«Les États-Unis prennent exemple sur l’UE pour la dépénalisation des drogues»

Dimitris Avramopoulos

Internet est une mine d’or pour les vendeurs de nouvelles drogues, et les autorités de prévention ne parviennent pas à suivre, prévient Alexis Goosdeel. Un article d’EURACTIV Allemagne.

Alexis Goosdeel est directeur de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EMCDDA).

Le rapport annuel de l’EMCDDA sur l’utilisation de drogues en Europe avertit que la consommation de drogue de synthèse aux effets secondaires inconnus est en augmentation chez les jeunes. De quel type de drogues s’agit-il ?

Cela diffère d’un pays à l’autre, à la fois en termes d’âge des consommateurs et de type de drogue. Notre recherche indique cependant que de plus en plus de jeunes consomment de la MDMA. Cette drogue était jusqu’ici surtout limitée à la scène techno, mais sa consommation en dehors des boîtes de nuits et des soirées augmente. Il est donc plus difficile de la contrôler.

Selon certaines études, la MDMA fait partie des drogues les plus populaires en soirées. Après le speed, c’est la drogue la plus consommée dans les milieux technos. Pourquoi l’utilisation de ces substances est-elle en augmentation ?

La structure chimique des drogues de synthèse leur confère un grand potentiel. Il suffit d’un petit volume pour générer un très grand nombre de doses. Les substances de synthèse proviennent souvent de Chine ou d’Inde, mais leur production en Europe est également de plus en plus importante. Depuis des années, on utilise des conteneurs maritimes pour faire entrer de la drogue en Europe et aux États-Unis. Il est difficile d’effectuer des contrôles systématiques, mais heureusement toutes ces drogues n’ont pas trouvé de marché favorable.

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Les overdoses mortelles sont de plus en plus nombreuses dans certains pays. De quelles drogues et quels pays s’agit-il ?

Les chiffres augmentent dans des pays comme l’Irlande, le Royaume-Uni, la Finlande ou la France. Nous ne savons pas pourquoi. Ce que nous savons, c’est que dans 18 des 28 États membres, de plus en plus de décès sont liés aux opioïdes et à l’héroïne. Reste toujours la même question : d’où viennent ces substances ? L’une des hypothèses les plus probables est que la méthadone, censée être un traitement contre les addictions, est entrée sur le marché noir. Dans certains de ces pays, la méthadone n’est pas utilisée, de peur qu’elle soit détournée de son rôle original. Je pense toutefois que les normes dans ce secteur sont adéquates et nous n’avons aucune indication de mauvaise utilisation de ce traitement. Les analyses toxicologiques indiquent que les overdoses arrivent souvent à cause d’une combinaison de plusieurs substances.

Rien qu’en 2015, 98 substances psychoactives étaient en circulation en Europe. Cela signifie que plus de 560 drogues qui sont sur le marché ont des effets sanitaires inconnus. Certains avertissent également que les consommateurs pourraient être utilisés comme cobaye pour une nouvelle génération de drogues de synthèse. Politiquement parlant, que peut-on faire ?

C’est une question compliquée, parce que les producteurs et les consommateurs évoluent. Cela dit, le simple fait que des producteurs et des dealers vendent de nouvelles drogues dont les dangers sont inconnus suffit à inquiéter. Les fabricants étendent également leur clientèle sur Internet. Il existe des initiatives et ONG nationales opérant des programmes de prévention. Ceux-ci permettent de chercher les vendeurs sur Internet. Les habitués achètent de moins en moins via les canaux traditionnels.

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Les recherches indiquent qu’Internet et les réseaux sociaux sont de plus en plus utilisés à cette fin.

Oui, Internet est en train de devenir le marché principal. Les plateformes en ligne permettent de trouver de nouveaux clients. Les gens y parlent de leur expérience et certains groupes encouragent la consommation. Le gros problème, c’est que nous sommes toujours en retard sur les dealers.

Dimitris Avrampopoulos, commissaire aux affaires intérieures, a réagi à la publication de l’étude en appelant les fournisseurs Internet à se pencher sur le problème. Que peut-on réellement faire ?

C’est en effet un défi de taille. Les jeunes, les « natifs de l’ère numérique », communiquent différemment. Les moyens que nous utilisions avant pour avertir les gens et faire de la prévention ne sont plus aussi efficaces. Nous devons atteindre les consommateurs qui font des achats en ligne et les informer sur les risques de ces substances.

Il n’y a pas de panacée, mais dans certains cas, nous pouvons identifier où les drogues sont vendues. En principe, les fournisseurs doivent faire la même chose pour les drogues que pour les armes ou la pornographie. L’initiative du commissaire est d’analyser la situation, de consulter des spécialistes des États membres et d’encourager l’échange d’informations entre les États membres. C’est une étape importante, Internet n’a pas de frontière.

Bien sûr, cela ne suffit pas. Il faut également mettre en place des solutions locales, parfois très simples. Dans les endroits où les gens consomment de la drogue, comme les boîtes, il faut qu’il y ait de l’eau en suffisance. L’ecstasy, la MDMA et d’autres drogues de synthèse peuvent causer une déshydratation extrême.

Pensez-vous que la politique européenne est insuffisante ?

Non. À ce jour, nous avons 28 pays qui coopèrent assez bien quand de nouvelles substances entrent en circulation. La collecte et le partage de ce type d’informations sont essentiels. Il y a 20 ou 30 ans, cela n’existait pas.

Il faut également souligner un certain nombre de réussites. Les traitements contre les addictions sont devenus plus efficaces, ce qui a aussi limité le nombre d’infections VIH. Les États-Unis prennent aujourd’hui exemple sur l’Europe pour la dépénalisation de l’utilisation de drogue. Nous nous dirigeons vers un modèle dans lequel les jeunes ne se retrouvent pas en prison parce qu’ils ont consommé de la drogue.

Au niveau politique, quelles sont les prochaines étapes ?

L’objectif est de développer un système d’alarme rapide à l’apparition de nouvelles substances. Il est crucial d’échanger des informations sur l’utilisation, la toxicologie et la stratégie. L’Europe est la seule région du monde qui a récolté assez de données ces 20 dernières années pour pouvoir développer des stratégies différentes pour l’avenir.

Il est toutefois important de se souvenir que les drogues changent. Nous devons analyser la situation, afin de pouvoir prévoir les problèmes qui nous attendent et décider comment commencer à y répondre.

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