quelques Etats membres ont mis en place de véritables stratégies. A cet égard, les efforts globaux des gouvernements sont insuffisants, a conclu la Commission.

En 2000, l’UE a lancé son ambitieuse stratégie de Lisbonne, qui vise à faire de l'UE l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde d’ici à 2010 (voir notre LinksDossier). 

Après cinq ans de piètres résultats, les dirigeants de l’UE ont relancé la stratégie en mars 2005, mettant l’accent sur la croissance et l’emploi. Cette réorientation implique également plus d’initiative pour les Etats membres par le biais de plans d'action nationaux. 

Les priorités de l’Agenda de Lisbonne des trois dernières années, exposées dans le rapport stratégique de la Commission, ont été approuvées lors du Sommet européen du printemps 2008.

En réponse à l’inquiétude croissante du public au sujet du changement climatique, du vieillissement de la population et de l’exclusion sociale, les chefs d’Etat et de gouvernements européens ont déclaré qu’ils avaient décidé d’ouvrir l’agenda de Lisbonne au-delà de sa thématique purement focalisée sur la croissance et l’emploi au cours de ces trois dernières années, et de mettre l’environnement et les citoyens au premier plan (EURACTIV 18/03/08). 

Compte tenu de la débâcle économique actuelle, la tendance a de nouveau changé : la création d’emploi et l’augmentation de la compétitivité sont de nouveau les priorités clés de l’UE. 

  • 19-20 mars 2009 : le Conseil de printemps doit adopter des recommandations spécifiques pour un certain nombre de pays.

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