La Commission veut s’attaquer à l’antiobiorésistance

Vytenis Andriukaitis lors de la journée contre la résistance aux antimicrobiens, le 18 novembre. [Sarantis Michalopoulos]

La Commission va pousser les États à mieux coordonner leurs plans d’actions nationaux contre la résistance aux antimicrobiens. Entretien avec le commissaire à la santé, Vytenis Andriukaitis.

Vytenis Andriukaitis a été député parlementaire et ministre de la Santé en Lituanie avant d’être nommé commissaire à la santé et à la sécurité alimentaire par Jean-Claude Juncker.

Les ONG de la santé estiment que la politique européenne contre la résistance aux antimicrobiens (AMR) pour 2011-2016 n’a pas été efficace. L’augmentation incessante du phénomène au niveau européen vous inquiète-t-elle ?

C’est un problème très important, une menace majeure, qui a des conséquences dangereuse pour l’humanité. Les ONG « maximalisent » parfois les choses, et ça me plait. Elles font du bon boulot et nous devons toujours avoir ce type de surveillance pour nous motiver tous.

Laissez-moi cependant faire remarquer que parfois les ONG ne font pas tout parfaitement. Au sein de la société européenne, je vois un manque de prise de conscience.

>> Lire : La résistance aux antibiotiques menace la santé des Européens

Pourquoi dites-vous cela?

Je vais vous expliquer avec un exemple. Hier [le 17 novembre], nous avons fait une expérience avec trois pharmacies autour du rond-point Schuman, à Bruxelles, et nous avons réalisé que rien qu’à elles trois, elles vendent environ 41 paquets d’antibiotiques par jour. Si l’on compte qu’il y a 5 000 pharmacies en Belgique, cela fait près de 205 000 paquets d’antibiotiques vendus tous les jours. Et qui sait combien sont vendus illégalement, sans prescription ?

Ma question aux ONG est donc de savoir pourquoi nos journées de sensibilisation sont aussi peu efficaces. Nous devrions informer la population de manière plus continue. La prise de conscience est la grande priorité. La mauvaise utilisation, l’excès et la non-utilisation, dans certains cas, des antibiotiques sont un problème énorme.

L’évaluation du plan d’action contre la résistance antimicrobienne [2011-2016] a montré que celui-ci avait une vraie valeur ajoutée : les États membres ont pris des mesures en adoptant des plans nationaux et la coopération internationale a été renforcée. L’an dernier, nous [la Commission] avons publié des orientations sur l’utilisation des antimicrobiens dans la médecine vétérinaire. Le mois prochain, nous ferons la même chose pour la médecine humaine. L’évaluation a également indiqué que la Commission avait investi plus d’un milliard d’euros dans la recherche depuis 1999.

>> Lire : L’usage des antibiotiques sur les animaux recule en France

En ce qui concerne le plan d’action post-2016, qu’est-ce qui changera ?

Il y a trois grands volets à l’action. Le premier est de poursuivre une stratégie renouvelée pour la période 2017-2022, en mettant la méthodologie d’« une approche santé » au centre des efforts dans tous les secteurs. Nous demandons à tous les secteurs de participer à la lutte contre l’AMR. Les secteurs de la santé humaine et vétérinaire et de l’environnement devraient tous faire de l’UE un modèle pour le reste du monde.

Deuxièmement, nous allons encourager, notamment financièrement, la recherche et le développement de nouveaux types de traitements, de nouveaux vaccins, de nouveaux tests diagnostic rapides et de nouveaux antibiotiques. Une belle enveloppe sera dédiée à cela. Bien sûr, nous encouragerons également l’industrie à continuer ses activités et à se joindre à des partenariats privé-publics, afin de présenter de nouvelles possibilités de traitement pour les maladies infectieuses.

Troisième volet, nous devons être très actifs au niveau international et présenter l’approche européenne à l’ONU. La promotion de méthodologies communes est essentielle, et l’UE entend garantir des plans d’actions, des règles et des procédures mondiales.

>> Lire : L’UE veut modérer le recours aux antibiotiques dans l’élevage

Comment la Commission pourrait-elle assurer une bonne coopération au niveau européen ?

Avant tout, nous exerçons des pressions importantes sur les États membres, afin qu’ils présentent leurs plans d’action nationaux et les harmonisent avec le plan européen. Ces stratégies doivent se faire écho et s’adapter.

Ensuite, la Commission mettra en place des mécanismes de coopération améliorés, qui obligeront les ministres à l’Agriculture, à la Santé et à l’Environnement, ainsi que les administrations et services comme les hôpitaux, à introduire toutes les mesures nécessaires pour assurer le respect des lignes directrices.

Comme je vous l’ai dit, le mois prochain nous adopterons des orientations pour le bon usage des antibiotiques dans la médecine humaine. Ces orientations devront être appliquées par les États membres.

>> Lire aussi : La résistance aux antibiotiques alimentée par l’industrie pharmaceutique

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.