Référendum sur l’Europe: voler au secours de David Cameron ou pas?

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Après sa réélection comme Premier ministre, David Cameron, a entamé une visite dans les principales capitales européennes pour exiger une réforme en profondeur de l’UE. Avec un succès tout relatrif. 

Patrick Martin-Genier, spécialiste des questions politiques, européennes et des collectivités territoriales, enseigne à l’Institut d’études politiques de Paris.

Un front du refus dans les capitales européennes?

Le moins que l’on puisse dire est que l’accueil du dirigeant britannique n’a pas été des plus chaleureux, malgré toutes les précautions prises pour éviter de donner l’impression d’un différend profond avec entre David Cameron et les autres dirigeants européens.

Car la question qui se pose clairement aujourd’hui est de savoir si les pays de l’Union européenne feront tout, dans les mois qui viennent, pour aider David Cameron à gagner son référendum sur l’Europe et éviter un « Brexit », c’est-à-dire une sortie de ce pays de l’Union européenne à l’horizon 2017 voire 2016. Cela n’est pas certain au vu du voyage effectué au lendemain de sa réélection dans les capitales européennes, qui s’est soldé par une sorte de non-recevoir assorti de toutes les précautions diplomatiques.

Le Premier ministre, à la veille de cette tournée, avait reçu Jean-Claude Junker, président de la Commission européenne, avec tous les honneurs aux Chequers, la résidence des Premiers ministres britanniques. Pourtant M. Cameron l’avait combattu avec acharnement lors de sa candidature à la présidence de la Commission, qualifiant même la nomination de l’ancien Premier ministre luxembourgeois de « grave erreur » et de « jour sombre » pour l’Europe.

M. Junker aura apprécié cet hommage un peu tardif… Toutefois, d’une part, en vieux routier de la politique, Jean-Claude junker n’a pas été dupe des intentions de David Cameron. D’autre part, institutionnellement, le président de la Commission ne dispose d’aucun pouvoir de décision pour réformer les traités, procédure qui reste la responsabilité exclusive des chefs d’État et de gouvernement.

Hollande-Merkel : une convergence réelle ou en trompe-l’œil?

Dans les capitales européennes les espoirs n’ont pas été au rendez-vous. François Hollande et Angela Merkel avaient déjà fait savoir qu’une révision des traités n’était pas d’actualité… Lors de sa visite à Berlin pour rencontrer la chancelière allemande quelques jours plus tard, Mme Merkel avait adopté un langage plus conciliant sur la forme. Toutefois, le discours de la chancelière est resté ferme sur le fond. Mme Merkel, qui redoute comme beaucoup d’autres dirigeants européens le « Brexit », n’a pas voulu fermer la porte à toute révision des traités, afin de permettre à M.Cameron de ne pas partir bredouille de Berlin, tout en mettant en doute l’opportunité de mettre d’emblée la question sur la table.

M. Rafal Trzaskowski, ministre polonais des Affaires européennes, s’est quant à lui offusqué de la proposition de David Cameron de ne plus verser de prestations sociales aux ressortissants communautaires non britanniques travaillant en Grande-Bretagne, ce qui constituait en effet une claire violation des règles relatives à la libre circulation des travailleurs et salariés.

David Cameron tancé par Barack Obama

De retour en Grande-Bretagne, après que le président Barack Obama l’eût fortement incité à faire campagne pour le « oui » lors du sommet du G7, les ennuis se sont accumulés à l’occasion du débat parlementaire sur le référendum. Beaucoup de députés se sont offusqués que le Cameron menace de limoger les ministres eurosceptiques qui feraient campagne pour la sortie de l’Union européenne. Malgré le démenti du Premier ministre, ce dernier n’a pas convaincu.

De même qu’il n’a pas convaincu les eurosceptiques de tous les partis politiques de sa capacité à négocier des traités européens pour rapatrier certaines compétences de l’Union vers les États membres. De fait, personne aujourd’hui ne sait vraiment ce que veut M.Cameron… Un rassemblement d’une cinquantaine de députés vient de se former pour faire pression sur le Premier ministre sur cette réforme de l’Europe.

On le voit : la situation est très risquée pour M.Cameron et, malgré une victoire éclatante aux élections législatives, il apparaît clairement que son poste pourrait être en danger en cas d’une révolution de palais au sein même du parti conservateur extrêmement déchiré sur cette question. Il n’est plus question de « surfer » sur la vague de la victoire électorale comme le lui a reproché la cheffe provisoire de l’opposition travailliste lors du débat parlementaire sur le référendum en utilisant l’expression « gloating ».

Il s’agit désormais d’éviter les écueils redoutables de cette consultation populaire qui, malgré les sondages favorables à l’Europe, s’annonce plus difficile que prévu… Ce n’est pas pour autant que les Européens devront accepter de sacrifier les principes inhérents à l’Europe créée par les Pères fondateurs.

Car rapatrier des compétences vers la Grande-Bretagne vaudrait aussi pour les autres pays de l’Union : cela ne saurait être une réforme de l’Europe, mais un retour en arrière, le début du détricotage de l’Europe des Pères-fondateurs. Cela ne serait pas acceptable.

Cette opinion a initialement été publiée sur le site du Huffington Post

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